Belgique

Déjà victimes d’une traque impitoyable dans la nature, les rhinocéros sont désormais en danger même dans les zoos. Mardi, Vince, un rhinocéros blanc de cinq ans a été retrouvé mort dans son enclos de la Réserve africaine de Thoiry, dans les Yvelines, à l’ouest de Paris. Des braconniers lui ont tiré trois balles dans le crâne et ont découpé sa corne avec une tronçonneuse.

Selon les premières constatations, les malfrats ont forcé l’une des grilles extérieures proche de la Plaine africaine située à l’ouest du parc. Ensuite, ils ont réussi à ouvrir une porte métallique puis ils ont fracturé une porte intérieure intermédiaire. Une fois ces obstacles passés, les malfaiteurs ont pu accéder aux loges des animaux.

C’est sa soigneuse qui a constaté le drame. "Elle est très attachée aux animaux dont elle s’occupe et est profondément affectée", a indiqué le zoo de Thoiry qui dénonce un "acte odieux". L’ensemble du personnel s’est dit extrêmement choqué. "Nous sommes en deuil. C’est un véritable choc", a commenté Paul de La Panouse, ancien directeur historique de la Réserve.

Le zoo compte également deux rhinocéros femelles, qui ont été épargnées. Il est possible que les braconniers aient été dérangés dans leur tâche et aient dû fuir. La deuxième corne de Vince n’a en effet été que partiellement sciée.

En 2013, le parc animalier avait organisé une conférence au sujet du trafic de cornes de rhinocéros pour sensibiliser le public à cette problématique. Dans un communiqué, la direction du parc précise qu’elle va "porter plainte".

D’après France Info, c’est la première fois que des braconniers interviennent directement dans un zoo.

Les rhinocéros blancs sont extrêmement menacés par le braconnage. Actuellement, il n’en resterait plus que 20.000 dans la nature. Pour empêcher l’extinction de l’espèce, un programme de protection a été établi en Europe. 250 rhinocéros blancs sont conservés dans des zoos du continent pour veiller à leur reproduction et maintenir l’espèce.

Malheureusement pour ces animaux, on attribue des vertus aphrodisiaques à leurs cornes, ce qui en fait un bien extrêmement cher. En 2015, le prix d’un kilo de corne pouvait grimper jusqu’à 51.000 euros sur le marché noir.


"C’est horrible ! Incroyable !"

La nouvelle a semé l’effroi parmi les parcs animaliers d’Europe. "C’est horrible ! Incroyable !", a commenté le zoo d’Anvers, qui ne compte pas de rhinocéros mais possède d’autres espèces menacées. Le parc animalier n’a cependant pas pu indiquer si des mesures de sécurité particulières étaient envisagées suite à cet événement "On a bien sûr des mesures de sécurité mais je ne peux pas en parler afin de ne pas donner d’idées aux braconniers", a indiqué sa porte-parole.

Même son de cloche du côté de Pairi Daiza, qui se refuse à tout commentaire sur ordre de l’EAZA, l’association européenne de gestion des zoos et des aquariums.


Une corne plus chère que l’or

Selon un rapport du WWF datant de 2013, le braconnage génère 19 milliards de dollars par an, ce qui en fait le quatrième plus grand marché illégal au monde.

Il se situe juste derrière le trafic de drogue, les contrefaçons et la traite d’êtres humains. Ce type de crime est très attractif en raison des risques faibles, des profits élevés et des sanctions légères.

D’après le WWF, trois rhinocéros meurent chaque jour sous les armes des braconniers, qui destinent le fruit de leur crime au Vietnam et à la Chine pour l’essentiel. Ces pays attribuent en effet des vertus thérapeutiques et aphrodisiaques aux cornes réduites en poudre. Sur le marché noir, un kilo de poudre peut être vendu jusqu’à 51.000 euros. En comparaison, un kilo d’or se vend seulement 37.000 euros.

Il ne resterait plus que 18.000 rhinocéros gris dans le monde et à peine 50 rhinocéros de Sumatra. Dans certains pays, des protecteurs du rhinocéros lui tirent une fléchette soporifique pour l’endormir le temps de lui retirer ses cornes, afin d’éviter les risques de braconnage.

Quant à l’ivoire , il se vend pour 1.500 euros le kilo en moyenne. Le matériau est convoité pour fabriquer des bijoux ou des objets d’art. Aujourd’hui, un éléphant meurt toutes les 15 minutes dans le monde pour son ivoire. Au total, 30.000 à 35.000 pachydermes sont tués chaque année, sur une population qui compte 500.000 individus.