Belgique

portrait de candidat

Avec Pino Carlino, c'est comme cela : on se tutoie tout de suite. Dans la pure tradition syndicale. Une tradition à laquelle il doit tout. Et qui mène à tout, puisque le voilà, en quelque sorte à cause d'elle, à la dernière place - "en position de combat" - sur la liste Ecolo dans le Hainaut.

Arrivé à Colfontaine (Mons) quand il avait 3 ans, Pino Carlino a connu le parcours classique d'un fils de travailleur immigré. Obligé d'arrêter sa scolarité à 14 ans, il se frotte au monde du travail en faisant des petits boulots. Il est rapidement attiré par l'action syndicale. Son père mineur l'avait inscrit à la CSC (syndicat chrétien). Il respectera son choix : c'est à la CSC qu'il fera "carrière".

S'étant mis en évidence comme délégué dans son entreprise, on lui propose de devenir permanent syndical. A l'époque, les grandes entreprises ferment les unes après les autres dans le Borinage. Pino Carlino se met en valeur, innove. "On se disait que puisque le capitalisme nous abandonnait, il fallait prendre notre destin en main, témoigne-t-il. Nous créions nous-même des entreprises. C'était une période enthousiaste."

Son ascension dans la structure syndicale est fulgurante : secrétaire fédéral de la fédération de Mons-Borinage en 1986, secrétaire de la fédération du Centre en 1991 et, enfin, secrétaire national de la CSC en 1997.

Mais la succes story prend fin en 2005. Pino Carlino n'est plus en odeur de sainteté au syndicat chrétien. "Pour divergence idéologique", se contente-t-il de dire. Les deux parties se séparent à l'amiable. Pino Carlino accepte de renoncer à tous ses mandats. En échange, la CSC lui garantit son salaire de secrétaire national et sa voiture de fonction jusqu'à l'âge de 60 ans - il en a actuellement 56. "En clair, je suis payé pour ne rien faire, reconnaît-il. Je suis un privilégié."

La conscience tranquille

Pino Carlino profite de la situation. Depuis un an et demi, il multiplie les voyages, "retrouve sa femme". Mais sa conscience n'est pas tout à fait tranquille. "Je me demandais parfois s'il est vraiment normal que la CSC, c'est-à-dire les affiliés, me paye pour ne rien faire." Voilà en somme comment il en est venu à considérer l'engagement politique. "Puisque je ne pouvais plus servir les affiliés de la CSC sur le plan syndical, je me suis dit que je pourrais le faire sur un autre terrain. Est-ce que cela marchera ? Je ne le saurai que le 10 juin. Mais je veux valider mon intuition. J'aurai ainsi la conscience tranquille. Et je ne prends pas de grands risques, puisque je n'ai pas besoin d'être élu pour vivre."

Le projet politique de Pino Carlino est clair : mettre sur pied une force politique unie au centre gauche. "De ce point de vue, observe-t-il, le sens de mon engagement est le même que celui de François Martou (ex-président du Mouvement ouvrier chrétien - NdlR) . Là où nous divergeons, c'est sur la stratégie à mener. Lui, il a opté pour le PS en se disant que c'est le seul parti qui peut rivaliser avec le MR. Je respecte cela. Mais je vois les choses autrement. Je constate que quand le PS est hégémonique, il y a des dérives. Le PS a beaucoup fait pour le monde du travail. Ce n'est pas l'ennemi à abattre. Mais il faut l'amener à faire correspondre ses actes avec son programme. Or de l'intérieur, on ne le rénovera pas. C'est un leurre de croire cela. Il faut un aiguillon extérieur qui l'amène à changer."

Marge de liberté

Et qui peut être cet aiguillon ? Manifestement pas le MR, "qui est, parfois au corps défendant de ses membres, la courroie de transmission de l'idéologie dominante, de la dictature des marchés". Pas le CDH non plus. "Joëlle Milquet, dit-il, estime que la gauche et la droite, c'est dépassé. Je suis désolé. On n'a jamais vu autant la différence entre la gauche et la droite qu'aujourd'hui." Reste Ecolo. "Il y a chez eux un espace de liberté pour défendre mon projet, dit-il en confiant cependant que l'organisation du parti pourrait être améliorée.

Pino Carlino précise : "Je suis un candidat d'ouverture. C'est Ecolo qui est venu me chercher. Je suppose qu'ils sont intéressés par mon discours." Mais il pourrait devenir un membre effectif s'il est élu. A-t-il une chance ? Cela dépendra des circonstances. En 2003, Ecolo n'avait décroché qu'un seul élu dans la province du Hainaut. Mais il y a une marge de progression. En 1999, il avait obtenu 3 députés. Pino Carlino y croit. Et va au charbon. Il a actionné ses anciens réseaux syndicalistes. Qui se sont manifestement réveillés. "Je pourrai compter sur l'aide de 200 personnes", se félicite le candidat