Belgique Après les deux plus longues crises politiques belges à joindre dans la même séquence, aux lendemains des élections de 2007 et 2010, la normalisation du fonctionnement institutionnel du pays reste dépendante de la mise en œuvre des derniers accords communautaires ainsi que, par-delà, "des dynamiques bipolaires et centrifuges du fédéralisme belge". Tel apparaît le fil conducteur d’un nouvel ouvrage sur le système, auxquels contribuent douze politologues. Sur les enjeux institutionnels, les acteurs socioéconomiques, les médias et opinions publiques, quelques clés sont ici livrées avec concision à la veille de nouvelles échéances d’envergure : les suites de la 6e réforme de l’Etat et bien sûr le rendez-vous électoral de 2014 au spectre opaque.

Les trois éditeurs de l’ouvrage, Régis Dandoy (Zürich), Geoffroy Matagne (ULg) et Caroline Van Wynsberghe (UCL), posent d’emblée que si l’évolution des quatre dernières décennies s’est déroulée progressivement et de manière "assez pacifique", cette absence de violence "n’implique pas que le pays ait été politiquement paisible", tant la Belgique "est un pays fondamentalement divisé en deux composantes de plus en plus antagoniques". Des ajustements institutionnels s’imposent dès lors avec constance, mais dans le même temps avec complexité aussi puisque deux logiques opposées sur le processus à mener s’affrontent généralement !

Les divers clivages, l’asymétrie des paysages politiques, l’inexistence de partis nationaux, l’absence de sphères médiatiques et publiques partagées, des situations économiques et sociales contrastées qui contribuent à la coexistence d’agendas politiques différents, ou encore le double fédéralisme Région/Communauté qui est "source de tensions" et "au cœur des paradoxes"… Autant d’éléments ici rappelés qui multiplient ce qu’on appelle les "acteurs veto" (ceux qui sont capables d’empêcher la prise de décision) et qui nourrissent la difficulté de construire des intérêts communs sur une base nationale.

Par là, poursuivent nos auteurs, le système belge "est caractérisé par une grande vulnérabilité d’une part, une faible capacité institutionnelle d’autre part" : ladite vulnérabilité liée à la permanence d’affrontements structurels; ladite faible capacité découlant de l’absence d’accords sur les causes et solutions des problèmes.

Mais alors, dira-t-on, les accords institutionnels d’octobre 2011 ? Pas de quoi contrarier le constat des politologues cités. Ils expliquent combien la solution trouvée pour BHV comme pour l’ensemble de la réforme "constitue l’exemple typique" du compromis "à la belge". En ce qu’à la fois il satisfait "en quelque sorte tout le monde" (disons, en tout cas, leurs huit partis signataires)… "et personne : une certaine amertume ou un sentiment de duperie coexiste des deux côtés de la frontière linguistique".


"Le fédéralisme belge", éditions Academia-L’Harmattan, collection "Science politique". 254 p., env. 28 €.