Belgique

Une baudruche, l'affaire Jourdain ? Elle devait venir en chambre du conseil le 11 octobre et, si l'audience a été remise à novembre, on a néanmoins appris à cette occasion un "détail" qui change ce qu'on en savait.

La naissance du dossier remonte au début de 2001, perquisitions et inculpations à la clef. La juge namuroise Anne-Catherine Dubé avait visé l'homme d'affaires bruxellois Stéphan Jourdain, ainsi que son bras droit et huit autres personnes, pour diverses préventions, des fausses factures aux faux bilans en passant par des fraudes fiscale, à la TVA, à l'ONSS et au code des sociétés.

M. Jourdain avait reconnu la plupart de ces faits : tout s'était imbriqué après qu'il eut commis des surfacturations en vue de créer une caisse noire. Laquelle devait lui permettre, avouait-il, de réparer à très bref délai (et au noir) un château qui devait accueillir, 23 jours après qu'il eut été incendié, le "Cercle de Lorraine". Pas de quoi en faire un ange (d'autant que d'autres griefs financiers, qu'il nie, lui étaient opposés), mais pas non plus un diable.

Cependant, au mois d'avril suivant, il avait été spectaculairement arrêté par la même juge pour des faits apparemment plus graves. Il s'agissait d'une surévaluation d'actifs, au détriment d'associés et de créanciers, banques comprises, d'une hauteur astronomique : un peu plus d'un demi-milliard d'anciens francs ! C'est du moins ce que le parquet avait expliqué d'abondance, par la voix du procureur du Roi, Cédric Visart de Bocarmé (devenu procureur général à Liège). Celui-ci n'avait du reste "pas raté" l'homme d'affaires en le dépeignant comme l'exemple parfait "de la criminalité en col blanc". Alors que, de sa prison, Stéphan Jourdain assurait cette fois-ci qu'il y avait erreur. Mais pas de chance pour lui : pendant que le parquet le clouait au pilori médiatique, des experts, surtout le bureau Deblinde, confortaient la vision du parquet et de la juge.

Vers des plaintes ?

Seulement voilà : à la faveur de l'approche du règlement de procédure en chambre du conseil, on a découvert le réquisitoire du parquet actuel, signé le 7 juin 2006 par Mme le substitut Condrotte. Fort logiquement, elle demande le renvoi de l'intéressé en correctionnelle pour les plus nombreuses et à la fois les moins importantes des 13 préventions. Mais, en même temps, la magistrate du parquet, à l'évidence peu convaincue par des analyses "Deblinde" par ailleurs invalidées (il n'y a eu aucune surévaluation), en appelle elle-même au non-lieu pour les préventions qui avaient conduit l'homme d'affaires (et son bras droit) pour 20 jours en prison ! Ce qui a de quoi surprendre, eu égard à la verve passée du même parquet...

Comme on peut s'attendre - même si on patientera pour s'en assurer - à ce que la chambre du conseil prenne ces réquisitions au sérieux, Stéphan Jourdain aurait donc subi une réelle injustice. Vendredi, il ne nous a pas caché penser à une action pour détention inopérante et à une plainte pour diffamation. Il a même évoqué le terme de "règlement de compte" pour dépeindre l'attitude ancienne du parquet.

© La Libre Belgique 2006