Belgique

D’année en année, les chiffres se confirment : en Communauté française, un élève sur trois est impliqué dans des situations de harcèlement. Et aucune école, ni aucun groupe social ne sont épargnés.

Devant un phénomène qui a toujours existé mais qui prend une résonance particulière avec les réseaux sociaux, une plateforme regroupant des professionnels de la jeunesse, de l’enseignement, de l’égalité des chances ou de la promotion de la santé avait vu le jour en 2013. Nommée "Réseau prévention harcèlement", elle a désormais décidé de se constituer en ASBL, afin de poursuivre et de renforcer la dynamique commune qui avait déjà permis de mettre en place deux colloques dédiés à la prévention et à la gestion du harcèlement en milieu scolaire.

Une brochure, des conférences et des pistes

Cette décision d’accélérer la lutte contre ce phénomène est due avant tout à l’absence de réponses, politiques ou de terrain, efficaces pour soulager la détresse des jeunes, des parents, des éducateurs ou des enseignants placés devant une situation de harcèlement. "Il n’y aura jamais de réponses toutes faites pour faire face à l’ensemble des situations, mais il existe des pistes qui permettent de mieux gérer les conflits, et que nous souhaitons faire connaître", explique Benoît Galand, professeur de psychologie à l’UCL, et référent académique de l’initiative.

Pour faire connaître ces bonnes pratiques, le réseau distribue dès ce mardi dans toutes les écoles et dans les associations de jeunesse une brochure intitulée "Prévention du harcèlement entre élèves : balises pour l’action". Ce document fait le point sur la nature du harcèlement, croise les regards des différents acteurs et dégage des pistes très concrètes pour aider les équipes éducatives et favoriser la prévention (voir ci-contre).

En plus de cette brochure, le réseau a travaillé sur des conférences qu’elle pourra donner dans toutes les institutions qui en feront la demande, que ce soit des associations de parents, des groupes d’enseignants, des jeunes ou des éducateurs.

Au-delà de ces pistes concrètes, le message du réseau est clair : devant l’ampleur du phénomène du harcèlement, il n’y a pas de fatalité, mais il ne pourra être résorbé que si tous les acteurs s’attellent au problème.


La difficulté est d’assurer la sécurité de la victime sans la surprotéger en public

Un des grands chapitres de la brochure du "Réseau prévention harcèlement" (voir ci-contre) est consacré aux interventions possibles au sein des classes pour gérer les phénomènes de harcèlement. Car s’il n’existe pas de pratique miracle pour faire face aux situations à chaque fois singulière, des pistes d’interventions sont bien à épingler.

S’assurer du harcèlement

La première étape, rappelle le réseau, est de s’assurer que l’on fait bien face à une situation de harcèlement, tant la confusion peut parfois régner. Une situation de harcèlement, explique ainsi la brochure, peut se définir comme une "action intentionnelle, répétée, destinée à faire du tort à autrui, et se caractérisant par un déséquilibre de pouvoir entre les protagonistes".

Car le grand danger, quelle que soit la situation, est de minimiser les faits, ou même de considérer un harcèlement comme un simple conflit qu’il suffirait de gérer.

La différence entre un conflit et un harcèlement se comprend dans le "déséquilibre de pouvoir" que subit la victime. Il est donc indispensable de la protéger avant tout.

"Si on traite le harcèlement comme un simple conflit, la victime finit souvent par se rétracter ou par minimiser les faits afin de ne pas subir de représailles de la part de l’auteur ou de ses proches, précise la brochure. L’auteur lui-même peut être conforté dans son rôle, soit parce que la victime se rétracte, soit parce que les adultes ne parviennent pas à faire cesser efficacement le harcèlement. Dans ces deux cas, le sentiment de toute-puissance ou d’impunité du harceleur peut être renforcé."

Agir avec tous les acteurs concernés

A contrario, un mauvais réflexe serait de "surprotéger en public" une victime, en lui donnant des privilèges, comme le fait de pouvoir rester en classe pendant la récré. Le risque serait alors, une fois de plus, d’épingler cette victime devant tout le monde.

Pour répondre dès lors avec justesse à ces situations, une piste consiste à mettre en place un lieu de parole régulé où chaque élève "peut s’exprimer par des mots, par des jeux de rôles ou d’autres techniques". Cela aide à favoriser "la prise de conscience de ce qui s’est passé ou se passe encore, mais également la reconstruction de la confiance" qui est toujours abîmée dans le cadre d’une situation de harcèlement.

Ces lieux ou ces moments de paroles et d’échanges peuvent se décliner de multiples manières, et il est toujours important de les imaginer au cas par cas en invitant dans le cadre de la réflexion tous les acteurs de l’école, ainsi que les parents des enfants concernés.

C’est alors, en conscientisant par le biais de ces échanges les harceleurs ou les témoins afin qu’ils modifient leurs comportements, que le travail des adultes sera le plus utile. Notamment en cherchant des solutions qui veillent au bien-être de chacun. Le harcèlement étant un phénomène de groupe, c’est en effet une dynamique de groupe positive que les acteurs de l’école doivent en définitive reconstruire avec les élèves.