Belgique

Les médecins généralistes éprouvent de plus en plus de mal, dans les villes, à trouver une place où garer leur voiture lors de leur visite à domicile. Le parc automobile n'a cessé de grandir alors que les zones de stationnement spécifique (stationnement de riverains, arrêt de bus, etc.) se sont multipliées. Or, les généralistes sont souvent appelés dans des situations d'urgence. Ils sont alors confrontés à ce choix cornélien : se mettre en infraction ou prendre le temps de trouver une place de stationnement autorisé en dépit de la nécessité de traiter le patient sans délai.

Des règles de conduites sont parfois négociées au niveau local. A Bruxelles, des médecins, excédés par les amendes qu'ils recevaient, ont fait le siège des autorités. Ils cherchaient à imposer le concept du "singe" - pour "stationnement illicite non gênant exigé". Le procureur du Roi, Paul Degryse, a fini par les entendre. Un accord a été trouvé il y a deux ans. Le stationnement illicite est désormais toléré pour les médecins en visite au domicile d'un patient pour autant que l'urgence l'impose et que la circulation ne se trouve pas entravée. Une voiture pourra par exemple être laissée partiellement sur un trottoir, mais le médecin devra veiller à laisser un espace assez large pour permettre le passage d'un landau. Le message semble être bien passé au sein des forces de police. "J e n'ai plus reçu la moindre contravention depuis lors", témoigne un médecin bruxellois.

Carte de stationnement

Lui aussi interpellé, le ministre fédéral de la Mobilité, Renaat Landuyt (SP.A), a voulu donner un coup de pouce aux professionnels de la santé. Il vient de rédiger un arrêté royal qui entrera en vigueur le 1er février. Cet arrêté autorise les communes à délivrer une "carte de stationnement" pour certains groupes cibles comme les médecins ou les infirmières à domicile. Cette carte - qui est en quelque sorte une version adaptée des cartes de riverain - dispensera leurs détenteurs du payement éventuel du stationnement ou de l'utilisation d'un disque bleu. Elle autorisera également les médecins ou les infirmières à occuper des emplacements qui leur auraient été exclusivement réservés par l'administration communale.

Le nouveau dispositif n'enchante cependant pas les médecins. "On aurait préféré une mesure qui concerne tout le pays, avance Roland Lemye (Association belge des syndicats médicaux). Il va falloir négocier commune par commune. C'est fastidieux. Un médecin qui a des patients établis sur plusieurs communes devra-t-il disposer de cartes différentes ?"

Alain Marchandise, médecin généraliste à Bruxelles, estime pour sa part que cet arrêté royal est "de la poudre jetée aux yeux des professionnels de la santé". Car pour lui, le problème n'est pas vraiment le paiement du stationnement. "Dans les communes sensées, dit-il, il ne viendrait jamais à l'esprit d'un agent communal de mettre une amende pour un stationnement non payé par un professionnel de la santé en service." Le problème, c'est l'autorisation du stationnement illicite non gênant. "Et le ministre n'y apporte aucune réponse."