Belgique

Plus de 95 associations, institutions, mouvements, collectifs ainsi que de nombreuses personnes à titre individuel se sont unis au sein de la Coordination Semira Adamu pour commémorer le 20e anniversaire de la mort de cette jeune demandeuse d'asile nigériane, décédée le 22 septembre 1998, étouffée dans un coussin lors d'un rapatriement forcé. Au-delà des activités commémoratives, le groupement entend dénoncer les politiques de détention et d'expulsion menées en Belgique.

"Pour les 20 ans de la mort de Semira, nous avions envie de marquer le coup. Parce que la situation est toujours la même, sinon pire. Aujourd'hui, on enferme des enfants sans être sûr de pouvoir les expulser", s'indigne Cataline Sénéchal, une des chargées des relations avec la presse au sein de la Coordination Semira Adamu. "Comment peut-on vivre tranquillement à côté de personnes qui sont toujours sous le stress d'une expulsion parce qu'ils n'ont pas l'autorisation d'être là administrativement. Certaines femmes sans papiers nous disent ne pas oser emmener leurs enfants à l'école de peur de se faire arrêter. On est arrivé à un point où la vie humaine à moins d'importance que l'existence administrative", regrette-t-elle. 

À l'approche du vingtième anniversaire de la mort de Semira, une centaine d'associations ont dès lors décidé de se rassembler autour de revendications communes. Unies sous le slogan "Ils ont tué une femme, pas son combat", elles dénoncent "l'alignement de la Belgique sur une politique migratoire européenne qui a fait, en vingt ans, des dizaines de milliers de victimes à ses portes et sur son territoire". "Vingt ans après, la Belgique persiste et s'empêtre dans une politique cynique et mortifère à l'égard des personnes en migration. Elle expulse vers des pays en guerre et collabore avec des États dictatoriaux. Elle précarise et inquiète les personnes sans papiers qu'elle arrête jusque dans des associations qui les soutiennent", s'offusque la Coordination sur son site.

Concrètement, une vingtaine d'événements (séminaires, expositions, concerts, projections de films, interventions artistiques et activistes etc.) auront lieu du 14 septembre au 13 octobre dans divers lieux à Bruxelles. Deux rassemblements populaires marqueront également ce mois de commémoration: le 22 septembre au parc Maximilien et le 23 septembre devant le centre fermé 127 bis à Steenokkerzeel, où Semira a été détenue. 

Les différents rassemblements organisés seront également l'occasion pour la Coordination Semira Adamu d'afficher ses revendications, à savoir l'arrêt des expulsions, la fermeture des centres fermés, la régularisation de tous les sans-papiers, la condamnation des violences patriarcales, racistes, policières et d'Etat ainsi que la liberté de circulation des personnes. Semira Adamu était arrivée en Belgique le 25 mars 1998. Elle fuyait son pays natal pour échapper à un mariage forcé. Elle a été tuée le 22 septembre 1998 lors d'une sixième tentative d'expulsion.