Belgique

Wallons et Bruxellois francophones ne sont pas demandeurs de réformes institutionnelles supplémentaires; ils doivent être unis et solidaires.

Tel est le double message du ministre-Président wallon (PS) Elio Di Rupo, mercredi au Parlement wallon, moins original dans son contenu que dans l'occasion présentée pour le dire.

On l'interrogeait sur le dernier tir de bazooka flamand. Savoir, les velléités CD&V/N-VA de faire d'un projet de constitution nordique «un élément crucial de la reconnaissance de la Flandre comme Etat souverain».

A vrai dire, entamait Marcel Cheron (Ecolo), «voilà un de ces sujets dont on se demande d'abord s'il faut l'évoquer»... Mais si vraiment des Flamands envisagent une constitution comme un texte non pas de valeurs mais d'un autre scénario institutionnel, alors même que la Constitution belge ne prévoit pas l'existence d'autres chartes fondamentales, ne faut-il pas prendre quelque initiative? «L'inertie pourrait conduire à devoir ultérieurement constater, lorsqu'aucune marche arrière ne sera plus possible, des actions unilatérales de nature à mettre à mal l'ensemble de l'équilibre constitutionnel belge.» Bref, lançait le vert, «comment réagir?».

Jean-Claude Van Cauwenberghe apportait sa réponse. L'ancien ministre-Président re-régionaliste y voyait l'occasion d'intervenir pour la première fois en plénière, depuis sa démission. Pour le député PS carolo, il est légitime dans tout Etat fédéral qu'une Région veuille se doter d'une constitution régionale ou, «si le mot fait peur», d'une charte, d'un décret fondamental. En Belgique, certes, ça se complique. En cause, l'approche flamande selon laquelle la constitution serait «une fuite en avant institutionnelle, par l'écriture solennelle de ses fantasmes». Il faut la combattre, en prouvant qu'une autre est possible. Donc, celui qui dirigea déjà la rédaction d'une constitution wallonne sous l'égide de l'Institut Jules Destrée («LLB» du 31/01) invite le Parlement régional à installer une commission ad hoc. Elle plancherait sur une constitution wallonne, certes, mais dans un contexte «légitimiste et loyal» par rapport à l'Etat belge actuel.

Pourquoi pas, mais

Dans ce contexte-là, son successeur à l'Elysette n'y voit

«pas d'inconvénient». Même si, sans doute plus prudent que convaincu, Elio Di Rupo n'y voit «pas une priorité». Et déborde aussitôt du seul cadre wallon: «Si Bruxelles et la Wallonie veulent couler dans un texte solennel la façon dont elles exercent leurs attributions dans le cadre fédéral», et s'y tiennent, pourquoi pas... Reste que la priorité, ce n'est pas de «polémiquer sur la Xième provocation flamande». Elle est de «démontrer notre capacité de redressement» qui fera comprendre aux Flamands responsables que «vivre ensemble vaut encore la peine».

C'est un peu le sentiment de Serge Kubla, pour le MR: on peut «y réfléchir, s'y associer», mais en préservant le fonctionnement de l'Etat et la solidarité entre francophones. Le CDH se veut résolument plus critique: «La Wallonie a besoin de redressement et non de constitution.» Et bouclant la boucle, Marcel Cheron se méfie de tout «Wallonie d'abord»: même «non agressive», une constitution ne serait pas nécessaire, moins en tout cas que le besoin pour les francophones de s'armer ensemble pour les échéances nord-sud de la mi-2007.

© La Libre Belgique 2006