Belgique

Une douzaine de tracteurs et une bétaillère ont rallié le rond-point Schuman à Bruxelles, lundi en fin de matinée, pour interpeller les dirigeants européens par rapport aux difficultés vécues par les éleveurs et aux risques que font peser sur l'élevage bovin la conclusion d'un accord de libre-échange entre l'Union européenne et des pays d'Amérique du Sud. Les éleveurs ont pu rencontrer un responsable du cabinet du Commissaire européen en charge de l'Agriculture. "Cette fois-ci, nous sommes venus amicalement. Mais la prochaine fois, les actions pourraient être plus dures. Le ras-le-bol est général", a mis en garde Philippe Duvivier, président de la fédération unie de groupements d'éleveurs et d'agriculteurs (Fugea).

Une semaine après une action de producteurs laitiers sur la question des stocks de lait en poudre, la Fugea entendait attirer l'attention sur les conséquences potentiellement négatives sur le prix des viandes d'un accord de libre-échange entre l'UE et le Mercosur (marché commun des pays d'Amérique du Sud). La venue d'une douzaine de tracteurs à Bruxelles, depuis le Hainaut, ce lundi coïncidait avec la tenue d'un conseil des ministres européens de l'Agriculture.

Les éleveurs wallons redoutent que la conclusion d'un accord de libre-échange permette à des pays comme l'Argentine et l'Uruguay d'exporter jusqu'à 100.000 tonnes de viande bovine par an vers l'Union européenne alors que les prix actuels sont déjà sous pression. "On ne peut pas rivaliser avec les normes d'Amérique du Sud", résume Philippe Duvivier, évoquant des animaux sud-américains nourris aux OGM et aux hormones et des normes environnementales bien moins strictes que sur le Vieux Continent.

Le ministre wallon de l'Agriculture, René Collin, est venu à la rencontre des éleveurs présents sur place. Le ministre s'est dit préoccupé de la possible conclusion d'un accord de libre-échange, craignant des perturbations sur un marché européen déjà "largement auto-suffisant". "On ne veut pas être la variable d'ajustement de l'industrie automobile ou d'autres secteurs", a souligné René Collin, alors que d'aucuns craignent que certains Etats membres acceptent de lâcher du lest sur les exportations bovines sud-américaines dans l'espoir de favoriser en retour leurs propres exportations automobiles. "Les agriculteurs, les éleveurs et l'alimentation des citoyens sont une monnaie d'échange par rapport à des voitures que l'on veut vendre. C'est dramatique", déplore Philippe Duvivier.

René Collin devait également développer une interpellation lundi après-midi en conseil des ministres sur la problématique des stocks de lait en poudre, dont la mise sur le marché pourrait plomber davantage encore les prix du lait.

Les éleveurs de la Fugea ont ensuite pu rencontrer lundi le chef de cabinet du Commissaire européen en charge de l'Agriculture, Phil Hogan. D'après la Fugea, il a été convenu que le commissaire ferait une "visite de terrain" dans une ferme dans les prochaines semaines.

Les tracteurs de la Fugea ont quitté Bruxelles vers 14h30.