Une entreprise abandonne des déchets radioactifs à Fleurus

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La société américaine de médecine nucléaire Best Medical a abandonné, après sa faillite en mai dernier, des déchets radioactifs dans ses locaux de Fleurus. La sûreté de l'établissement où sont stockés les déchets est catastrophique, rapportent mardi Le Soir et De Standaard. Au total, seize touries (bouteilles) de strontium 90 et 180 sacs de déchets contenant du strontium ont été découverts lors d'une visite des autorités de contrôle, le 17 juillet dernier. Visite au cours de laquelle, deux contrôleurs ont été légèrement irradiés.

Le rapport des organismes de tutelle - l'Office national des déchets radioactifs (Ondraf) et Bel V, une filiale de l'agence de contrôle nucléaire pour la sûreté des installations - pointe plusieurs problèmes: des déchets stockés dans des cellules non prévues à cet effet, des déplacements de matériel radioactif sans informer la hiérarchie ou le responsable de la sécurité, une "communication problématique" au sein de Best Medical. Pire, des déchets liquides présents dans l'entreprise "ne sont pas tels quels transportables vers Belgoprocess" (l'unité de traitement).

L'Institut des radioéléments (IRE), propriétaire des locaux loués par Best Medical et où se trouvent les déchets radioactifs, a prévenu les curateurs de l'entreprise et leur a demandé de se mettre en conformité avec les exigences de sûreté.

Ecolo réclame "toute la clarté" de la part de Milquet et de Wathelet

Ecolo a réclamé mardi du gouvernement fédéral qu'il fasse "toute la clarté" sur l'abandon de déchets radioactifs par la société américaine de médecine nucléaire Best Medical, en faillite depuis mai dernier, dans ses locaux de Fleurus. A présent, il importe que la ministre de l'Intérieur, Joelle Milquet, et le decrétaire d'Etat Melchior Wathelet "agissent de concert pour faire toute la clarté sur la situation actuelle et notamment la dangerosité des matériaux entreposés et en informer la population riveraine, prendre toutes les mesures nécessaires à court terme pour assurer la gestion de ces déchets et la sécurisation du site et assainir le site", ont affirmé les députés fédéraux Georges Gilkinet et Muriel Gerkens, ainsi que le député régional Xavier Desgain dans un communiqué.

Les Verts demandent en outre au gouvernement de faire en sorte que les actionnaires de la société Best Medical assument leurs responsabilités financières par rapport au coût de la gestion des déchets et de la réhabilitation du site.

Les députés écologistes ont également réitéré leur demande d'une réunion urgente de la sous-commission de Sécurité nucléaire du Parlement fédéral - déjà faite la semaine dernière après la découverte de possibles fissures dans la cuve du réacteur numéro trois de centrale nucléaire de Doel - "qui n'a pas reçu de réponse positive jusqu'ici", selon eux.

Les opérations d'assainissement des lieux dureront 5 à 7 ans

Les opérations de traitement des déchets radioactifs et d'assainissement des locaux de la société Best Medical Belgium (BMB) débuteront mi-septembre, a indiqué l'ONDRAF (Organisme National des Déchets Radioactifs et des matières Fissiles enrichies) mardi à l'agence Belga. Les déchets combustibles qui posaient problème ont déjà été emballés dans des containers sécurisés. "Les déchets combustibles emballés dans les containers resteront sur le site quelques semaines avant d'être envoyés pour incinération. Emballés de la sorte, ils ne comportent aucun risque pour les riverains", a précisé le directeur de l'ONDRAF, Jean-Paul Minon.

Du reste, les opérations de tri des déchets et de sécurisation des locaux de BMB débuteront mi-septembre et pourraient prendre 5 à 7 ans. "Le respect des procédures administratives ne nous permet pas de commencer plus vite. Toutefois, ce délai reste tout à fait dans la norme et ne constitue pas de risque supplémentaire". Les déchets doivent être soigneusement triés, puis emballés selon les normes avant d'être envoyés à la filiale industrielle de l'ONDRAF, Belgoprocess, qui se charge de les incinérer.

Le coût de l'opération d'assainissement et du démantèlement des installations de Fleurus sera pris en charge à la fois par la Région wallonne et par le fonds d'insolvabilité de l'ONDRAF, dont le directeur précise qu'il a déjà la somme nécessaire pour garantir l'évacuation des déchets.

Pas de danger si le strontium 90 est stocké dans des conditions adéquates

Le strontium 90 retrouvé sur le site de la société Best Medical Belgium ne doit pas poser de problème s'il est conservé dans des conditions adéquates, selon le Pr Thierry Bastin, chargé de cours au département physique de l'université de Liège. Le strontium 90 est une matière résultant de l'activité nucléaire qui émet des rayonnements nocifs. "Il s'agit d'un émetteur de type bêta dont on se passerait volontiers", explique le Pr Bastin. Il est toutefois moins dangereux que le type gamma en matière de radioactivité mais, inhalé à forte dose, il peut atteindre la moelle épinière et engendrer des leucémies.

"Si le strontium 90 est stocké dans des touries métalliques fermées et placé dans des containers blindés (pouvant absorber 99% du rayonnement), il n'y a pas de risque de contamination de l'atmosphère", poursuit-il. "En revanche, si les touries sont ouvertes, le simple fait de se trouver à proximité peut entraîner une légère irradiation ou une contamination si l'on ingère le strontium 90. A faible dose, le danger est sans gravité, par contre la radioactivité du strontium 90 diminue de moitié tous les 28 ans. Il faut donc 196 ans pour qu'il ait quasi disparu".

Dans le cas des déchets radioactifs retrouvés dans les locaux de la société Best Medical Belgium à Fleurus, il semble que le strontium 90 ait été conservé dans des touries adaptées. "Toutefois, abandonner des touries de strontium 90 dans des locaux témoigne d'un manque total de sérieux de la part de l'entreprise", conclut le Pr Bastin.

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