Belgique

ÉCLAIRAGE

Fédération liégeoise du PS, place Sainte-Véronique à Liège, au coeur d'un quartier plutôt bourgeois. Nous sommes au siège de la fédération la plus puissante du parti.

C'est probablement un peu moins vrai aujourd'hui, en terme de personnalités en tout cas. Il paraît loin le temps où André Cools faisait la pluie et le beau temps, en région liégeoise et ailleurs. L'ancien ministre d'Etat, ex-président du PS, est pourtant légèrement sur la courbe rentrante en cette fin des années 80 et début des années 90. Il apparaît en quelque sorte à un moment charnière.

D'abord, en s'efforçant entre autres de remettre de l'ordre dans la fédération liégeoise, le bourgmestre de Flémalle a avivé certaines inimitiés.

Vers le milieu de la décennie toutefois, ses fonctions lui permettent de préserver sa forte influence au sein du PS et à la Chambre. En se recentrant sur sa région, - il a notamment quitté son poste ministériel à la Région et son siège de député en 1990, atteint par la limite d'âge - André Cools perd un peu de sa toute puissance, même s'il reste incontournable.

Mais comme toujours, il a ses hommes placés et a investi le champ économique à travers une toile d'araignée, sous l'égide de Neos, un holding public réunissant des intercommunales pures, la Smap (dont il était président) et le Crédit Communal.

Ensuite, celui qui avait toujours régné en maître commence à être contesté, au sein même de sa formation politique. Son autorité est grignotée, entre autres, par Jean-Maurice Dehousse et José Happart mais aussi par les plus jeunes (Guy Mathot, Alain Van der Biest,...) qu'il a lui-même mis en place. Cette forme d'opposition émane d'ailleurs peut-être davantage du PS - et donc de la fédération - que des autres partis. «Au moins, avec André Cools, raconte un observateur averti, on avait un interlocuteur valable, redoutable mais loyal, capable aussi de faire respecter les accords.»

Il fallait être costaud à l'époque pour résister aux vagues traversant les rangs socialistes liégeois.

Faut-il rappeler les affaires à la Ville de Liège, avec la chute d'Edouard Close? Les terribles luttes entre Perron (Jean-Maurice Dehousse, José Happart,...) et Périphérie? Sans compter le groupe de Flémalle? Avec notamment en toile de fond la volonté de l'ancien ministre de prendre à bras-le-corps les problèmes financiers de la Ville de Liège, ou l'établissement des dernières listes électorales avec les têtes de liste de Michel Daerden et Laurette Onkelinx contestées.

Et que dire des épisodes liés à l'engueulade publique qu'André Cools assène à Alain Vanderbiest éméché? Et quid de certaines récoltes de fonds pour le parti qui ne se réalisent pas de la manière souhaitée par le bourgmestre de Flémalle?

Sans compter que des dossiers nationaux rejaillissent, à l'instar par exemple du débat sur la participation ou non au gouvernement. Evénement parmi d'autres qui illustrent les tensions, le 1er Mai 1988 au cours duquel son fidèle Philippe Moureaux est hué et insulté alors qu'il est à la tribune du kiosque d'Avroy (cf. notre photo).

Même à la loge maçonnique, André Cools est attaqué.

Au-delà d'une volonté de mettre à mal un pouvoir omnipotent, ses nombreux adversaires l'attaquent donc également sur des choix politiques. Pour certains, tout est d'ailleurs prétexte à bagarre. Les chocs frontaux ne sont pas rares, au sein d'un petit monde composé de personnalités mais aussi d'acteurs de seconde zone, comme l'entourage des cabinets ministériels par exemple.La vie n'est donc pas simple, le tout dans un climat malsain, pour ne pas dire parfois sulfureux voire violent.

C'est dire si l'assassinat d'André Cools alimentera les rumeurs en tous genres. «Je suis persuadé que c'est dans ce contexte que le mobile du crime se trouve», note cet observateur, qui résume un avis largement partagé. L'omnipotent tribun savait en tout cas beaucoup de choses. «En juin 2001, avant de partir en vacances, se souvient Lily Portugaels, directrice honoraire de la «Gazette de Liége», il m'avait dit qu'il ferait des révélations à la rentrée et que j'aurais beaucoup de matière pour écrire.» Dans le climat prévalant à l'époque, ces déclarations étaient évidemment de nature à faire peur.

La disparition du Flémallois cause en tout cas un grand vide... que les différentes factions s'empressent d'occuper. A cette époque, mais ce sera encore parfois le cas pour la suite, quand il faut traiter avec les socialistes liégeois, on n'est jamais certain de la représentativité de celui qu'on a en face de soi. C'est la foire d'empoignes; le Maître n'est plus là pour étouffer dans l'oeuf les manoeuvres opportunistes.

Et tous les coups semblent permis. Exemple parmi d'autres, la chasse est ouverte à l'encontre de Maurice Demolin, secrétaire de la fédération liégeoise du PS, évidemment proche d'André Cools.

Ni le président Spitaels - que le bourgmestre de Flémalle souhaite débarquer au profit de Philippe Moureaux - ni son successeur Philippe Busquin ne parviennent à ramener la paix en terre liégeoise.

Alain Van der Biest, Guy Mathot, José Happart, Jean-Maurice Dehousse ou encore Michel Daerden figurent parmi les personnalités les plus en vue.

C'est d'ailleurs ce dernier qui reprendra finalement la tête de la fédération, avec pour mission la pacification. Aujourd'hui, même ses détracteurs l'attestent, l'Ansois - profilé comme l'homme fort du PS liégeois ces dernières années - est parvenu à ramener la quiétude. Bien sûr, il demeure des tensions et des rivalités, mais c'est sans commune mesure avec un passé pourtant proche. Les Mathot, Happart et Daerden, rejoints par le bourgmestre de Liège Willy Demeyer - encore jeune lors des périodes critiques de la vie de la fédération - ont pourtant conservé les premiers rôles.

André Cools n'a toutefois pas été remplacé, du moins dans sa dimension suprarégionale. L'époque où, avec Jean Gol et Jean-Pierre Grafé, il pesait de tout son poids à Bruxelles et à Namur, semble révolue.

Aujourd'hui, alors que la plupart des centres décisionnels (exception faite évidemment des intercommunales...) ont déserté leur province, les Liégeois s'avèrent pratiquement incapables de réaliser une union sacrée pour faire entendre leur voix auprès des pouvoirs les plus importants du pays. Et ce douloureux constat ne s'arrête pas aux sphères politiques. Paradoxe: les bonnes volontés ne manquent pas.

Malheureusement, personne parmi les grands formats liégeois n'est capable d'emmener dans son sillage ce qu'on appelle en bord de Meuse les forces vives. A l'heure où le bassin industriel s'apprête à une nouvelle reconversion obligée, il n'existe plus de tribun susceptible de transcender les clivages. On préfère glisser des peaux de banane sous les pieds du voisin qui risquerait d'obtenir quelque chose que l'on réclame soi-même vainement.

Pire même, pour en revenir à la fédération, à tort ou à raison, l'image renvoyée de l'extérieur par les leaders socialistes liégeois - à l'exception probable d'un Willy Demeyer qui doit encore toutefois gagner en carrure - est le plus souvent négative, au détriment de la région liégeoise mais aussi dans le cadre des rapports de force internes au PS. Ce n'est probablement pas un hasard si le PS liégeois n'a actuellement pas de ministre fédéral; il est contraint de se satisfaire d'une secrétaire d'Etat en la personne de la Flémalloise Isabelle Simonis.

Vus de loin, les défauts des Mathot, Daerden et autres Happart occultent leurs qualités pourtant régulièrement reconnues.

La fédération de l'ancienne principauté est en outre généralement jugée en retard par rapport à l'opération de rénovation que le président Di Rupo a insufflée à sa formation. Ce que conteste toutefois quelqu'un comme le ministre wallon et communautaire Michel Daerden.

Au-delà de Liège, on saisit mal le changement intervenu récemment avec la nouvelle présidence de Guy Mathot, en lieu et place de Jean-Claude Peeters, un homme du bourgmestre ansois. Le Sérésien, toujours resté extrêmement actif et influent dans les coulisses liégeoises, a pourtant présenté un programme ambitieux, d'ailleurs intitulé «un nouveau départ pour la fédération liégeoise». «Il existe un besoin de renouveau en terme de pratiques, d'ouverture», ne cache pas Guy Mathot pour qui il faut savoir partager le pouvoir.

Le récent accord prévoit, outre la présidence à l'homme fort de Seraing, la tête de liste aux élections régionales à José Happart, la présidence de l'asbl «L'avenir du Pays de Liège» et de la coupole provinciale du PS à Michel Daerden et enfin la présidence de la future communauté urbaine à Willy Demeyer. La communauté urbaine... Un concept objet de toutes les attentions et de tous les appétits!

Les grandes manoeuvres sont déployées dans la plupart des états majors, a fortiori au PS, le parti dominant pour qui cette communauté constitue l'occasion d'asseoir son pouvoir sur l'ensemble du bassin liégeois. Les nombreuses intercommunales liégeoises, qui constituent depuis peu la base des nouveaux Groupements d'intérêts économiques, devraient servir de socle au futur édifice. Et donc d'une certaine manière retisser la toile économique naguère composée par un certain... André Cools.

La perspective du procès n'est pas sans susciter certaines appréhensions - et parfois plus - au sein du PS, pas seulement à Liège d'ailleurs. L'enquête sur l'assassinat du Flémallois a permis la mise au jour de pratiques peu glorieuses qui ont terni l'image des socialistes et, il faut l'admettre, de l'ensemble du monde politique dans une certaine mesure.

En outre, et c'est potentiellement plus dangereux, le procès pourrait servir de cadre à des révélations susceptibles de raviver certaines tensions ou, pire, de mettre en cause l'une ou l'autre personnalité du sérail. Peu probable, cette hypothèse n'en susciterait pourtant pas moins un deuxième tremblement de terre dans le lanterneau politique liégeois et au-delà, de nature à bouleverser la donne à moins d'un an de la prochaine échéance électorale.

La vie n'est donc pas simple, le tout dans un climat malsain, pour ne pas dire parfois sulfureux voire violent.

C'est dire si l'assassinat d'André Cools alimentera les rumeurs en tous genres. «Je suis persuadé que c'est dans ce contexte que le mobile du crime se trouve», note cet observateur, qui résume un avis largement partagé. L'omnipotent tribun savait en tout cas beaucoup de choses. «En juin 1991, avant de partir en vacances, se souvient Lily Portugaels, directrice honoraire de la «Gazette de Liége», il m'avait dit qu'il ferait des révélations à la rentrée et que j'aurais beaucoup de matière pour écrire.» Dans le climat prévalant à l'époque, ces déclarations étaient évidemment de nature à faire peur.

La disparition du Flémallois cause en tout cas un grand vide... que les différentes factions s'empressent d'occuper. A cette époque, mais ce sera encore parfois le cas pour la suite, quand il faut traiter avec les socialistes liégeois, on n'est jamais certain de la représentativité de celui qu'on a en face de soi. C'est la foire d'empoignes; le Maître n'est plus là pour étouffer dans l'oeuf les manoeuvres opportunistes.

Et tous les coups semblent permis. Exemple parmi d'autres, la chasse est ouverte à l'encontre de Maurice Demolin, secrétaire de la fédération liégeoise du PS, évidemment proche d'André Cools.

Ni le président Spitaels - que le bourgmestre de Flémalle souhaite débarquer au profit de Philippe Moureaux - ni son successeur Philippe Busquin ne parviennent à ramener la paix en terre liégeoise.

Alain Van der Biest, Guy Mathot, José Happart, Jean-Maurice Dehousse ou encore Michel Daerden figurent parmi les personnalités les plus en vue.

C'est d'ailleurs ce dernier qui reprendra finalement la tête de la fédération, avec pour mission la pacification. Aujourd'hui, même ses détracteurs l'attestent, l'Ansois - profilé comme l'homme fort du PS liégeois ces dernières années - est parvenu à ramener la quiétude. Bien sûr, il demeure des tensions et des rivalités, mais c'est sans commune mesure avec un passé pourtant proche. Les Mathot, Happart et Daerden, rejoints par le bourgmestre de Liège Willy Demeyer - encore jeune lors des périodes critiques de la vie de la fédération - ont pourtant conservé les premiers rôles.

André Cools n'a toutefois pas été remplacé, du moins dans sa dimension suprarégionale. L'époque où, avec Jean Gol et Jean-Pierre Grafé, il pesait de tout son poids à Bruxelles et à Namur, semble révolue.

Aujourd'hui, alors que la plupart des centres décisionnels (exception faite évidemment des intercommunales...) ont déserté leur province, les Liégeois s'avèrent pratiquement incapables de réaliser une union sacrée pour faire entendre leur voix auprès des pouvoirs les plus importants du pays. Et ce douloureux constat ne s'arrête pas aux sphères politiques. Paradoxe: les bonnes volontés ne manquent pas.

Malheureusement, personne parmi les grands formats liégeois n'est capable d'emmener dans son sillage ce qu'on appelle en bord de Meuse les forces vives. A l'heure où le bassin industriel s'apprête à une nouvelle reconversion obligée, il n'existe plus de tribun susceptible de transcender les clivages. On préfère glisser des peaux de banane sous les pieds du voisin qui risquerait d'obtenir quelque chose que l'on réclame soi-même vainement.

Pire même, pour en revenir à la fédération, à tort ou à raison, l'image renvoyée de l'extérieur par les leaders socialistes liégeois - à l'exception probable d'un Willy Demeyer qui doit encore toutefois gagner en carrure - est le plus souvent négative, au détriment de la région liégeoise mais aussi dans le cadre des rapports de force internes au PS. Ce n'est probablement pas un hasard si le PS liégeois n'a actuellement pas de ministre fédéral; il est contraint de se satisfaire d'une secrétaire d'Etat en la personne de la Flémalloise Isabelle Simonis.

Vus de loin, les défauts des Mathot, Daerden et autres Happart occultent leurs qualités pourtant régulièrement reconnues.

La fédération de l'ancienne principauté est en outre généralement jugée en retard par rapport à l'opération de rénovation que le président Di Rupo a insufflée à sa formation. Ce que conteste toutefois quelqu'un comme le ministre wallon et communautaire Michel Daerden.

Au-delà de Liège, on saisit mal le changement intervenu récemment avec la nouvelle présidence de Guy Mathot, en lieu et place de Jean-Claude Peeters, un homme du bourgmestre ansois. Le Sérésien, toujours resté extrêmement actif et influent dans les coulisses liégeoises, a pourtant présenté un programme ambitieux, d'ailleurs intitulé «un nouveau départ pour la fédération liégeoise». «Il existe un besoin de renouveau en terme de pratiques, d'ouverture», ne cache pas Guy Mathot pour qui il faut savoir partager le pouvoir.

Le récent accord prévoit, outre la présidence à l'homme fort de Seraing, la tête de liste aux élections régionales à José Happart, la présidence de l'asbl «L'avenir du Pays de Liège» et de la coupole provinciale du PS à Michel Daerden et enfin la présidence de la future communauté urbaine à Willy Demeyer. La communauté urbaine... Un concept objet de toutes les attentions et de tous les appétits!

Les grandes manoeuvres sont déployées dans la plupart des états majors, a fortiori au PS, le parti dominant pour qui cette communauté constitue l'occasion d'asseoir son pouvoir sur l'ensemble du bassin liégeois. Les nombreuses intercommunales liégeoises, qui constituent depuis peu la base des nouveaux Groupements d'intérêts économiques, devraient servir de socle au futur édifice. Et donc d'une certaine manière retisser la toile économique naguère composée par un certain... André Cools.

La perspective du procès n'est pas sans susciter certaines appréhensions - et parfois plus - au sein du PS, pas seulement à Liège d'ailleurs. L'enquête sur l'assassinat du Flémallois a permis la mise au jour de pratiques peu glorieuses qui ont terni l'image des socialistes et, il faut l'admettre, de l'ensemble du monde politique dans une certaine mesure.

En outre, et c'est potentiellement plus dangereux, le procès pourrait servir de cadre à des révélations susceptibles de raviver certaines tensions ou, pire, de mettre en cause l'une ou l'autre personnalité du sérail. Peu probable, cette hypothèse n'en susciterait pourtant pas moins un deuxième tremblement de terre dans le lanterneau politique liégeois et au-delà, de nature à bouleverser la donne à moins d'un an de la prochaine échéance électorale.

© La Libre Belgique 2003