Belgique

Alors que les universités francophones sont en pleine crise sur la question du coût du minerval, la revue “Regards économiques” de l’UCL a publié une étude de Michel Beine sur la question. La thèse de ce professeur d’économie peut se résumer comme suit : si la hausse des droits d’inscription participe à une augmentation de la qualité de l’université, alors ce surenchérissement ne freinerait pas la venue des étudiants étrangers dans l’université en question.

Un constat étonnant, puisqu’on “s’attendrait intuitivement à ce que la demande des étudiants pour une université baisse lorsque les droits augmentent ”, admet Michel Beine. Pour l’économiste, plusieurs facteurs expliquent ce résultat.

Le premier facteur est l’attribution de bourses aux étudiants étrangers, qui permettent souvent de couvrir les frais d’inscription.

Le second est le signal qu’envoie le coût des droits d’inscription aux étudiants étrangers, qui recherchent une université de qualité. Cette qualité, outre les différents classements (“rankings”), est difficile à évaluer. Or, “d es frais plus élevés sont susceptibles d’être associés à une perception plus élevée de la qualité, ce qui à son tour joue en faveur de l’attraction des étudiants”, explique Michel Beine.

La qualité de l’enseignement délivré par l’université est donc le point clé de son raisonnement. En effet, le chercheur se base sur le cas italien – où le coût des droits d’inscription varie d’une université à l’autre, pour constater qu’“en moyenne, une hausse de 10 % des droits d’inscription diminue de 6,5 % le flux d’étudiants vers cette université”. Mais, si cette hausse du coût du minerval “se répercute dans une augmentation des scores de qualité de l’université de 5 %, (...) on peut montrer qu’une hausse de 10 % des droits laisserait le nombre d’entrées d’étudiants étrangers inchangé ”.

Pour étayer son raisonnement, l’économiste se base également sur l’Australie, où le montant des droits pour les étudiants étrangers est totalement dérégulé depuis 2005.

“Un système néo-libéral réservé aux élites”

Mais le raisonnement de Michel Beine, on s’en doute, ne fait pas que des adeptes. Parmi les opposants à cette thèse, on imagine aisément les étudiants qui se mobilisent actuellement pour protester contre la hausse du minerval pour leurs confrères non-européens.

Michel Gevers, professeur émérite à l’UCL, n’est pas davantage convaincu. Dans une carte blanche qu’il a fait parvenir à “La Libre”, il questionne sans ménagement le type d’université que Michel Beine propose dans son étude : “La conséquence de cette recommandation est bien évidemment de remplacer le public actuel d’étudiants étrangers par un autre, plus fortuné, et d’inscrire nos universités dans un système néo-libéral réservé aux élites, et où les universités se livrent à une concurrence féroce sur le marché de la formation”, explique Michel Gevers.

Le professeur émérite est par ailleurs persuadé que la hausse du coût des droits d’inscription n’a pas augmenté la qualité de l’enseignement ou de la recherche des universités australiennes, que du contraire.“Les gouvernements successifs ont prétexté de cette nouvelle manne financière pour réduire régulièrement le financement des universités. (...) Malgré les importantes ressources dues au minerval, les universités se retrouvent exsangues. Le résultat est que le taux d’encadrement des étudiants dans les universités australiennes s’est dégradé de manière catastrophique. Les premières victimes de cette politique de financement par les étudiants étrangers sont donc les étudiants australiens, d’autant plus que leur minerval n’a cessé d’augmenter aussi.”

Michel Gevers metégalement en doute la pertinence des “rankings”, indicateurs de qualité selon Michel Beine – qui note tout de même que ces “rankings” “sont sujets à déba t”. Il les accuse d’”inscrire le monde universitaire dans une vision purement néo-libérale de compétitivité à outrance”.

Deux points de vue diamétralement opposés, dont les arguments seront sans doute repris lors de la réunion de ce mardi soir rassemblant les représentants du ministre de l’Enseignement supérieur Jean-Claude Marcourt, les recteurs des universités francophones, des membres de l’Ares (Académie de recherche et d’enseignement supérieur) et une délégation étudiante. Objectif : sortir du bras de fer qui, depuis deux semaines déjà, oppose étudiants et universités sur la question de la hausse du minerval pour les étudiants non-européens.