Belgique Ici tout le monde est le bienvenu, on travaille sans exclusion mais principalement avec des sans-abris. Tables en bois, chaises dépareillées, canapés et machine à café, tout est pensé pour se sentir chez soi, se sentir bien. En tout cas Muriel et Patrick Sochnikoff l'ont conçu dans cette optique. Le projet n'est pas une énième association, mais a été pensé dans l'idée de créer quelque chose de complémentaire à ce qui existait déjà pour les sans-abris.

Et pour bien comprendre comment accueillir au mieux ces personnes, la responsable de l'asbl, habituée du bénévolat, a décidé de tout quitter et d'y consacrer sa vie. Allant même jusqu'à passer cinq jours dans la rue avec eux. “Ce qui m'a le plus marqué c'est l'indifférence des gens et le regard dédaigneux. Je me suis rendu compte que socialement, on a des contacts qu'avec les travailleurs sociaux et les autres personnes en situation précaire”, explique Muriel Sochnikoff.

“Jamais Sans Toit” souhaite ainsi favoriser les relations sociales et sortir les sans-abris de leur oisiveté. Crée en 2005, l'asbl espère “permettre aux personnes en situation précaire de renouer des liens affectifs et culturels avec le monde qui les a marginalisé”, et cela passe par différentes activités censées égayer la journée et pousser les sans-abris à s'exprimer émotionnellement. Il y a aussi “Jamais Sans Voix”, le journal de l'association qui laisse la parole à ceux qui souhaitent s'exprimer. Deux fois par mois les sans-abris sont invités au Théâtre Royal de la monnaie pour un mini concert et un dîner.

Même si “Jamais Sans Toit” distribue des tickets repas en accord avec la commune d'Ixelles, ainsi que les collations données par les banques alimentaires, l'asbl essaie de ne pas rentrer dans une démarche d'assistanat pure. “ On est parfois dans un monde d'exigences où on se dit “je suis pauvre on doit m'aider”, mais la notion de “dû” n'est pas leur rendre service, il faut qu'ils comprennent que la vie a un coût”, explique Muriel Sochnikoff qui demande alors 30 centimes pour le café et les boissons. Les consignes aussi sont payantes, un prix dérisoire de 50 centimes par semaine, mais cela permet à ceux qui le souhaitent d'y laisser leurs souvenirs et leurs papiers.

Une ASBL au grand coeur certes, mais dans laquelle les règles sont claires. D'ailleurs Muriel Sochnikoff affiche les consignes à l'entrée: tout le monde est le bienvenu, mais il est interdit de consommer de la drogue ou de l'alcool au sein de l'établissement sous peine d'exclusion. Et il n'est pas toujours facile de gérer tout ce beau monde. Jamais Sans Toit, qui est ouvert 52 semaines par an ,accueille jusqu'à 300 personnes différentes. C'est alors grâce à la COCOM que Muriel a pu engager un travailleur pour la seconder à plein temps.

L'ASBL est devenue au fil des années une famille où, au-delà d'accueillir, on redirige aussi les personnes vers les services compétents pour les aider au mieux.Un vrai travail à plein temps. La responsable rappelle d'ailleurs que: “Le plus important c'est de dire que la porte est toujours ouverte, et surtout de sourire. Il faut pouvoir prendre toute la douleur des autres et de savoir qu'on ne va pas pouvoir tout solutionner”. Et même si l'asbl a quelques partenaires à ses côtés, elle continue à faire appel aux dons privés.

Au final, les liens créent au sein de la maison vont au-delà d'une simple maison d'accueil, en témoignent les photos sur les murs. Chaque année le couple Sochnikoff réunit d'ailleurs tous les habitués de l'asbl pour fêter Noël en famille. Six ans après le début de l'aventure, l'Asbl “Jamais Sans Toit” est devenue une pièce maitresse dans le domaine de l'accueil des sans-abris de Bruxelles.