Belgique

L’information commence à circuler sur Facebook : une nouvelle bourse aux mères porteuses se tiendra à Bruxelles, les 29 et 30 janvier, avant Paris le 31 janvier. Discrètement : pour connaître le lieu précis et s’inscrire, il faut envoyer un message privé sur la page Baby Bloom Homoparentalité. La capitale avait déjà été le théâtre d’un tel événement en mai dernier, quand l’association américaine Men Having Babies (les Hommes qui ont des enfants) avait organisé un colloque vantant la gestation pour autrui (GPA) dans une logique purement commerciale. Cette première foire aux mères porteuses avait déclenché l’indignation générale.


Une "garantie de succès de 100 %"

Cette fois, c’est la filiale anglaise d’une clinique basée à Las Vegas ("The Fertility Center") qui organise ces "conférences". Baby Bloom Homoparentalité veut apporter une "aide à l’information des couples en recherche de créer une famille", indique la page Facebook.

Une aide qui est loin d’être désintéressée… Baby Bloom, qui se targue de 5 ans d’expérience, promet aux futurs papas gays de sélectionner la mère porteuse ("surrogate", en anglais) "parfaite pour vous", parmi "une large variété de candidates immédiatement disponibles". L’entreprise assure une méthode révolutionnaire avec "des procédures plus rapides" ainsi qu’une "garantie de succès de 100 %".

Appât publicitaire : les candidats parents choisissent la mère porteuse avant de signer un contrat avec une agence qui fera le lien. Baby Bloom annonce aussi un "contrôle total de votre budget".

L’entreprise supervise tout

Le budget ? On ne trouve pas de chiffres sur le site. Plusieurs homopapas qui avaient fait appel à Men Having Babies pour réaliser leur projet parental nous avaient expliqué, en mai dernier, que cela leur avait coûté entre 100 000 et 150 000 dollars.

Baby Bloom se charge de tout : la sélection de la mère porteuse (ou du donneur de sperme pour les homomamans) et de la donneuse d’ovocyte; le suivi de la fécondation in vitro et de la grossesse dans les cliniques de fertilité "qui ont le plus taux de réussite" des Etats-Unis; la réservation des vols et des hôtels pour les visites des parents; le kit naissance pour la petite fille ou le petit garçon…

Les candidats sont accompagnés, du début à la fin, par un "guide personnel". Baby Bloom supervise l’ensemble de la procédure "dès le moment où vous décidez de devenir parents jusqu’à ce que vous preniez votre bébé dans les bras pour la première fois".

L’entreprise contrôle surtout tous les intermédiaires : la mère porteuse et la donneuse d’ovocyte - qui sont rétribuées comme telles aux Etats-Unis; l’agence, qui met les parents d’intention en contact avec ces femmes; la clinique de fertilité où se pratique la fécondation in vitro (FIV).

Réglé comme du papier à musique

Le processus de gestation pour autrui est réglé comme du papier à musique. A la 7e semaine de grossesse, une échographie est faite pour vérifier si la mère porteuse est enceinte d’un seul enfant ou de jumeaux. Les parents peuvent choisir d’attendre chez eux les résultats de cet examen ou y assister via Skype.

En revanche, à la 20e semaine, quand l’échographie permettra de déterminer si le bébé est un garçon ou une fille, Baby Bloom recommande à tous les parents d’intention de faire le voyage vers les Etats-Unis pour y assister…

Quant aux femmes qui souhaitent recourir à des donneurs de sperme, elles sont encouragées à "déterminer exactement" les critères importants à leurs yeux comme l’intelligence, l’apparence physique ou la personnalité… Voilà qui fait froid dans le dos.



Bientôt une loi sur la GPA en Belgique ?

Ni, ni… Si des couples homosexuels belges et français se tournent vers les Etats-Unis pour trouver une mère porteuse, c’est parce que la gestation pour autrui (GPA) y est autorisée et organisée, même si la logique est purement commerciale. En Belgique, il n’existe pas de loi spécifique sur la GPA qui n’est actuellement ni autorisée, ni tout à fait interdite.

Large majorité. Cela devrait changer. Le débat parlementaire est en cours depuis plusieurs années. En décembre dernier, le Sénat invitait à légiférer sur la gestation pour autrui qui se pratique dans plusieurs centres de fertilité en dehors de tout cadre légal particulier. Une large majorité parlementaire (N-VA, PS, MR, CD&V, Open VLD, SP.A, Ecolo-Groen) penche pour une autorisation légale, sous strictes conditions, de la gestation pour autrui qui devrait exclure la maternité de substitution à des fins commerciales. La légalisation est envisagée pour répondre à des problèmes d’infertilité et concernerait aussi les couples homosexuels.

Interdiction. Si le CDH plaide également pour une législation en la matière, ce serait pour interdire cette pratique dans tous les cas.