Belgique

Souvenez-vous. C’était le 21 décembre 2007. Guy Verhofstadt venait de prêter serment à la tête d’un gouvernement de transition. Le Premier ministre déclara que des éléments indiquaient " qu’un attentat pourrait être en cours de préparation ". Une quinzaine de suspects furent interpellés, plus tard relâchés, l’alerte fut déclarée et la Ville de Bruxelles annula même son traditionnel feu d’artifice de la Saint-Sylvestre. Mais rien, heureusement, ne se produisit.

Les "éléments" qui avaient justifié pareille alerte, qui fit polémique, constituent l’amorce du procès qui s’ouvre, ce lundi, devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. Neuf inculpés, dont deux sont en fuite, devront répondre "de participation à un groupe terroriste ", accusés d’avoir soutenu ou organisé l’entraînement à l’armement et aux explosifs de cinq d’entre eux au Pakistan.

Les inculpés sont Malika El Aroud (détenue), son mari Moez Garsallaoui (en fuite), Hicham Beyayo (détenu), Ali El Ghanouti, Saïd Arissi, Hicham Bouhali Zrioul (en fuite), Abdulaziz Bastin, Mohamed El Amin Bastin et Jean-Christophe Trefois. Hormis Garsallaoui, qui est Tunisien, tous les inculpés sont de nationalité belge.

Pour comprendre la genèse de ce groupe, il faut remonter à la condamnation, en mai 2007, en Suisse de Malika El Aroud et de son mari. Le couple avait exploité quatre sites Internet appelant à la guerre sainte et exposant la décapitation de prisonniers et des actes de torture. Le mari fut condamné à six mois de prison ferme tandis que la Belge Malika obtint six mois avec sursis.

La police belge pensait s’être définitivement débarrassée de Malika, mais elle découvrit plus tard qu’il n’en était rien et que le couple belgo-tunisien était revenu en Belgique.

Entre-temps, quatre éléments vont alerter l’antiterrorisme belge. En août 2007, la police française constate que l’un des sites de Malika El Aroud a été réactivé et que, dans l’un de ses forums, un certain "Abdallah" invite les internautes à agir, tout en leur glissant les plans du métro de Paris. En novembre 2007, les policiers belges relèvent que Garsallaoui s’envole à Zaventem dans un avion pour la Turquie. En décembre 2007, un renseignement laisse entendre qu’un attentat se prépare à Bruxelles " avant la fin de l’année ". Enfin, les juges d’instruction entendent aussi parler d’un plan d’évasion de Nizar Trabelsi. Ce sont ces éléments-là qui vont amener l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace (OCAM) à déclarer l’état d’alerte pour la Noël 2007.

En procédant à plusieurs interpellations préventives, les enquêteurs épinglent Malika El Aroud à Saint-Gilles. Ils découvrent aussi que l’intéressée utilisait une adresse e-mail secrète pour correspondre avec son mari, parti non pas en Turquie, mais au Pakistan.

Les surveillances opérées en 2008 vont permettre de découvrir qu’un groupe semble s’être constitué et que quatre d’entre eux (et deux Français) sont partis dès décembre 2007, avant l’alerte, s’entraîner dans la province du Waziristan (Pakistan), pour se battre aux côtés des talibans. Le mari de Malika les accueille sur place.

Le groupe a transité légalement par Istanbul, avant de confier son destin à une filière passant par le Kurdistan turc, l’Iran, puis les provinces pakistanaises du Baloutchistan et du Waziristan. Il a marché au cœur de l’hiver dans la neige et la montagne avant de parvenir au Waziristan où il sera d’abord accueilli par un chef pachtoune taliban avant d’être remis "aux Arabes ", c’est-à-dire fort probablement au réseau al Qaeda.

L’accusation entend prouver au procès que le groupe belge a reçu un entraînement d’un artificier lié à al Qaeda. Les djihadistes belges, affaiblis par la malaria, terrés dans leur maison par les bombardements américains, ne vont cependant jamais se battre, à l’exception sans doute de Garsallaoui et de Bouhali Zrioul, parlant bien arabe, qui ont disparu des radars. En revanche, les autres vont revenir un à un en Belgique. Beyayo sera le dernier à faire le trajet du retour, en décembre 2008, après un an de formation au Pakistan.

Quand les enquêteurs belges estimeront avoir récolté assez de renseignements, et surtout intercepteront un message parlant d’évacuer " femmes et enfants ", ils procéderont à une vague d’interpellations, le 11 décembre 2008.

Le groupe n’a pas commis d’attentat. La police n’a pas saisi d’armes. Mais il a acquis au Pakistan un know-how qui constitue, pour l’accusation, une menace pour le pays. La justice tranchera.