Une police privée et... illégale à Rhode

Annick Hovine Publié le - Mis à jour le

Belgique

Depuis un an, la commune de Rhode-Saint-Genèse, dans la périphérie bruxelloise, enregistre une recrudescence de vols domestiques par des bandes venues de Charleroi. Ainsi, 350 cambriolages ont été enregistrés en 2002, contre 265 en 2001. Un effet pervers de la réforme des polices? La bourgmestre de la commune, Myriam Delacroix (CDH), le soutient. «Avant la réforme, une patrouille tournait chaque nuit sur le territoire de la commune. Maintenant, ces deux hommes doivent couvrir une zone regroupant Rhode-Saint-Genèse, Linkebeek et Drogenbos.»

Résultat: en novembre, Rhode engageait une firme privée - Securis - pour organiser des patrouilles de nuit (une voiture avec un homme non armé), pour un coût annuel d'environ 150.000 euros pris en charge par la commune - et pas par la zone de police. Le conseil communal a aussi donné son feu vert pour l'installation de caméras fixes de surveillance à tous les carrefours, une manière de repérer les individus ou voitures «louches».

Mais les habitants de cette commune fortunée ne se sentent pas en sécurité pour autant. À tel point que les autorités communales les incitent à former des comités de quartiers pour «apprendre à se protéger». Plus encore: elles leur proposent de recourir à des firmes privées de gardiennage qui organiseraient des patrouilles 24 heures sur 24 avec chiens et hommes armés. Le coût de ce service de police privée reviendrait à quelque 500 euros par an par maison... «Il y a une demande de la population pour plus de sécurité. La zone compte actuellement 41 policiers alors que le cadre en prévoit 51. Ils ne peuvent pas tout faire», justifie Mme Delacroix-Rolin.

S'il manque 10 policiers, c'est notamment pour des raisons structurelles, explique la bourgmestre. C'est qu'on ne se bouscule pas dans les zones de police proches de Bruxelles, où les agents touchent la prime «grande ville» (5000 euros par an)... Et 8 hommes - des anciens gendarmes qui viennent d'Eeklo, Hasselt... - sont en partance: en vertu de la mobilité au sein de la police fédérale, ils ont demandé une réaffectation plus près de leur domicile.

Conclusion tirée par Myriam Delacroix: «J'ai dû prendre une décision extrême, poussée par les habitants insécurisés. Beaucoup sont déjà armés. Organiser des patrouilles armées avec un chien, c'est une prévention quasi-parfaite pour décourager les malfrats» . Cette solution doit être temporaire, en attendant l'arrivée de nouveaux policiers, dit encore la bourgmestre.

Tolérance zéro

Reste que de nombreuses questions se posent sur la légalité de telles pratiques. Le ministre de l'Intérieur, Antoine Duquesne (MR), s'est montré très clair, lundi: il ne tolérera pas de milices privées à Rhode. Les «patrouilles de sécurité» envisagées par les autorités communales «ne respectent pas la législation sur le gardiennage» .

En effet, explique-t-on au cabinet de l'Intérieur, certaines des missions dévolues aux agents de gardiennage consistent en un contrôle des personnes sur la voie publique, ce qui relève de missions exclusivement policières. En outre, aucune demande d'autorisation n'a été introduite auprès du ministère de l'Intérieur, comme le requiert la loi en ce qui concerne toute activité de gardiennage au profit d'une personne morale de droit public.

Le ministre Duquesne a donc sommé la bourgmestre et la société de gardiennage de «mettre fin immédiatement à cette situation inacceptable» . Parallèlement, la procédure de sanction prévue par la législation sur le gardiennage sera entamée.

© La Libre Belgique 2003

Annick Hovine

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