Belgique

Que faire contre la violence gratuite où l'on en vient à tuer pour un MP3, pire, pour une cigarette ? Le ministre de la Coopération au développement, Armand De Decker (MR) n'a, pas plus que ses collègues, la panacée mais il a la faiblesse de penser que permettre aux jeunes de faire un service militaire ou civil volontaire peut ouvrir des perspectives intéressantes. Mieux, une loi qui les prévoit existe depuis 2003. Mais voilà, "pour des raisons qui sont moins budgétaires qu'idéologiques", sa traduction concrète est enrayée.

Et lorsqu'Armand De Decker veut la remettre à l'agenda - comme il l'a dit, vendredi, au "Soir" - il essuie "illico presto" un tir de scuds depuis Séville, de son collègue de la Défense, André Flahaut qui parle d'"une vieille idée teintée de nostalgie ressortie dans un moment de grande émotion". Une critique relayée encore par la Ligue des droits de l'homme, qui n'a pas hésité à dire que M. De Decker était sorti de son champ de compétences et qu'il fallait au contraire prévoir plutôt des cours d'éducation civique !

C'est ignorer les antécédents législatifs et l'expertise ès-Défense du "patron" de la Coopération, qui refuse aussi d'être classé dans le camp des ultra-sécuritaires. Et De Decker de s'étonner qu'on l'attaque sur des pistes où certes Nicolas Sarkozy mais aussi Ségolène Royal vont aussi, sinon plus loin que lui. Quant au cours d'éducation civique, il en connaît forcément plus qu'un bout aussi puisque siégeant au Parlement francophone, il avait fait voter, à l'unanimité (!), un décret avec Antoinette Spaak prévoyant une initiation aux institutions européennes, nationales, régionales et locales. Le drame, c'est que le texte de loi communautaire n'a jamais été mis en oeuvre non plus...

Armand De Decker, contrairement à ce que d'aucuns laissent penser, nie aussi être un nostalgique du service militaire obligatoire - "lors de sa suppression, il n'y avait plus de danger pour le territoire..." - mais déplore que l'on n'ait jamais remplacé sous d'autres formes l'immersion sociétale qu'on y offrait à toutes les classes sociales. "Mais c'était aussi un bon baromètre de la société où l'on découvrait de graves lacunes sur le plan intellectuel, de l'hygiène, de la santé. C'est dans cette optique que l'on a voté le principe d'un service volontaire civil ou militaire. Je persiste à croire que c'est la voie à suivre, d'autant plus maintenant avec la montée de la violence gratuite."

Mais d'autres mesures s'imposent à ses yeux : "On doit une fois pour toutes interdire la violence gratuite à la télévision, qui laisse croire qu'on peut se faire impunément justice".

Cela dit, Armand De Decker croit surtout aux vertus de l'immersion citoyenne : "Comme cela existe en France, les jeunes en fin de secondaire devraient faire un stage de 15 jours dans le secteur public. Ce serait un filet social pour rattraper les moins favorisés. Mais je le répète, l'on peut aller encore plus loin avec les services volontaires". C'est là qu'il voit une possibilité de réinsertion pour les jeunes orphelins de normes et de repères... notamment par des unités disciplinaires.

"Soyons sérieux, cela se passerait sous le contrôle de la Justice et dans une optique positive. On est loin ici d'une vision nostalgique. Par contre, je crains qu'il n'y ait un réel laxisme socialiste, un aveuglement que n'a pas Mme Royal..."

© La Libre Belgique 2007