Belgique

La sécurité des hommes (et femmes) politiques pose rarement problème en Belgique. Mais de graves menaces de mort adressées récemment à Mimount Bousakla ont obligé à prendre des mesures sérieuses pour protéger la sénatrice SP.A-Spirit. La jeune Anversoise a déserté son domicile et bénéficie d'une protection rapprochée de la police fédérale, révélait mercredi «Gazet van Antwerpen».

Mardi soir, cinq agents de la police fédérale ont ainsi encadré la mandataire politique à une causerie prévue à Anvers, avant de la raccompagner à une adresse tenue secrète. Depuis dimanche, la jeune femme, belge d'origine marocaine, ne circule plus seule en rue; des policiers fédéraux veillent sur elle 24 heures sur 24, même lors de ses activités au Sénat.

Exécution rituelle

Lors d'un appel téléphonique, un interlocuteur anonyme a clairement menacé MmeBousakla de mort, précisant même (en néerlandais): «Nous allons vous exécuter rituellement.»

La jeune femme a déposé plainte contre X suite à cette menace qui est loin d'être la première qui lui soit parvenue. Mimount Bousakla fait depuis près de deux ans l'objet de tels messages, par téléphone ou par lettre. La jeune femme, qui n'a pas sa langue en poche, n'hésite pas à briser certains tabous (sur les mariages blancs, le port du voile, l'éducation des filles, les adolescents marocains difficiles,...) qui ne plaisent pas à tous dans la communauté musulmane.

Depuis l'assassinat du cinéaste Theo van Gogh, à Amsterdam, l'Anversoise a enregistré de nouvelles menaces à son égard.

Le lendemain de ce meurtre, la sénatrice n'y était pas allée par quatre chemins: «L'Exécutif des musulmans doit disparaître.» Pour MmeBousakla, le représentant officiel de l'islam en Belgique devait condamner le meurtre de Van Gogh et appeler les musulmans à critiquer ce meurtre à haute voix.

L'appel de dimanche était-il une manière de représailles contre la jeune femme connue pour son combat pour l'égalité des hommes et des femmes au sein de la communauté musulmane?

La formulation de la menace semble accréditer cette hypothèse, même si la victime et les enquêteurs restent dans le brouillard concernant l'identité du harceleur.

«Couscous met frieten»

Mimount Bousakla (32 ans) a été élue comme sénatrice en mai 2003. Après une formation en marketing, elle a travaillé comme employée de banque.

La jeune allochtone a grandi entre deux cultures -marocaine et flamande. Dans son parcours familial, elle a connu cet écartèlement trop souvent imposé aux jeunes femmes issues de l'immigration: les parents attendent de les voir respecter les traditions et de devenir une bonne musulmane; le pays d'accueil demande une intégration, quand ce n'est pas une assimilation.

La veille de ses 18 ans, la jeune Mimount claque la porte du domicile familial, à Louvain: elle voulait étudier; ses parents refusaient, cherchaient à la marier. Elle s'installe alors à Anvers, où elle trouve du travail, suit des cours du soir, s'investit en politique (au SP.A), réussit son intégration -elle préfère parler d'émancipation.

La jeune femme écrit aussi une chronique dans «De Morgen», où elle critique, non sans humour, les politiques d'intégration. Ses articles sont collationnés dans un livre «Couscous met frieten», où tout le monde en prend pour son grade: la communauté musulmane, les «vlaamse politici» mais aussi les Belges «multiculturalistes», de bonne volonté, mais souvent naïfs... Un sacré tempérament.

© La Libre Belgique 2004