Belgique

Acte d'accusation" en Belgique ou "ordonnance de mise en accusation" (OMA) en France, un document est lu aux jurés à l'entame du procès, non pour leur exposer la vérité (puisque c'est eux qui vont la dire), mais pour expliquer ce que l'enquête a retenu contre les accusés.

Voici le résumé de l'OMA tracée le 25 mai 2007 par les juges français Anne Devigne et Pascal Preaubert, dégagée de ses considérations juridiques (évoquées dans "LLB" du 25/3). Elle sera lue ce vendredi.

1 Marie-A. Comme le procès, l'"OMA" s'ouvre sur l'arrestation de Michel Fourniret, le 26 juin 2003 après sa tentative ratée d'enlèvement sur Marie-A. à Ciney. Viennent ensuite les autres victimes du couple diabolique, dans l'ordre chronologique. On ne reviendra pas ici au cas de Marie-A., déjà évoqué ("LLB" 25/3).

2 I sabelle Laville. La première victime du couple Fourniret était née le 18 août 1970. Le vendredi 11 décembre 1987, elle partait à 16 h 30 de son collège auxerrois vers le domicile familial. Sans y parvenir. Fourniret l'avait repérée et avait indiqué un scénario à Olivier : faire monter Isabelle dans l'auto sous un faux prétexte puis le charger, soi-disant en panne d'essence, en auto-stop. Ainsi fut fait. Peu après, Fourniret passait une cordelette autour du cou d'Isabelle. La questionnait sur sa virginité. Lui faisait avaler des calmants. Elle arrivait inconsciente au domicile du couple. Fourniret ne parvenait toutefois pas à la violer. Pour le "mettre en condition", Olivier lui prodiguait d'incitatoires caresses intimes. Comment fut tuée la jeune fille ? Sans doute étranglée. Sans que cela surprenne Olivier qui savait "qu'il ne la laisserait pas partir vivante". Il avait jeté le corps dans un puits, à une trentaine de kilomètres.

3 Fabienne Leroy. Le 3 août 1988, cette étudiante en biochimie intelligente et prudente, née 20 ans plus tôt, tombait dans les griffes du couple. Le lendemain, son corps était découvert près d'un camp militaire, à Mourmelon-le-Grand (près de Châlons-en-Champagne où elle effectuait un stage). Elle gisait le chemisier déchiré, les vêtements ensanglantés, et portait la marque d'entraves ainsi que celles de piqûres dans le creux des coudes. Un (mauvais) suspect était interpellé puis officiellement innocenté 4 ans après - ah, les bavures judiciaires...

Les aveux du couple tombaient en 2004 : Fourniret avait fait monter Fabienne dans la voiture en prétextant la recherche d'un médecin. Hors agglomération, Olivier avait quitté l'auto avec son mari et leur victime : Fourniret voulait qu'elle assiste au viol. Olivier pointait une arme à feu sur Fabienne pendant que Fourniret lui liait les mains. Elle vérifiait aussi qu'elle était vierge. Après le viol, Fourniret avait tiré à bout portant au coeur. C'est du moins l'une des versions servies par le couple. Quant aux piqûres, Fourniret expliquait qu'il avait voulu procéder à des injections d'air pour provoquer un arrêt cardiaque.

4 Jeanne-Marie Desramault. Le 18 mars 1989, comme chaque samedi, cette élève du lycée Sévigné de Charleville-Mézières, née le 9 juillet 1967, se rendait à la gare de la capitale ardennaise pour rejoindre sa famille à Béthune. Sans y parvenir. Cette fois, pour comprendre, il fallait remonter deux mois dans le passé. Jeanne-Marie avait expliqué à deux proches qu'elle avait fait la rencontre, un dimanche dans le train, d'un homme sympathique "qui partageait son idéal religieux". A l'arrivée, Jeanne-Marie avait de surcroît discuté avec l'épouse du voyageur. Elle s'était engagée à revoir Pierrette et Paul Jadot. Ils l'avaient rappelée plus tard par téléphone au couvent où elle était hébergée en semaine.

En 2004, une proche de Jeanne-Marie avait raconté cette histoire au commissaire Jacques Fagnart, à Dinant. Jadot ? Ce patronyme était inscrit six fois dans l'agenda de Fourniret. Pierrette et Paul ? Les seconds prénoms des époux diaboliques. Qui avaient emmené Jeanne-Marie à Floing, en 1989, tentative de viol à la clef. Paul l'avait tuée avec l'aide de Pierrette en l'étouffant (nez et bouche obturés, sachet plastique sur la tête). Le lendemain, Fourniret transportait son cadavre au château du Sautou, pour l'y surgeler avant de l'enterrer.

5 Elisabeth Brichet. On rappellera simplement ici, après le "Grand angle" consacré à l'affaire Brichet dans "La Libre" (26/3), qu'elle fut enlevée à St-Servais (Namur) le 20 décembre 1989, violée puis mise à mort par Fourniret endéans les 36 heures.

6 Natacha Danais. Le 21 novembre 1990, Natacha Danais, née le 15 février 1977, disparaissait au centre commercial "Leclerc" de Rezé (Nantes). Sa mère, qui faisait les courses avec ses trois filles, lui avait demandé d'aller récupérer un porte-monnaie oublié. Une terrible nouvelle arrivait trois jours plus tard : le corps en partie dénudé de Natacha avait été trouvé sur la plage de Brem-sur-Mer (près des Sables d'Olonne). Hasard : les Fourniret avaient été convoqués dans la région pour répondre en correctionnelle de faits de vandalisme commis contre les biens du premier mari de Monique Olivier. Fourniret avait voulu "chasser". Le couple avait parqué sa camionnette près du "Leclerc", en l'attente d'un "beau petit sujet". Olivier avait convaincu Natacha de monter à bord, sachant l'issue qui "coulait de source". A la tombée de la nuit, Fourniret avait cessé de rouler, Olivier s'éloignant de l'auto. A son retour, la fillette était morte. D'un outil ou d'une lame, Fourniret avait transpercé deux fois sa cage thoracique.

7 Joëlle Parfondry. Le 19 janvier 1995, Joëlle Parfondry voyait entrer un homme cagoulé et armé dans son commerce de toilettage pour chiens, à Jambes (Namur). Elle subissait une agression très violente.

8 Sandra Noirot. Le 12 février 2000, le prédateur s'en prenait à Sandra Noirot, une fillette qui lui échappait en gare de Gedinne (comme déjà expliqué pour les deux dans "La Libre" du 25/3).

9 Céline Saison. Le 16 mai 2000, Céline, 18 ans, sans problème et toujours souriante, terminait une épreuve du baccalauréat au lycée Chanzy de Charleville-Mézières. Elle devait regagner son domicile à pied. Sans le faire. Le 22 juillet suivant, on découvrait ses ossements à Sugny, en Belgique.

Là aussi, Monique Olivier allait tout expliquer. En fin d'après-midi, Fourniret lui avait fait part de son désir de "chasser". Il avait croisé Céline, l'avait convaincue de monter dans sa voiture, dont l'ouverture des portières était trafiquée. Dans un endroit isolé, il l'avait forcée, sous la menace de l'aveugler avec de l'acide, à des sévices. En la forçant à les lui demander, puis à l'en remercier. A son retour, racontait Monique Olivier, "il était souriant [...] fier de lui, comme d'habitude".

10 Mananya Thumpong. Le samedi 5 mai 2001, cette fillette de 13 ans et demi devait se rendre à la médiathèque de Sedan. On ne la revit plus. Dix mois plus tard, sa dépouille était découverte à Nollevaux, à nouveau en Belgique. Fourniret l'avait repérée quelques jours auparavant à Sedan, prenant contact et la mettant en confiance. Le 5 mai, il l'avait donc aisément abordée, assurant à Olivier après le viol et la mise à mort, dans un chemin forestier, que "c'était positif". Avec des détails, comme pour les portières bloquées et la soi-disant demande de sévices par la victime, similaires au rapt de Céline Saison. Là aussi, le prédateur s'était dit particulièrement satisfait, en raison de circonstances physiques du viol et des "supplications" imposées à l'enfant.