Belgique

A chaque Wallon de se saisir du «contrat d'avenir» dernière version, d'y apporter sa pierre? Des régionalistes pur jus prennent le gouvernement régional au mot. Ils viennent de lancer un «appel à compléter le contrat d'avenir de dimensions culturelles».

Entêtés et infatigables dans le registre, ses initiateurs n'étonneront pas. On trouve là Jean-Claude Vandermeeren et la FGTB wallonne dont il est le secrétaire; le dramaturge Jean Louvet en tant que président du MMW (ou Mouvement du manifeste wallon, qui ambitionne de donner permanence et suites aux deux manifestes de 1983 et 2003); ainsi que José Fontaine et ses amis de la revue «Toudi».

Leur message ne surprendra pas davantage, même s'il vaut la peine d'être relu dans cette drôle de Belgique à double structure Régions/Communautés qui est la nôtre... «La Wallonie ne gère pas la dimension culturelle de son destin, contrairement à d'autres entités politiques comparables dans le monde. Le contrat d'avenir affirme les valeurs partagées d'une Wallonie forte (...) mais ne dit rien sur leur défense, leur illustration et surtout leur transmission», constate l'appel. Or, «la culture exprime le projet de société d'un peuple et d'une région. (...) Pour atteindre ses objectifs ambitieux, la Wallonie doit maîtriser son enseignement, sa culture, ses médias».

S'étonnerait-on de la présence d'un leader syndical à la manoeuvre? M. Vandermeeren renvoie d'abord à l'histoire, celle de l'attachement de la FGTB wallonne à une Belgique à 3 Régions; ensuite, à sa définition de la culture, qui «est aussi son histoire économique et sociale, jamais enseignée dans nos écoles» ; enfin, à la vocation du contrat d'avenir de créer une identité wallonne. Pour autant, il ne se sent pas «anti-quoi que ce soit»... Quand même, le reprend-on, n'est-il pas contre la Communauté française? Sa réplique: «La Communauté n'est qu'une structure politique. Avec les Bruxellois, nous avons le français en commun. Comme avec le Sénégal. Mais comme Wallon, je n'ai pas la même culture que le Sénégalais.»

Resterait évidemment à convaincre le politique qui refuse, sympathisant ou non à une cause plus wallonne, de rouvrir le chantier «intrafrancophone»! Or, parmi les 130 signataires de l'appel, surtout des artistes ou enseignants, on ne trouve qu'un politicien, et quasi honoraire: Robert Collignon... Patience, répondent les appelants: «Notre revendication va tellement de soi, prédit M. Fontaine, que le jour où elle se réalisera, on sera peut-être mort, mais on se demandera comment ça n'aura pas été fait plus tôt.»

© La Libre Belgique 2004