Belgique

Depuis la sanglante attaque contre Charlie Hebdo, en janvier 2015, suivie par les attentats commis à Paris, en novembre 2015, et à Bruxelles, en mars 2016, la société a changé. En se rapprochant, en se produisant chez nous ou à nos portes, le terrorisme a instillé l’angoisse et la peur. Parmi les kamikazes, certains sont nés en Belgique ou y ont grandi. Cela a créé un climat d’anxiété au sein de la population qui a entraîné une certaine polarisation de la société.

Une indication ? Au cours des deux dernières années, Unia, le Centre interfédéral pour l’égalité des chances, a reçu une soixantaine de signalements pour discrimination liés au climat de peur ou aux mesures prises par le politique pour lutter contre le terrorisme – dix nouvelles lois ont vu le jour.

Si le nombre absolu de dossiers reçus et traités n’est pas énorme, l’augmentation constitue pourtant un “signal d’alarme”, indique Unia. Il s’agit d’un phénomène nouveau  : entre 2010 et 2014, le nombre de dossiers (4) restait très marginal.

Les signalements font état de nouvelles insultes : “Sale terroriste” est souvent rapporté. Un dossier évoque le cas d’un directeur d’école qui aurait tenu des propos inquiétants par rapport à un groupe d’élèves d’origine étrangère  : “Vous devriez être en Syrie, terroristes, vous faites honte à cette école”.

Dessins de cochons

Dans d’autres cas, on observe des amalgames entre une pratique religieuse ou une origine nationale et le fait d’être perçu comme terroriste ou radicalisé.

Deux requérants soutiennent même avoir fait l’objet d’un licenciement suite à de tels amalgames. L’un venait d’être engagé. Au cours d’une conversation au travail autour du terrorisme, il aurait tenté d’expliquer pourquoi, à son avis, certaines personnes deviennent terroristes. Ses collègues ont pris cela comme une justification des attentats. Il a été licencié pour faute grave avec le motif “comportement inapproprié vis-à-vis de ses collègues”. Il semble aussi avoir fait l’objet d’une dénonciation auprès des services de police. Par la suite, l’employeur a retiré le motif grave.

Mais dans le secteur de l’emploi, les dossiers reçus concernent surtout du harcèlement moral par des collègues ou la hiérarchie. Comme des posts sur Facebook du genre : “Va t’occuper de tes bombes” ou des dessins de cochon sur les cartons que l’employé utilise pour prier…

Les dossiers reçus depuis l’attentat de Charlie Hebdo démontrent qu’il existe aujourd’hui un double défi dans la lutte contre le terrorisme, analyse Unia. S’il est logique de vouloir chercher à protéger la population à tout prix, cela doit se faire en respectant les droits fondamentaux de tous les citoyens, “en ce compris ceux qui sont originaires du Maghreb, qui ont un nom à consonance musulmane ou qui sont musulmans”, insiste le Centre interfédéral pour l’égalité des chances.