Belgique

Le Bureau International du Travail (BIT) confirme avoir employé pendant plus de trois ans, dans les années 70, l’ancien collaborateur belge Paul Van Aerschodt, à titre d’expert en tourisme et sans connaître la condamnation qui pesait sur cet homme.

L’organisme onusien le reconnaît après avoir été interrogé par "La Libre Belgique" il y a deux mois et après une enquête interne diligentée aux plus hauts échelons de l’institution.

"Le BIT a employé de janvier 1971 à août 1974 une personne dénommée Paul Jean Léon Simons de Aerschot de nationalité bolivienne", précise Corinne Perthuis, porte-parole du BIT, dans une courte déclaration écrite. "Cette personne a été employée comme expert technique dans le domaine du tourisme, elle n’a pas travaillé au Siège mais dans deux pays : à Chypre de janvier 1971 à octobre 1972, et en Roumanie de décembre 1972 à août 1974. L’Organisation n’avait aucune connaissance des activités de l’intéressé pendant la guerre".

Le BIT ne peut pas en dire plus, les dossiers de son personnel étant couverts par un délai de prescription de cinquante ans.

Paul Van Aerschodt est ce Belge né en 1922 à Houdeng-Aimeries (La Louvière). Surnommé pendant la guerre comme "Le Grand blond au Revolver" (GBR), il avait été condamné à mort par contumace en 1946 pour avoir travaillé pour les nazis pendant quatre ans et dénoncé des milliers de Belges qui tentaient d’échapper au travail obligatoire. L’affaire avait rebondi en 2007 lorsqu’une association d’anciens résistants avait retrouvé sa trace, sous un faux nom, dans la ville de San Sebastian, en Espagne.

L’homme avait réussi à se faire oublier de la justice belge, qui l’a cru mort. Sous un faux nom, et grâce à un évêque qui parvint à lui trouver "en huit jours" un visa pour la Bolivie, il s’enfuit d’Espagne pour l’Amérique Latine où il refit sa vie. Il revint en Espagne en 1964, sous le nom de Juan Pablo Simons de Aerschot, de nationalité bolivienne. (Voir LLB du 2 mars).

Par après, Van Aerschodt se fondit dans de nouvelles fonctions, devenant - c’est désormais confirmé - expert touristique non seulement à Chypre et en Roumanie pour le BIT, mais aussi en Afghanistan et en Allemagne de l’Est pour une autre agence de l’Onu. Dans la Roumanie de Ceausescu, l’ancien collabo belge s’occupait de "tourisme durable" pour le compte du BIT.

Comment un ancien collaborateur a-t-il pu travailler pour un organisme des Nations unies, fondées en 1945 sur les cendres de la seconde guerre mondiale ? Tout simplement parce que les Nations unies, encore aujourd’hui, ne font pas d’enquêtes de sécurité avant d’engager quiconque. C’est le cas généralement à l’Otan ou à l’Union européenne.

Intouchable en Espagne, car bénéficiant de la prescription, Van Aerschodt a donc réussi à échapper à toute sanction au cours de sa vie, sinon celle qui le déchut de sa nationalité belge.