Belgique

Neuf heures de perquisitions, mercredi : pour la première fois depuis le début des "affaires", c'est l'ex-homme fort du PS, de Charleroi et de la Région qui a été personnellement ciblé. Chez lui, tout d'abord dans la maison de maître du boulevard Joseph II, puis à deux pas de là, à son cabinet d'avocats.

Mais c'est surtout le siège des Mutualités socialistes qui a occupé l'essentiel des dix-sept enquêteurs, qu'accompagnaient la juge d'instruction Jacqueline De Mol et le Premier substitut Daniel Marlière.Un hall trois fois plus cher

Au centre de l'affaire, le hall des sports de Beaumont. Un complexe bâti "clés sur porte", et dont l'entrepreneur est la firme Vandezande, de Gilly. Sa gestion pose aujourd'hui question, mais il suscite aussi des interrogations quant à sa construction. A l'arrivée, il aura finalement coûté trois millions d'euros, soit trois fois plus que le coût estimé au départ. Une différence qui a amené à ouvrir une instruction, et à faire entendre longuement, la semaine dernière, le bourgmestre de Beaumont, Charles Dupuis, et son secrétaire communal Bruno Lambert.

Ils en étaient ressortis libres, mais sans avoir apporté aux enquêteurs de la police fédérale tous leurs apaisements. D'où la suite de l'enquête, hier matin.

Pourquoi viser Jean-Claude Van Cauwenberghe ? Il a présidé la Communauté urbaine de Charleroi-Val de Sambre, aujourd'hui défunte. Beaumont en faisait partie et avait demandé l'appui de cette Communauté pour élaborer le dossier du hall des sports qu'elle espérait voir subventionné.

Ce qui s'est fait, par le biais de la Commission des sports de ladite Communauté, commission présidée par l'échevin des Sports carolo, un certain... Claude Despiegeleer.

Et comme promis, explique aujourd'hui le bourgmestre Charles Dupuis, Jean-Claude Van Cauwenberghe, reprenant son rôle de ministre-président d'alors, a soutenu le projet, subsidié à hauteur de 1400000 euros. Là où il y a doute - mais rien n'est venu le confirmer jusqu'ici - c'est à propos des conditions mises à cette subvention : la Région aurait imposé que l'entrepreneur Vandezande effectue le travail. Ce que Charles Dupuis nie formellement, parlant d'un marché public dont le seul adjudicataire a été la firme Vandezande. Cette même firme dont Van Cau reconnaît que le responsable est de ses amis depuis longtemps.La Communauté urbaineAprès le domicile et le cabinet d'avocat de Van Cau, en présence du Bâtonnier de l'ordre, les policiers se sont rendus chez Eric Van Sevenant, directeur général de l'intercommunale aujourd'hui fusionnée Aquasambre, au siège de laquelle les archives de la Communauté urbaine s'étaient trouvées.

Elles avaient été transférées au siège des Mutualités socialistes, avenue des Alliés, parce que Jean-Claude Van Cauwenberghe en est le président. Il y a assisté à la fouille et au départ des caisses d'archives. De manière scrupuleuse, dit-on, sans jamais oublier qu'il est avocat et qu'il n'ignore rien de la procédure. Ainsi a-t-il fait acter que la perquisition de son bureau parlementaire, à Namur, s'était effectuée hors la présence d'un représentant du Parlement.

Parallèlement, une perquisition a été conduite dans les locaux de la Direction générale des Pouvoirs Locaux, à Namur. Cinq heures durant, alors que la presse restait de faction au pied du bâtiment et qu'on acheminait des sandwiches pour soutenir les enquêteurs, l'ancien bourgmestre a surveillé le bon déroulement des opérations.

Il en est ressorti peu avant 17 heures. Le temps de faire savoir qu'il avait bien exercé tous ses droits, et qu'il aimerait être entendu par les enquêteurs. Avant de repartir pour le parlement wallon, où il a pris part aux votes de l'assemblée.

Comme si de rien n'était, vraiment ?