Belgique

Herman Van Rompuy a donc finalement accepté de former un gouvernement. Son nom était cité dès le début pour succéder à Yves Leterme après la démission du gouvernement le 19 décembre mais il avait jusqu'à présent toujours refusé.

L'explorateur Wilfried Martens a proposé au nom du CD&V sa candidature au Roi et, dit-on, c'est en fin de compte le souverain qui a donné le dernier coup de pouce pour qu'il accepte. Alors qu'Elio Di Rupo dit de lui qu'il a sans doute accepté la fonction par devoir, un autre responsable politique disait dimanche soir qu'il n'avait pas le choix. "Le CD&V était mort s'il ne parvenait pas à proposer un candidat premier ministre", ajoutait-il.

La sortie de crise aura finalement été moins simple qu'on ne le croyait dans les heures qui ont suivi la démission du gouvernement. Chacun alors voulait continuer et aller vite mais très rapidement il est apparu que le CD&V n'arrivait pas à proposer un nouveau candidat premier ministre acceptable pour tous et qui voulait bien assumer la fonction. Parmi les noms les plus souvent cités, il y avait celui de l'ancien premier ministre Jean-Luc Dehaene et celui du président de la Chambre Herman Van Rompuy. Les libéraux ne voulaient pas du premier et le deuxième ne voulait pas du poste de premier ministre. Il a fallu la désignation d'un autre ancien premier ministre, Wilfried Martens, en tant qu'explorateur pour sortir de l'impasse. Là aussi, les choses ont finalement pris plus de temps que prévu.

Vendredi dernier, tout le monde se montrait optimiste. Lors d'un déjeuner entre les cinq présidents et l'explorateur, il avait été convenu de maintenir la coalition à cinq et le gouvernement dans sa composition actuelle, le CD&V gardant les postes de premier ministre et de ministre de la Justice en proposant des noms pour remplacer Yves Leterme et Jo Vandeurzen.

Il avait aussi été convenu de poursuivre avec le même programme gouvernemental. Chaque parti avait par ailleurs réaffirmé sa volonté de poursuivre jusqu'à la fin de la législature, c'est-à-dire jusqu'en 2011. Il ne restait plus au CD&V qu'à proposer un candidat premier ministre. Il aura encore fallu deux jours pour y arriver.

On ne sait pas encore comment le formateur va travailler dans les prochains jours car, même si on maintient le programme de gouvernement, il faudra régler quelques problèmes pendants. Le président du PS Elio Di Rupo attirait l'attention dimanche soir sur le fait qu'il fallait, "pour ne pas commencer dans l'ambiguïté", trouver une solution pour renouer le dialogue institutionnel et déterminer la mission, les modalités de fonctionnement et la durée de la Commission d'enquête parlementaire qui doit faire la clarté sur les événements qui ont conduit à la démission du gouvernement, à savoir les soupçons d'intervention de l'exécutif auprès du pouvoir judiciaire dans le dossier Fortis . Cette courte crise aura été un révélateur de plus des difficultés internes au CD&V mais aussi des relations tendues entre les partenaires de la pentapartite sortante et sans doute future.

Le CD&V a aussi joué cavalier seul au cours des derniers jours. Libéraux, socialistes et Humanistes n'ont pas été tenus au courant de l'évolution des tractations internes au CD&V. Dimanche les quatre autres formations de la majorité soulignaient ne plus avoir de nouvelles depuis un contact téléphonique samedi matin, contacts parfois même intervenus à leur initiative. Quant à la désignation d'Herman Van Rompuy en tant que formateur, il l'ont souvent appris par les journalistes. Outre le poste de premier ministre, le CD&V doit aussi désigner un nouveau candidat ministre de la Justice. A ce propos les noms de l'ancien ministre Tony Van Parys et du chef de groupe à la Chambre Servais Verherstraeten circulent.

Il faudra aussi trouver un remplaçant pour Herman Van Rompuy au perchoir de la Chambre. Pour ce dernier point, on évoque aussi la possibilité que la présidence de l'assemblée revienne à un libéral. Depuis la rupture du cartel CD&V/N-VA, MR et Open Vld forment la plus grande famille politique à la Chambre. Leur laisser la présidence de la Chambre permettrait un rééquilibrage en leur faveur sans toucher aux équilibres internes du gouvernement.

Dans les jours à venir, il faudra donc d'abord reconstituer l'équipe au complet après avoir tranché quelques dossiers pendants. Il y aura alors la prestation de serment des ministres, la rédaction et la lecture à la Chambre d'une déclaration gouvernementale, un débat parlementaire et un vote de confiance. La période est peu propice à rappeler les députés et pour éviter tout risque certains évoquent un vote le lundi 5 janvier. Mais on n'en est pas encore là....

Enfin, la perspective d'avoir Herman van Rompuy comme premier ministre suscite l'espoir chez certains partenaires d'une méthode de travail plus structurée au gouvernement et d'un horaire "plus humain" avec moins de réunions nocturnes.