Belgique

Si les éoliennes jouissent d'une image positive dans l'opinion publique, elles ont aussi leurs opposants que l'on retrouve principalement dans les rangs des riverains directement concernés par ces projets. C'est le message qu'a tenu à marteler ce vendredi la "Plate-forme régionale wallonne opposée au Développement anarchique de l'éolien industriel". Une structure qui rassemble tant des comités de défense locaux que des associations de protection du patrimoine et de l'environnement.

Dans une lettre ouverte adressée au ministre-Président de la Région wallonne, Rudy Demotte, ainsi qu'à ses collègues Antoine et Lutgen, respectivement en charge de la politique énergétique et environnementale, ces opposants demandent que soit décrété un moratoire sur l'installation de parcs éoliens en Wallonie. Ils arguent notamment d'une procédure "simplifiée à l'extrême" à leurs yeux, qui permettrait aux promoteurs de ces projets de les implanter même dans des zones normalement protégées.

Selon eux toujours, les pouvoirs publics abandonneraient leur rôle de gestionnaire du territoire. Ils laisseraient le terrain libre à des industriels attirés par l'aubaine que représente le cadre financier attractif mis en place par la Région pour favoriser le développement des éoliennes et à quelques propriétaires fonciers alléchés par les bénéfices qu'ils peuvent retirer d'une implantation sur leurs terrains.

Pour justifier cette demande, la Plate-forme avance le fait que la Région wallonne atteindra dans le courant de cette année les objectifs de production éolienne qu'elle s'était normalement fixés pour 2010. Une "pause" permettrait donc de rédiger une cartographie fixant les zones favorables ou non au déploiement de parcs éoliens, en fonction de leur impact sur les paysages, le cadre de vie et de leur rentabilité énergétique. L'occasion aussi de revoir le cadre réglementaire d'implantation des éoliennes adopté en 2002 et d'adapter le Code wallon d'aménagement du territoire.

Une liste de reproches

Pour étayer sa vision, la Plate-forme met en vrac sur la table une série d'inconvénients et de nuisances qu'elle attribue à l'éolien. Citons le risque de destruction des paysages et des sites remarquables; les nuisances sonores gênantes pour le voisinage; la perte de valeur des biens immobiliers; le danger pour les oiseaux; les effets stroboscopiques induits par le mouvement des pales ou encore la faible efficacité de l'éolien qui nécessite de recourir aux centrales thermiques classiques pour combler l'absence de vent - ce qui contribuerait au final, selon eux, à émettre plus de CO2 qu'à en épargner. Et de souligner que la Wallonie ferait mieux de s'assurer de bénéficier des 40 pc de la production éolienne au large de la mer du Nord auxquels elle a droit dans le cadre fédéral. Un déploiement plus rentable que les installations "terriennes".

Un catalogue d'arguments qui part dans tous les sens et dont tous les points, reconnaît un représentant de la Plate-forme, ne font pas l'unanimité parmi ses propres membres. Si certains des éléments exposés méritent assurément la réflexion, d'autres flirtent franchement avec une certaine désinformation. On remarquera au passage que cette liste ressemble à s'y méprendre à celle élaborée par le fondateur de la Fédération française "Vent de colère". Une association, rapportait en février 2007 un article du "Monde diplomatique", mise sur pied par un ancien membre des services de renseignements militaires français, opposé par principe à l'éolien.

© La Libre Belgique 2008