Ventes d'armes à Ryad : la Wallonie doit être pionnière pour porter la question au plan européen

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Le président du cdH, Benoît Lutgen, est d'avis que la question des exportations d'armes, à destination de l'Arabie saoudite notamment, doit être portée au niveau européen, a-t-il évoqué lundi matin dans l'émission 'Matin Première', sur la RTBF.

Interrogé sur l'exportation d'armes wallonnes, produites par la FN Herstal, vers l'Arabie saoudite, M. Lutgen a jugé le dossier "interpellant" et recommandé qu'il soit porté au niveau européen. La Wallonie peut être "pionnière pour porter ce débat-là", a encore estimé le patron du cdH.

Son parti va donc demander que cette question des exportations d'armes soit portée sur le plan européen "par rapport à l'Arabie saoudite, mais pas que, car il y a d'autres pays qui peuvent poser problème", a annoncé le patron de la formation humaniste.

Il a en outre décrété "insupportable" que la Flandre "vienne donner des leçons en la matière alors qu'elle exporte aussi toutes une série de composants."

Le Bastognard s'oppose par ailleurs à la privatisation de la FN, une option qui n'est "pas à l'ordre du jour" pour l'humaniste. "C'est un faux débat, on ne va pas régler le problème de l'exportation d'armes via la privatisation".

Dans un autre registre, le patron du cdH a estimé que les citoyens ruraux étaient les grands perdants de la politique fédérale, au travers d'une série de mesures comme les coupes dans la SNCB. Il propose en outre une meilleure couverture mobile et de télécommunications sur l'ensemble du territoire et par tous les opérateurs.

En fin d'interview, M. Lutgen a encore assuré que si la culture et l'enseignement devaient être régionalisée à l'avenir, "ce sera sans le cdH". Cette piste a été évoquée à long terme par le ministre président wallon Paul Magnette (PS). "C'est une erreur de faire ce type de déclaration", selon M. Lutgen qui estime qu'il s'agit là d'une "mauvaise idée car on doit garder le lien entre les francophones, entre la Wallonie et Bruxelles."


Le PS dit "oui" à la privatisation de la FN

Après le CDH et le MR, le ministre wallon Marcourt est ouvert à l’entrée de capitaux privés dans la FN Herstal.

La voie est grande ouverte à la privatisation de la FN Herstal. Le CDH et le MR ont déjà dit y être favorables. C’est à présent le PS qui se joint à l’idée. L’entreprise d’armement, propriété de la Région wallonne, n’est pas stricto sensu "à vendre", a fait savoir le ministre de wallon de l’Economie, Jean-Claude Marcourt (PS), dimanche sur la RTBF. Mais il s’est dit ouvert à l’entrée du privé dans le capital de la société. "J’ai toujours dit que la Région wallonne n’avait pas vocation" à rester le seul actionnaire de la FN.

"Si, demain, j’ai un projet avec un partenaire qui garantit l’emploi" et l’activité en Wallonie, "je l’examinerai". Le ministre est donc prêt à répondre positivement à une offre sérieuse, "mais je n’en ai encore reçu aucune", a-t-il insisté. Contacté, le Parti socialiste indiquait, dimanche, être sur la même longueur d’onde que son ministre.

Fourny, puis Jeholet

Le CDH a été le premier à allumer la mèche. Dans "L’Echo", vendredi, le chef du groupe humaniste au Parlement wallon, Dimitri Fourny, se demandait s’il "appartient à la Région wallonne d’être, et de rester, le seul actionnaire de la FN ? […] A titre personnel, je pense que nos valeurs éthiques sont en contradiction avec la fabrication d’armes."

Son homologue du MR, Pierre-Yves Jeholet, était encore plus explicite samedi dans "La Libre". Selon lui, le MR réclame la privatisation de la FN Herstal. La Région wallonne garderait néanmoins une minorité de blocage (un quart des parts).

Cela fait une semaine que la problématique de la vente d’armes wallonnes à l’Arabie Saoudite anime le débat politique. Lundi dernier, le ministre-Président wallon, Paul Magnette (PS), disait être opposé à un embargo contre cet Etat du Golfe, malgré ses tentations hégémoniques dans la région et les 47 exécutions de prisonniers auxquelles il venait de procéder. Dans ce contexte, le ministre-Président flamand Geert Bourgeois (N-VA) croyait bon, mardi, de prodiguer des conseils à son homologue wallon. "En ce moment, je n’exporterais pas d’armes de la FN Herstal vers l’Arabie Saoudite", avait-il lancé. Et le lendemain, il annonçait devant le Parlement flamand avoir refusé une licence d’exportation vers l’Arabie - ce sont les ministres-Présidents régionaux qui sont compétents pour l’octroi des licences.

Peeters soutient Bourgeois

Dimanche, M. Bourgeois a reçu l’appui du ministre fédéral de l’Economie, Kris Peeters (CD&V). Bien qu’il n’ait absolument aucun pouvoir dans ce domaine, il a estimé, dans "De Zondag", qu’en regard des tensions grandissantes entre l’Etat saoudien et l’Iran, "l’exportation d’armes à l’Arabie Saoudite doit être interrompue". Selon lui, Geert Bourgeois et Paul Magnette devraient "envoyer un signal" en ce sens, en suspendant l’octroi de toute licence.

"Ce qui m’intéresse, moi, ce ne sont pas les gesticulations de la Flandre, mais la ligne des Nations unies et de l’Union européenne" en matière de vente d’armes, a réagi dimanche Jean-Claude Marcourt. Et la législation wallonne est l’une des plus sévères."

Cela dit, a-t-il voulu rassurer, "un : nous contestons les condamnations à mort dans tous les pays, que ce soit la Chine, les Etats-Unis ou l’Arabie Saoudite. Deux : il est clair que le régime wahhabite (NdlR, saoudien) n’est pas notre ami. Trois : il faut mettre fin à la terreur interne de Daech [essentiellement en Irak et en Syrie], et externe ici" en Europe, sous-entendant que l’Arabie Saoudite est un acteur clé dans le conflit contre les terroristes de l’Etat islamique. Enfin, le ministre wallon a terminé en disant qu’il n’entendait pas fermer les yeux sur la problématique des droits de l’homme en Arabie. Mais "ça, c’est de la diplomatie" plutôt que du commerce extérieur.