Belgique

Incorrigible Guy Verhofstadt! Il vient de passer deux nuits blanches au Lambermont pour boucler l'accord de gouvernement libéral-socialiste; il a avalé un croissant; il prend juste le temps de réprimer un petit bâillement et le voilà de nouveau tout guilleret. «Nous sommes arrivés à un projet d'accord créatif et positif», se réjouit cet indécrottable optimiste. Par contraste, ses collègues, des valises sous les yeux, font plutôt piètre figure. Tout au plus le formateur convient-il que les discussions ont été ardues. «Mais on a un accord, non?», repart-il sur un ton enjoué. La sinistrose, ce n'est vraiment pas son rayon... «Le plus marquant a été le refus des futurs partenaires d'accepter le fatalisme et d'aller contre la tendance générale».

Réaliste, combatif, engagé...

Il était donc un peu plus de 8 heures, mardi, quand la fumée blanche est enfin sortie de la résidence du Premier ministre. Soit précisément 51 jours après les élections du 18 mai, 41 jours après le début de la mission de formation confiée par le Roi au VLD Guy Verhofstadt, 35 jours après les débuts de la négociation autour du formateur. Résultat des palabres entre 4 partenaires et 5 partis (MR, VLD, PS et le cartel SP.A-Spirit): un texte de 66 pages intitulé «Une Belgique créative et solidaire. Du souffle pour le pays» et décliné en 14 chapitres. «Un projet réaliste, combatif et engagé», s'enflamme le formateur. Qui n'est ni bleu, ni rouge mais violet, précise-t-il.

Guy Verhofstadt tient à souligner trois lignes de force présentes dans le document.

Un: la Belgique est un pays où il fait bon vivre et il faut qu'elle le reste. «On veut à tout prix garder une sécurité sociale d'une qualité élevée». En témoigne le maintien d'une croissance réelle de 4,5pc par an pour les soins de santé. La programmation pluriannuelle visant à relever les allocations les plus basses et les pensions les plus modestes permettront aux moins favorisés de participer au bien-être. Preuve que les indépendants ne sont pas laissés de côté: le prochain gouvernement veillera à améliorer leur statut social, continue Verhofstadt.

L'emploi et encore l'emploi

Deux: le gouvernement veut donner la priorité à l'emploi. «C'est un chapitre très fort», assure le formateur. Pour parvenir aux 200000 nouveaux emplois annoncés, le gouvernement diminuera donc de quelque 800 millions d'euros sur base annuelle les charges des entreprises. Plusieurs groupes-cibles seront visés: les moins qualifiés, le travail à temps partiel, les emplois de la connaissance, les travailleurs âgés, le personnel infirmier et soignant.

Trois: «On a pris le temps pour surmonter certains obstacles en matière d'environnement, de mobilité, et de justice». Et de pointer le plan opérationnel pour mettre en oeuvre le protocole de Kyoto, visant une réduction des gaz à effet de serre. Dans le domaine de la Justice, la loi Lejeune sera modifiée pour adapter la remise en liberté conditionnelle des détenus à la gravité du délit, au risque de récidive et au comportement du détenu.

Et après?

Ce projet d'accord doit encore être approuvé par les partis de la future coalition. Le MR réunira son congrès jeudi à 18 heures à Wavre; même jour, même heure, le VLD se retrouvera sur le plateau du Heysel et Spirit consultera les siens au «Concert Noble» à Bruxelles. Les militants du SP.A ont rendez-vous ce même jeudi, à 18h30, au Parlement flamand. Le PS sera le dernier à se prononcer, vendredi soir.

Et après? Les approbations des 5 partis en poche, le formateur ira faire rapport au Roi. Ce devrait être dans la journée de samedi. Guy Verhofstadt sera alors nommé Premier ministre et chargé de former un gouvernement. «Ce ne sera pas Verhofstadt bis mais Violet un», lâche l'ex-et-futur Premier. Les nouveaux ministres prêteraient serment samedi ou dimanche. On dit que Verhofstadt avait comme projet de se rendre à l'étape du Tour de France, samedi... Le 12 juillet, soit 4 ans, jour pour jour, après la prestation de serment des ministres arc-en-ciel. Un symbole.

© La Libre Belgique 2003