Belgique

Dix ans après l'ouverture d'une instruction par le juge de Nivelles Marc Cruysmans, la chambre du conseil de la même ville a décidé d'envoyer six inculpés se faire juger au tribunal correctionnel, dans l'affaire du "Village Reine Fabiola n°1", lequel accueille des handicapés légers à Braine-l'Alleud (Ophain). Jean Wauters, l'ancien président sur qui pèsent les plus lourds soupçons, est du nombre. Rétroactes.

Lorsque les enquêteurs de l'Ocdéfo (délinquance financière et économique) et de la PJ de Nivelles démarraient une vague de perquisitions au Village et chez Jean Wauters, le 21 mai 1997, ce n'était sans doute pas une vraie surprise pour lui. Il savait que M.Cruysmans avait ouvert une instruction au mois de novembre précédent. Deux faits troublants lui avaient été rapportés. L'attribution suspecte à des proches de Wauters de gros lots (Mercedes, bijoux Cartier,...) de tombolas organisées au bénéfice du Village par les sociétés Capsa et Promorama. D'autre part, un legs destiné au Village n'avait pas été porté en comptabilité. Quelque 90 millions d'anciens francs, quand même...

Le "compte 29"

Par la suite, le dossier allait s'étendre à d'autres volets, comme le patrimoine de M. Wauters et de son épouse - notamment dans l'immobilier du sud de la France - ou aux transferts financiers entre le Village et le Standard de Liège, club dont M.Wauters était aussi le président. Les enquêteurs relevaient, par exemple, que des retraits "guichet" sur "compte 29" approchant les 5 millions d'euros avaient été réalisés par M. Wauters sans destinataire connu... Achats somptueux, restaurants de grand luxe, voyages, on ne se refusait rien, selon la Justice pour laquelle le préjudice global atteint le montant de 20 millions d'euros.

Mais bref, si la Justice a été lente, dans ce dossier de 1996, elle a également été tenace, puisque la chambre du conseil de Nivelles a rendu lundi une ordonnance renvoyant les six inculpés, qui l'avaient été au fil de l'enquête, l'un après l'autre, en correctionnelle (un appel est possible). Il s'agit comme déjà dit de Jean Wauters, mais aussi de son épouse Hélène Schollaert, des anciens directeurs du Village Maurice Cabo et Ali Baudot, de l'ancien comptable Freddy Bronckart ainsi que de François Jamotte alias Montagne, organisateur des tombolas Capsa.

Aucun n'était présent lundi.

Ceci étant, le procès pourrait révéler quelques nouveautés. En effet, on savait que des personnes influentes avaient bénéficié des tombolas truquées - peut-être à leur insu, pour certaines. Mais la défense de M. Wauters - qui dément toute malversation et reste présumé innocent - avait été plus loin, en argumentant devant cette chambre du conseil. Elle avait laissé entendre que des personnalités, dont des hommes politiques, auraient bénéficié de faveurs plus directement financières, de la part de Jean Wauters. Vrai ? Faux ? Jusqu'ici, aucun nom n'a en tout cas été donné. À suivre au tribunal...