Belgique

Le tribunal correctionnel de Bruges a condamné, par défaut, lundi, Mohamed Abdi Hassan (58 ans), appelé "le roi des pirates somaliens", à 20 ans de prison pour avoir détourné le navire belge "Pompei" en 2009.

Son complice, Mohamed Moalin-Aden (44 ans), s’est, lui, vu infliger une peine de 5 ans pour son rôle dans l’organisation criminelle mais il a été acquitté pour le détournement du bateau.

Le 18 avril 2009, le "Pompei" passait au large de la Somalie, en route vers l’Afrique du Sud où il devait réaliser des travaux de dragage, quand ses 10 membres d’équipage furent pris en otage par des pirates somaliens. La prise d’otage dura plus de 70 jours et s’acheva après paiement d’une rançon de deux millions d’euros.

Un faux projet de film sur la piraterie

Mohamed Abdi Hassan, alias Afweyne ("grande gueule" en somali), était considéré par le parquet comme l’organisateur de la prise d’otages. En octobre 2013, les enquêteurs sont parvenus à le faire venir en Belgique grâce à un subterfuge. On lui avait fait croire à un projet (fictif) de film sur la piraterie et il avait accepté le rôle de conseiller technique.

Au lieu d’être accueilli, à l’aéroport de Bruxelles, par le metteur en scène, il fut arrêté par les policiers, en compagnie de Mohamed Moalin-Aden, gouverneur d’une région autonome de Somalie.

Le procès a connu un faux départ en septembre 2015. Le conseil d’Afweyne, Me Hans Rieder, n’avait pas accepté que le ministère public ajoute des pièces au dossier à la dernière minute.

Le parquet fédéral avait requis 20 ans contre Afweyne - soit le maximum possible. Il a été suivi. Le juge a indiqué qu’avec de telles préventions, le condamné pourrait écoper de 40 ans de réclusion à l’avenir.

Afweyne a également été condamné à verser 20 000 euros de dommages et intérêts au capitaine néerlandais du "Pompei" et à sa famille. Il est plus que probable qu’il fasse opposition.

Par ailleurs, le ministère public avait requis 15 ans de prison contre Mohamed Moalin-Aden, surnommé Tiiceey, pour son rôle de meneur dans l’organisation criminelle. Le parquet fédéral avait considéré, en revanche, qu’il n’existait pas de preuves suffisantes prouvant son implication dans le détournement du Pompei.

L’avocat de Tiiceey, Me Thomas Gillis, avait estimé qu’il n’y avait aucune preuve contre son client et avait donc plaidé l’acquittement.

"Le ministère public a voulu attirer l’intérêt international avec l’arrestation de Abdi comme dirigeant des pirates. Je suis juste un dommage collatéral. Vous devez décider que je suis innocent", avait déclaré Tiiceey à l’issue des débats. Il a pris cinq ans mais il est en détention préventive depuis 29 mois : il devrait donc rapidement demander sa libération.

Pas de confiscations

On indiquera encore que les bénéfices des pirates liés au détournement (on parle de 13 millions d’euros) ne pourront être confisqués. A cause d’un oubli. A l’audience, en septembre 2015, la défense avait fait remarquer qu’il n’était pas question de confiscation dans la réquisition écrite du parquet. Il avait été convenu d’en rédiger une nouvelle pour l’audience suivante, en janvier 2016. Cela n’a pas été fait.