Violences conjugales: il n’y a pas que les coups

An.H. Publié le - Mis à jour le

Vidéo
Belgique

Des dizaines de valises. Préparées à l’avance, en vue d’un départ mûrement réfléchi. Ou, au contraire, remplies à la hâte afin de fuir dans l’urgence ces hommes qui les maltraitent, les frappent, les méprisent, leur manquent de respect, les brisent, les réduisent au silence. Jeudi, à la veille de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, une septantaine de femmes venues de toute la Fédération Wallonie Bruxelles, déposaient symboliquement leur valise place de la Liberté, à Bruxelles, pour dénoncer les violences conjugales. Une imitative de "Vie Féminine".

Selon les chiffres d’Amnesty International, une femme sur cinq serait victime de violence de la part de son partenaire à travers le monde. En Belgique, plus de 45 000 dossiers sont enregistrés chaque année par les parquets. C’est sans compter les drames qui restent confinés dans le huis clos familial, les victimes se gardant, par peur et/ou par honte, de parler de leurs "problèmes" avec l’époux ou le compagnon. Actuel ou ex. Les agressions physiques vont parfois jusqu’au meurtre. Mais il y a aussi les violences psychologiques et verbales, les menaces et les intimidations, les privations économiques, les abus sexuels

Ce fléau social a des impacts non négligeables sur tous les membres de la famille, la victime - une femme, dans plus de 9 cas sur 10 - et les proches qui en sont témoins - trop souvent les enfants.

Du côté francophone, une ligne d’écoute téléphonique a été mise sur pied en 2010. Le numéro gratuit 0800.30.030, accessible du lundi au samedi de 9 à 20 heures, propose une écoute gratuite et confidentielle à tous ceux qui en expriment le besoin. Ce n’est pas un numéro d’urgence (pour ces cas-là, il faut former le 101 ou le 112), mais un lieu où la parole est possible, où on reconnaît la problématique encore trop souvent ressentie comme un problème privé.

Depuis la mise en service de la ligne, en novembre 2009, on a dépassé les 7 000 appels, précise Eliane Tillieux (PS), ministre wallonne de la Santé, de l’Action sociale et de l’Egalité des chances. En 2011, on a observé une augmentation de 50 % du nombre total d’appels par rapport à 2010.

Depuis janvier dernier jusqu’à ce jour, 3 305 appels sont parvenus à la ligne d’écoute, dont 2 000 concernaient des cas de violences entre partenaires, le tiers d’appels restants avaient trait à d’autres violences intrafamiliales et d’autres conflits.

Dans 70 % des cas, ce sont les victimes elles-mêmes qui appellent. Dans près de 3 %, ce sont les auteurs eux-mêmes qui composent le numéro. Sinon, ce sont des proches (17 %) ou des professionnels (10 %).

Dans près de trois quarts des cas (73,3 %), les appelantes sont toujours en couple avec leur compagnon violent; dans 20 % des cas, elles en sont séparées; dans 6,5 %, une procédure de divorce ou de rupture est en cours.

Dans 69 % des cas, les victimes évoquent des violences d’ordre psychologique. Un couple sur huit est confronté à cette réalité en Belgique. Plus discrète, plus sournoise et moins visible que la violence physique, elle constitue une réelle souffrance pour celui - celle surtout - qui la subit.

Publicité clickBoxBanner