Visart de Bocarmé quitte Joëlle Milquet

J.-C.M. Publié le - Mis à jour le

Belgique

Cédric Visart de Bocarmé, l’un des trois chefs de cabinet de la ministre de l’Intérieur, Joëlle Milquet (CDH), va retourner à la magistrature. "Je pars avec le sentiment d’avoir mis des choses en place. Dès mon arrivée en janvier 2012, j’ai expliqué que cette fonction serait provisoire. J’ai 59 ans. Si je désire encore postuler pour une fonction de chef de corps au sein de la magistrature, je dois le faire maintenant. Je considère ma seconde expérience politique de manière positive, mais je suis un homme de la magistrature" , a-t-il expliqué, avant d’ajouter : "Nous avons lancé un certain nombre de projets comme la réforme de la sécurité civile ou l’extension de cadre de la police. J’espère que les budgets vont suivre."

Cédric Visart de Bocarmé, indiquait jeudi "L’Avenir", devrait quitter le cabinet Milquet fin août. Il se chuchote, en coulisse, que le courant passait assez mal entre celui qui fut procureur général à Liège après avoir occupé les fonctions de procureur du Roi à Namur et sa ministre. Il faut dire que tous deux ont une forte personnalité. Et si Cédric Visart de Bocarmé a déjà connu un cabinet dans les années 90, c’était celui de la Justice, où ne travaillait pas exactement comme à l’Intérieur.

Lors de la constitution du gouvernement, outre Cédric Visart de Bocarmé, plusieurs magistrats avaient rejoint des cabinets ministériels : Jan Poels, procureur du Roi de Turnhout, et Serge Lipszyc, procureur du Roi d’Arlon, avaient été nommés respectivement chef de cabinet et chef de cabinet adjoint de la ministre de la Justice, Annemie Turtelboom (CD&V) tandis que Frank Schuermans, avocat général à Gand, devenait chef de cabinet du ministre de l’Economie, Johan Vande Lanotte (SP.A).

Le Conseil supérieur de la Justice n’avait pas du tout apprécié ces nominations. Sa présidente de l’époque, la regrettée Nadia De Vroede, avait écrit au Premier ministre Elio Di Rupo pour réclamer qu’il soit mis fin à la présence de magistrats au sein des cabinets ministériels.

C’est que dans la foulée de l’affaire Fortis, le CSJ avait mené une enquête et rédigé un rapport approuvé en assemblée générale le 16 décembre 2009. Parmi ses recommandations, figurait celle d’une modification du code judiciaire de manière à ce que soient interdits les détachements de membres du ministère public auprès des cabinets ministériels autres que celui de la Justice.

Le CSJ avait, en effet, relevé et critiqué les contacts établis entre des membres de cabinets et des magistrats et la présence de membres du ministère public au sein des cabinets sans qu’un cadre déontologique organise cette présence.

Le ministre de la Justice de l’époque, Stefaan De Clerck (CD&V) avait recommandé la réduction de ce type de transferts alors que le gouvernement avait jugé nécessaire de réguler la présence de magistrats dans les cabinets et estimé qu’ils ne devraient être autorisés que dans les cabinets "fonctionnels" (Premier ministre, Justice, Intérieur ).

Lorsque le détachement du procureur général de Liège au cabinet de la ministre de l’Intérieur avait été annoncé, le CSJ avait réagi, rappelant l’existence de sa recommandation.

Mme Milquet avait répliqué qu’il s’agissait, précisément, "d’une simple recommandation", "qu’aucun cadre légal n’empêchait le détachement" et qu’elle avait reçu l’autorisation de la ministre de la Justice.

Cela dit, il existe deux propositions de loi allant dans le sens d’une suppression des détachements. De son côté, la ministre de la Justice a invité le CSJ à établir un code de déontologie réglant les rapports entre magistrature et départements ministériels.

Jeudi, Cédric Visart de Bocarmé ne niait pas que l’avis du CSJ avait eu de l’influence sur sa décision. "Je ne peux l’ignorer sous peine de connaître des problèmes pour la suite de ma carrière. Cependant, j’estime toujours qu’un magistrat peut être utile à l’Intérieur" , a-t-il déclaré.

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