Viviers (ULB): le contrat de Chichah "n'est pas renouvelé"

Jonas Legge Publié le - Mis à jour le

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Belgique L'ULB n'a pas vécu une année académique de tout repos. Entre les problèmes d'inscriptions, les excès du trublion Chichah, les appels au boycott d'Israël par le cercle BDS ou encore la fronde d'associations estudiantines suite à la privatisation de certains kots, les polémiques ont rythmé le quotidien du recteur de l'université bruxelloise. En tant qu'invité du samedi de LaLibre.be, Didier Viviers revient sur ces controverses. Il évoque également les réussites et quelques gros dossiers qui attendent sa chère Alma Mater.

Suite à ses recherches sur le boson, le professeur Englert, de l'ULB, est pressenti pour recevoir le Prix Nobel de physique. Cette simple évocation constitue-t-elle une fierté pour vous ?

Bien sûr. Un Nobel est une de ces preuves extérieures de la très haute qualité de sa recherche et de la recherche en général à l'ULB. Ceci pourrait donc pousser des étudiants, notamment étrangers, à venir réaliser leur thèse à l'Université libre de Bruxelles. Par ailleurs, parmi les cinq Belges actuellement lauréats du Prix Nobel, quatre viennent de l'ULB.

Les examens viennent de se terminer. Disposez-vous déjà du taux de réussite pour cette année ?

Nous ne l'avons pas encore. Mais, depuis de nombreuses années, un accord entre les universités francophones veut que nous ne communiquions pas sur ce taux car certains établissements pourraient, par exemple, avoir envie d'indiquer un meilleur taux. Mais il semble que, globalement, nous soyons toujours dans les mêmes chiffres depuis quelques années : 1/3 de réussite en première et à peu près 2/3 pour les autres années.

A la fin du mois de juin, plusieurs associations estudiantines ont appelé à manifester, dans votre établissement, contre la hausse du prix de certains kots. L'ULB n'avait-elle pas d'autres solutions que le partenariat public-privé pour la rénovation de ces logements ?

Dans l'état actuel du financement des universités, clairement non. La solution négociée est certainement la meilleure, y compris dans l'intérêt des étudiants.

Mais comprenez-vous leurs plaintes ? Dans certains cas, les loyers vont tout de même augmenter d'une centaine d'euros par mois...

Je comprends qu'ils se plaignent du prix, mais aussi de la rareté des logements. C'est la raison pour laquelle on a proposé au Conseil d'administration de développer des partenariats qui devraient permettre d'augmenter la capacité de 3.000 logements dans les cinq prochaines années. Nous essayons aussi de sensibiliser toujours davantage les pouvoirs publics bruxellois. Une demande est actuellement sur la table du secrétaire d'Etat Christos Doulkeridis. Mais je pense que nous devrions réfléchir à un projet de cité estudiantine dans les anciennes casernes de la gendarmerie d'Etterbeek. Ce serait un magnifique endroit. Si les pouvoirs publics et les sociétés privées souhaitent investir dans ce domaine, il y a là une opportunité remarquable par sa localisation et sa configuration. C'est un projet soutenu par plusieurs directeurs de hautes écoles et recteurs, dont Paul De Knop (NdlR : recteur de la VUB) et moi-même.

Lors des dernières inscriptions, l'ULB a rencontré d'énormes problèmes à cause du logiciel utilisé. Quelles mesures avez-vous prises pour éviter ces couacs ?

Durant toute l'année, nous avons amélioré ce système, qui ne concerne pas uniquement les inscriptions, car ce logiciel gère l'ensemble du parcours d'un étudiant, jusqu'à l'impression de son diplôme. Il y aura peut-être encore un certain nombre de difficultés. Mais le système est de mieux en mieux maitrisé par nos agents et il répond techniquement mieux aux demandes. Pour les inscriptions normales, il ne devrait pas y avoir de difficultés. Pour des cas plus spécifiques, il y a toujours une petite appréhension, je ne vous le cache pas. Mais j'ai bon espoir.

Passons maintenant à deux sujets plus polémiques. Premièrement, l'un des cercles, le BDS, appelle au boycott d'Israël. Un tel cercle a-t-il sa place à l'ULB ?

Il y a eu un très long débat en Conseil d'administration et il a été décidé qu'il fallait faire passer la liberté d'expression avant toute autre considération. Donc, à une courte majorité, il a été jugé que ce cercle avait droit à la reconnaissance de l'ULB. Mais cette reconnaissance de l'existence d'un cercle ne peut signifier à aucun moment que l'université adhère en quoi que ce soit aux thèses développées. Au sein du CA, certains estimaient que, par cohérence avec la position de l'université qui est totalement opposée au boycott académique, il fallait refuser. D'autres considéraient que, par ouverture, il fallait accepter.

Personnellement, quelle position avez-vous défendue ?

Que, par cohérence, il fallait refuser. Mais cette position a été minoritaire et j'accepte le débat démocratique.

Autre controverse : les agissements de Souhail Chichah, l'un des chercheurs de l'ULB. Il a finalement été sanctionné assez légèrement. Pourtant, de votre côté, vous avez évoqué une "sanction exemplaire". Comprenez-vous que vos propos aient pu choquer ?

J'ai parlé d'une sanction "appropriée" et, non, je ne comprends pas qu'ils aient pu choquer. Par contre, je comprends qu'ils aient pu être peu visibles. Nous avons décidé de gérer cette affaire dans le sens du droit et des règlements. La commission disciplinaire a réaffirmé qu'il y avait là une véritable volonté de censure de la parole. Ensuite, elle a établi une peine en fonction de la jurisprudence administrative de n'importe quel service public.

Pourtant, Souhail Chichah a lui-même évoqué un "désaveu pour les autorités de l'université" et que, finalement, vous lui accordiez "un mois de congé payé"...

La loi nous interdisait de communiquer la sanction appliquée. Il fallait donc attendre qu'il la communique lui-même. Il avait donc une longueur d'avance. Et, vous savez, M. Chichah aime développer son image à travers la presse via des formules à l'emporte-pièce. Je récuse une opinion qui se forme sur des slogans, comme ceux que lance M. Chichah. Ce qui importe, c'est le détail du travail de la commission disciplinaire.

Mais n'êtes-vous pas dérangé que, parce qu'il est engagé comme chercheur dans votre université, le nom de Souhail Chichah soit associé à celui de l'ULB ?

Son contrat n'est pas renouvelé. Dans quelques semaines, il ne fera absolument plus partie du corps scientifique de l'ULB. Et la sanction majeure interdit clairement à mes yeux qu'il ait le moindre lien à l'avenir avec l'ULB. Pour s'en sortir, il évoque donc des "congés payés" mais, dans les faits, ce n'est pas vraiment ça...

Ces polémiques nuisent à la réputation de votre université. Cela vous inquiète-t-il ?

Ce qui m'inquiète, c'est que, dès qu'il y a le moindre petit événement à l'ULB, on en fait un énorme dossier. Mais l'ULB est souvent la caisse de résonance d'un certain nombre de problèmes actuels, du vivre ensemble, du multiculturalisme, etc. Alors, oui, c'est parfois un peu difficile à gérer mais, d'un autre côté, cette publicité est peut-être aussi le signe d'une bonne santé démocratique et d'une totale transparence.

En cette fin d'année académique, que pouvons-nous vous souhaiter ?

Espérer que les réformes tant attendues sur le paysage de l'enseignement supérieur aboutiront le plus vite possible. J'appelle de mes voeux un nouveau décret pour la rentrée académique prochaine. Nous avons besoin d'un système qui limite la concurrence entre les universités et avec les hautes écoles. Les académies traditionnelles ont fait leur temps. Nous avons maintenant besoin d'un nouvel outil, d'un nouveau contexte, d'une nouvelle académie unique avec ses trois chambres qui correspondent aux trois types d'enseignements que nous avons. Cela nous permettrait de renforcer les collaborations entre les établissements, de nous présenter de manière plus coordonnée à l'étranger et, surtout, de limiter la concurrence.

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