Belgique

Renforcer la compétitivité de notre économie afin de favoriser la création d’activités et d’emplois durables et de soutenir le pouvoir d’achat des citoyens. C’est à travail ambitieux que l’ensemble des forces vives belges seront bientôt conviées à la demande du gouvernement fédéral. Un travail qui devrait débuter juste après les vacances de Pâques et déboucher sur un plan national avant le 21 juillet prochain. Comment les choses vont-elles se dérouler ? Nous avons pu jeter un œil sur les documents qui balisent ce travail autour de 6 axes prioritaires et qui précise la manière dont les intervenants vont participer à cet effort.

Rappel. La rigueur budgétaire est indispensable. On ne construit pas un paradis social sur un désert économique. Le gouvernement s’est d’abord attelé à remettre les comptes de l’Etat belge sur le droit chemin : pour ce faire, des mesures de l’ordre de 13 milliards ont été décidées pour ramener le déficit belge sous la barre des 3 % cette année. D’ici 2015, le déficit devrait être ramené à zéro grâce à de nouvelles économies (11 milliards) étalées sur les trois prochaines années.

Mais la rigueur seule, ce n’est pas un objectif politique en soi. C’est la raison pour laquelle le gouvernement a chargé le Premier ministre d’établir une stratégie permettant de relancer la machine économique en renforçant notre compétitivité. Car elle est menacée... En effet, la dernière analyse réalisée par le Conseil central de l’Economie (CCE) le montre. Il y a des éléments positifs: le rétablissement assez rapide de l’industrie manufacturière après la crise, la spécialisation croissante dans des secteurs comportant une grande part de travailleurs hautement qualifiés, la nette croissance des secteurs à forte intensité de connaissance, la bonne tenue des performances sectorielles en matière de recherche et de développement, l’amélioration de la qualité des exportations. Il n’en reste pas moins que la Belgique doit faire face à plusieurs défis de taille. Le Conseil central de l’économie précise : "Les coûts unitaires de travail ont enregistré une croissance supérieure à la moyenne européenne de la zone euro". Les experts notent aussi qu’une concurrence accrue est nécessaire dans le commerce de détail et sur le marché du gaz et de l’électricité, de même qu’une politique d’innovation ciblée pour accroître la proportion de diplômes en sciences et technologies et la part des hautes technologies dans les exportations. Enfin, il conviendrait de poursuivre des efforts actuels en matière de simplification administrative.

La Commission européenne a elle aussi souligné l’évolution négative des parts de marché de nos entreprises à l’exportation, premier signal d’une perte de compétitivité des sociétés belges sur les marchés étrangers.

Il faut donc agir sans tarder, de manière à refaire de la Belgique ce qu’elle fut, à plusieurs reprises dans le passé, une économie innovante et durable en partant des atouts dont le pays bénéficie : ses infrastructures, le niveau élevé de qualification de la main-d’œuvre et un accès aisé au capital.

Un rêve ? Le gouvernement est persuadé qu’il peut y arriver à bref délai. D’ailleurs, des décisions ont déjà été prises dans ce sens-là. Deux réformes importantes sont intervenues : l’une concerne le marché de l’emploi (dégressivité des allocations de chômage, modification du crédit temps, des stages d’attente), l’autre a touché les pensions (changements dans les calculs des pensions). C’est insuffisant. La nouvelle stratégie devra fédérer divers outils existants : le programme pour la croissance et l’emploi, le plan interfédéral de recherche et d’innovation et le Plan national de réformes. Elle devra s’appuyer sur les acteurs potentiels : les entités fédérées et les partenaires sociaux. Il faudra aussi tenir compte de la réforme institutionnelle : il ne s’agit donc pas pour le pouvoir fédéral d’imposer ses vues ni même d’encadrer les politiques régionales mais bien de permettre aux politiques régionales de converger dans le sens de l’amélioration du taux d’emplois et de la création d’activités.

La stratégie, définie par le Premier ministre, s’articulera autour de 6 axes :

- favoriser la création d’emplois durables et de qualité;

- soutenir les entreprises et leur développement en étudiant notamment la question du coût des facteurs de production, de la productivité, de l’accès au financement et du soutien à la demande intérieure;

- garantir une politique de concurrence ambitieuse centrée sur les secteurs clés, une analyse et une maîtrise effective des prix, en particulier des marchés du gaz et de l’électricité;

- conforter la recherche et le développement et renforcer la transition vers l’innovation;

- soutenir la transition de notre économie vers un modèle de croissance durable et réduire l’intensité énergétique élevée de notre économie;

- promouvoir un climat favorable au développement de l’entreprenariat et favoriser la simplification administrative. Le dossier des grandes infrastructures a été ajouté à la liste initiale. Encore faut-il, évidemment, trouver des sources de financements pour ces projets ambitieux.

Comment organiser la réflexion et les prises de décisions ? Un comité de pilotage du plan de relance vient d’être créé. Ce comité de pilotage interfédéral, composé du Premier et des vice-Premiers ministres, est chargé de proposer des mesures à mettre en œuvre pour chacun des axes de travail. Les ministres "fonctionnels" (emploi, innovation, recherche, etc.) seront associés aux travaux qui concernent leurs compétences. Ce travail devra être réalisé "dans le respect de l’accord de gouvernement". Cette phrase "dans le respect de l’accord de gouvernement" revient plusieurs fois dans la note... Certains y voient une référence implicite à l’index, au sujet duquel l’accord de gouvernement est très clair: on n’y touchera pas, même si certains partis n’y ont pas renoncé.

Ce plan de relance devra aussi intégrer les initiatives existantes au niveau des entités fédérées et les éventuelles propositions du groupe des 10 (partenaires sociaux) seront intégrées à la réflexion.

Sur la base des travaux préparatoires du comité de pilotage, le gouvernement entamera avec les entités fédérées un débat politique sur les mesures à prendre pour renforcer la compétitivité. Les partenaires sociaux seront associés à ce débat. Le but est d’arriver à un rapport pour le 21 juillet 2012, rapport soutenu par les entités fédérées et les partenaires sociaux.

Enfin, lorsque les mesures auront été décidées, un comité de monitoring sera mis en place et des évaluations périodiques seront établies de manière à procéder aux éventuels ajustements nécessaires. Le gouvernement fera régulièrement rapport à la Chambre sur ces évaluations, des évaluations qui seront rendues publiques.

Voilà pour ce catalogue de bonnes intentions un peu générales et théoriques. On attend l’action et surtout la concrétisation...