Belgique

Où trouve-t-il son inspiration ? Comment le Roi sélectionne-t-il les thèmes qui seront développés dans ses discours, par exemple lors de la Fête nationale ou du Nouvel An ?

D’abord, au départ de consultations auprès de personnalités diverses issues des mondes politique, médiatique, économique, etc. La plupart du temps, il fera naturellement référence à l’actualité. Ce sera encore le cas ce mercredi sur le thème de la sécurité. Mais il tire aussi ses réflexions de ses voyages, ses rencontres, et de ses nombreuses lectures. Justement, quelles sont ces dernières ? Quelles sont ses sources d’inspiration ?

Le Palais reste discret à ce propos, considérant que cela relève de sa vie privée. Cependant, on connaît au moins l’une d’entre elles : "Les déshérités ou l’urgence de transmettre" de François-Xavier Bellamy, un livre assez traditionnaliste sur l’enseignement, mais très argumenté. On peut être certain qu’il l’a lu parce qu’une photo le prouve… Celle publiée fin novembre 2015 par "Le Canard Enchaîné" où il apparaissait en peignoir avec la Reine en train de se prélasser en thalasso, à Quiberon, en Bretagne.

Cela dit, "on ne peut évidemment avoir une vue tout à fait précise de ses lectures régulières , explique Vincent Dujardin, professeur d’histoire à l’UCL et spécialiste de la Monarchie. Mais à la faveur de certaines de ses déclarations, on peut mettre en avant certains axes."

A cet égard, l’universitaire note que la biographie officielle du Roi, "Philippe de Belgique", publiée juste avant son intronisation, est une aide précieuse. Non pas par son propos général, très lisse (il s’agit d’une apologie sans grand intérêt), mais par les données factuelles qu’elle livre. On apprend ainsi que "lors d’un voyage au Mexique, il a l’occasion de rencontrer (l’écrivain colombien) Gabriel García Márquez et partage avec lui quelques impressions sur ses livres qu’il a lus en espagnol" .

In fine, on peut classer ses sources d’inspiration - l’exercice est forcément réducteur - selon quatre axes majeurs.

1. La civilisation grecque. Une anecdote témoigne bien de l’intérêt que porte de Philippe à la civilisation grecque. La scène se passe en février 2014, à l’ambassade de Belgique à Rome. Une série d’expatriés belges sont invités à rencontrer le Roi et la Reine, qui effectuent une visite officielle en Italie. Parmi eux, une chercheuse de l’Academia Belgica. D’un ton désinvolte, pensant parler à un profane, elle explique au Roi qu’elle réalise une étude sur la céramique grecque antique. Et là, surprise, ce dernier lui demande si elle travaille plutôt sur la période "rouge sur noir" ou "noir sur rouge"… La chercheuse, bluffée, lui répond qu’elle se penche justement sur le moment charnière, au Ve siècle avant J.-C., entre les deux périodes. Et la conversation se poursuit. Dans "Philippe de Belgique", il est écrit que le Roi "se passionne pour la philosophie et l’histoire de la philosophie […]. Il approfondit la pensée des Grecs anciens, fondement de la pensée occidentale, et étudie même le grec ancien pour lire les grands auteurs dans le texte" .

2. L’histoire de sa famille. "Le Roi est féru d’histoire" , dit un proche. Notamment "de l’Antiquité et de l’Europe des derniers siècles" , selon sa biographie. Plus spécifiquement, "l’histoire de sa propre famille l’intéresse assurément" , complète Vincent Dujardin. Entre autres, "lors de son discours devant les autorités du pays de janvier 2014, année du début des commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale, il évoque la figure d’Albert Ier" .

3. L’économie. Si Philippe est conseillé par quelques grands capitaines d’entreprises, tels qu’Etienne Davignon, Paul Buysse ou Thomas Leysen, son entourage assure qu’il ne roule pas pour les multinationales. "Son souci n’est pas de faire la fortune des grandes fortunes." Au contraire, dit-on, il accorde une grande importante à l’essor d’une économie soucieuse du développement humain et de la juste répartition des richesses. "Il a lu Thomas Piketty du début à la fin." Référence au best-seller "Le Capital au XXIe siècle", long de près de mille pages, dans lequel l’auteur explique comment le système capitaliste génère structurellement des inégalités. Dans la même veine, le Roi s’est intéressé aux travaux de l’Indien Muhammad Yunus. Surnommé le "banquier des pauvres", il est le concepteur du microcrédit, ce qui lui a valu le prix Nobel d’économie en 2006. Philippe a eu l’occasion de le rencontrer, en Inde, en 1995. Enfin, il s’intéresse beaucoup, ces temps-ci, aux évolutions de l’économie numérique. Il a lu à ce propos "La troisième révolution industrielle" de Jeremy Rifkin.

4. La construction européenne. Philippe est un Européen convaincu. "Il lit volontiers des biographies de personnalités politiques ou de grandes figures historiques. Comme on a pu le voir dans ses discours depuis qu’il est roi, Philippe compte parmi les partisans de la construction européenne" , estime le professeur Dujardin. "Il se passionne pour les fondateurs de l’Europe, tels que Jean Monnet" , ponctue sa biographie.