Belgique

Le problème des jeunes et de l’alcool s’aggrave-t-il au fil des ans ? De nombreux faits divers comme celui de ce week-end viennent régulièrement reposer la question avec insistance. Pourtant, Martin de Duve, directeur de l’ASBL Univers Santé (UCL) et porte-parole du Groupe porteur "Jeunes et alcool" se montre mesuré.

"Les enquêtes ne montrent pas une augmentation de la consommation d’alcool chez les jeunes", explique-t-il. "Elles montrent plutôt une modification du comportement des consommateurs : les jeunes boivent moins souvent, mais, quand ils boivent, c’est de manière plus importante." Le binge drinking, ce phénomène qui consiste à boire beaucoup en peu de temps, est donc à la mode.


Les jeunes, ce cœur de cible

Les causes, Martin de Duve en énumère plusieurs. "Il y a d’abord l’impact de la publicité et du marketing. Les hommes adultes, qui restent les plus grands consommateurs d’alcool, boivent de moins en moins. Du coup, les entreprises se tournent vers d’autres cibles : les femmes et les jeunes."

"Aujourd’hui, continue en substance Martin de Duve, c’est devenu difficile pour un jeune de sortir du discours qui associe la fête, la danse, le bonheur ou la drague à l’alcool."


Un remède aux crises

Ensuite, il est évident que plus la perception de la société ou de l’avenir est difficile, plus la consommation des produits psychotropes augmente. "De nombreuses études auprès de jeunes en témoignent, la confiance en l’avenir est ébranlée. Quand les repères tombent en miettes, la consommation d’alcool devient un moyen de soulager temporairement nos angoisses. L’alcool participe de manière artificielle à notre bonheur."

Pour autant, et malgré les conséquences des crises qui traversent notre société, la consommation de l’alcool diffère de la consommation d’autres produits.

"Le facteur socio-économique n’est pas un facteur très relevant pour étudier ce phénomène. Il ne touche pas spécialement les plus défavorisés comme nous pourrions le croire. L’alcool est notre drogue culturelle par excellence. Qui que l’on soit, on la trouve partout et tout le temps."


Le rôle des médias et des adultes

Enfin, et Martin de Duve insiste énormément sur ce point, les angoisses des adultes génèrent des comportements inappropriés de la part des jeunes. "Il faut que les adultes retravaillent leur pédagogie autour de ce phénomène, qu’ils y apportent des nuances et un peu de complexité. Ce discours est valable également pour les médias. Trop souvent ces derniers présentent cette problématique à travers des faits divers traités de manière caricaturale, faisant croire que l’ensemble des jeunes sont touchés par ce fléau. Ce n’est pas vrai, et les jeunes ont l’impression que les adultes ne comprennent rien. Ils sont donc moins enclins à les écouter."

Nous devons réinterroger le sens et les raisons que nous donnons à ce phénomène conclut Martin de Duve, "mais nous devons le faire avec les jeunes. Ils doivent pouvoir exprimer leurs attentes, leur vécu. Le dialogue est la première des préventions".

À en croire le spécialiste, la solution ne se trouverait donc pas dans des interdictions unilatérales ou dans des discours moralisateurs imposés d’en haut mais dans un travail de prévention construit avec les jeunes, et qui porte d’ailleurs déjà ses fruits à Louvain-La-Neuve.



"Le problème, ce n’est pas le bal des rhétos"

La voix est posée , le propos n’élude aucune question, Christophe (prénom d’emprunt) un des grands organisateurs de la soirée des rhétoriciens de Maredsous assume l’entièreté de l’organisation.

"Nous étions un comité important d’une douzaine de personnes, il y avait des parents aussi, tout était parfaitement organisé. Entre les clients et les organisateurs il y a un lien de confiance qui doit être instauré, nous ne pouvions pas en permanence évaluer l’état des 800 personnes présentes sur place."

Ce lien de confiance admet-il cependant, a été "brisé". "Dès l’entrée il y a eu usurpation d’identité" de la part de certains jeunes qui n’avaient pas l’âge requis pour rentrer. Cela veut-il dire que les jeunes ne seraient pas assez conscients des problèmes liés à l’alcool ? Cette conscience se construit via les expériences explique Christophe. "Les jeunes entre 16 et 18 ans découvrent leurs limites. Petit à petit ils construisent leur auto-responsabilité. Ils se sont pris une cuite cette fois-ci ? Tant mieux pour eux, cela leur apprendra à mieux connaître leurs limites, à mieux se gérer."

La description que fait Christophe de l’état de certains n’est cependant pas très reluisante. "C’est moi qui indiquait aux ambulanciers les cas les plus critiques. Certains jeunes ne savaient plus dire leurs noms, ils ne parvenaient plus à parler ou à dire où ils étaient."

Si c’était à refaire , organiseraient-ils la soirée de la même manière ? "L’organisation n’est en rien responsable de ce qui s’est passé. Le problème ce n’est pas les bals des rhétos, les interdire ne servirait à rien car cela aurait pu se passer n’importe où. Sans doute cependant aurions-nous dû mettre l’alcool un peu plus cher, ou aurions-nous dû commencer la soirée avant 23h pour que personne ne boive avant de venir."