Belgique

Pour quelles raisons Pierre Hazette, ministre de l'enseignement secondaire de la Communauté française, a-t-il refusé de nommer Yacob Mahi au poste d'inspecteur des cours de religion islamique, alors que celui-ci avait brillamment réussi les examens organisés par l'Exécutif des Musulmans?

Interpellé sur ce point, hier après-midi au Parlement de la Communauté française, le ministre a motivé sa décision en expliquant qu'il ne pouvait nommer à ce poste une personne dont les opinions sont incompatibles avec la démocratie, entre autres sur l'égalité hommes-femmes. Et l'homme politique de rappeler ces propos tenus par Yacob Mahi lors d'un JT à la RTBF: «Les valeurs démocratiques de notre société ne doivent pas se considérer comme les seules normes porteuses de sens. Il y a d'autres projets de société qui sont porteurs de sens aussi et, au même titre que ces valeurs-ci, elles sont des valeurs universelles.» Y voyant une allusion claire à la Charia, M.Hazette a également affirmé avoir reçu une lettre du ministre de la Justice désignant Yacob Mahi comme membre des Frères Musulmans, un mouvement islamiste «ayant pour but de réislamiser les jeunes Arabes des 2e et 3 e générations d'Europe».

Le rapport hommes-femmes

Professeur de religion islamique à l'Athénée Royal d'Anderlecht et conférencier apprécié, Yacob Mahi estime la décision du ministre «excessive et arbitraire», et nie les propos qui lui sont imputés. «Ce n'est pas parce que l'on m'a vu de temps à autre aux côtés de Tariq Ramadan, petit-fils du fondateur des Frères Musulmans, que j'appartiens à ce mouvement, explique-t-il. De même, ce n'est pas parce que je parle du rapport hommes-femmes en termes de complémentarité que je nie leur égalité en droit, en devoir et en dignité.»

S'estimant injustement traité, Yacob Mahi a donc décidé de déposer un recours au Conseil d'Etat et de porter plainte pour diffamation contre le ministre Pierre Hazette. Un comité de soutien, dénommé «Non à l'arbitraire!», a également vu le jour et fait circuler une pétition demandant que soit revue la décision du ministre. Celle-ci a déjà réuni plus de 25000 signatures.

Pierre Hazette a également indiqué mardi que Yacob Mahi s'était vu adresser les raisons de sa non-désignation le 30 septembre, en présence de l'administrateur général de l'Enseignement et de la Recherche scientifique, du chef de cabinet de Hervé Hasquin et du président de l'Exécutif des Musulmans de Belgique. «Un débat contradictoire a donc bel et bien eu lieu», souligne Pierre Hazette, qui attend désormais que l'Exécutif fasse une nouvelle proposition afin que le 3e et dernier inspecteur de religion islamique puisse être désigné.

L'Exécutif arrêtera une position à ce sujet ce mercredi, a indiqué son président, Nordin Maloujahmoun.

© La Libre Belgique 2003