Belgique

Tremblement de terre (rue de la Loi). Lundi, tard dans la soirée, tandis qu’Yves Leterme semblait avoir été en mesure, plus tôt dans la journée, de convaincre son parti, le CD&V, de soutenir une proposition d’accord communautaire, le Premier ministre a pris le chemin du Palais royal afin de présenter la démission de son gouvernement.

Sur le coup des 21h, après avoir tenu une réunion du “G8” houleuse, Yves Leterme a donc décidé de saborder son gouvernement. Le “G8” est une instance dirigeante informelle du CD&V reprenant, outre le Premier ministre, Jo Vandeurzen, Marianne Thyssen et Kris Peeters, les représentants du CD&V au gouvernement fédéral : Pieter De Crem, Inge Vervotte, Etienne Schouppe et Carl Devlies. Lors de cette réunion du “G8”, “un constat d’échec s’est rapidement imposé”, souligne un participant à cette réunion nocturne. Concrètement, la pression exercée par la base du parti, notamment les parlementaires, ainsi que par la N-VA, qui menaçait de briser le cartel, ont poussé Yves Leterme à se rendre chez le Roi pour présenter sa démission.

Compte rendu des dernières 48 heures. - Il est 20h, lundi, quand le CD&V décide d’annuler purement et simplement l’Assemblée générale au cours de laquelle quelque 230 membres du parti devaient se prononcer sur le non-accord communautaire. La salle, un bâtiment de l’ACW dans les environs de Malines (sorry, Mechelen) était pourtant bien réservée. Dans l’après-midi, les fractions du CD&V/N-VA au Sénat et à la Chambre se sont réunies. Là, les élus du cartel ont monté le ton, ont menacé de quitter le gouvernement fédéral. “On nous met Didier Reynders dans les pattes (comme chef de délégation francophone, NdlR), se désole un participant aux réunions, alors que nous voulions Rudy Demotte. On n’est pas optimiste !”. Ces parlementaires, remontés à bloc, n’ont aucune envie de voir “le nouveau dialogue communautaire” que leur promet Leterme pour septembre “parasité par Olivier Maingain”, martèle un élu du CD&V. Ils poussent donc “M. 800 000 voix” à quitter le gouvernement.

- Saumon fumé, puis assiette de poisson et légumes variés : on déjeune sainement aux établissements Leterme. Lundi, sur le coup des 13h, les traits des négociateurs sont tirés, le Premier ministre essaye tant bien que mal de fagoter une déclaration de sortie de crise communautaire. “Comme chaque fois, relève cyniquement un négociateur francophone, on rejoue les Eperons d’or. Les Flamands montrent qu’on leur arrache le coeur dès qu’on leur résiste un peu”. “Il est temps de partir en vacances”, avait glissé l’Ecolo Marcel Cheron à son arrivée à la résidence du Premier ministre, au Lambermont… - Yves Leterme, lui, tente de se distancier des positions tenues par la présidente du CD&V Marianne Thyssen et par un Jo Vandeurzen de moins en moins combatif. Plus que tout, le Premier est prodigieusement agacé par son collègue de parti, Kris Peeters, qui lui a mis le couteau sur la gorge en conditionnant l’argent flamand à l’obtention d’une grande réforme de l’Etat le 15 juillet.

- Soleil de plomb sur le Lambermont (13h40), la berline noire du Premier franchit le portique, Leterme fonce voir le Roi pour la première fois de la journée. Milquet, Di Rupo et Reynders quittent à leur tour le Lambermont. Un pied dans son SUV, l’autre sur le trottoir, le libéral flamand Bart Somers annonce qu’“aucun accord communautaire ne sera atteint le 15 juillet”. “On cherche une solution, explique-t-il, on veut essayer d’éviter que ce pays tombe dans le chaos”.

- Lundi matin, la N-VA est réunie au Parlement flamand. Deux hypothèses sont sur la table des nationalistes. Soit Leterme choisit “la fuite en avant”, en mettant “la réforme de l’Etat au frigo des Régions”, et “c’est la fin du cartel” entre le CD&V et la N-VA, décrit un cadre du parti. Soit le CD&V rejette l’accord, et c’est la crise gouvernementale. Dans un cas comme dans l’autre, l’avenir de Leterme est sombre, constatent les dirigeants de la N-VA. L’un d’eux dit : “dans un cas comme dans l’autre, c’est du suicide politique pour Leterme. Nous sommes prêts à changer de camp”. Et, donc, à rallier les bancs de l’opposition. Moins de dix heures plus tard, le CD&V se ralliait à la position de la N-VA. Et Leterme choisissait de sauver son cartel.

- Dimanche soir, Lambermont. Les négociateurs de l’Heptatus sont réunis autour de Leterme. Les représentants du CD&V ont fait leurs devoirs consciencieusement : Vandeurzen et Thysen déballent une à une les exigences du cartel. Dont celle-ci : que Rudy Demotte copréside la négociation institutionnelle à partir de septembre avec Kris Peeters. “On aurait alors dessiné un schéma confédéral, note-t-on au cartel. Avec une Région qui discute directement avec une autre”. Les francophones calent net. “On peut encore composer notre délégation comme on l’entend !”, fulmine l’un d’entre eux. Là, Joëlle Milquet annonce devant des négociateurs flamands médusés que Didier Reynders emmènera la délégation francophone… Les Flamands avalent les carbonnades et le gratin dauphinois qu’on leur a servi en guise de dîner de travers.

-Yves Leterme, dit-on, était resté relativement “zen” tout au long de ces derniers jours de négociations. Trop, peut-être, que pour voir venir l’assaut ? Le dernier rendez-vous de la journée, celui en compagnie de ses compagnons de parti, lui aura été fatal. Gardez-moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge...