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Série | Les entreprises innovantes du Brabant wallon (7)

Neurotech s’implante dans le corps humain

Sophie Devillers

Mis en ligne le 14/08/2009

La PME néolouvaniste s'apprête à commercialiser un implant destiné à traiter l'épilepsie. Elle avait déjà conçu une prothèse visuelle.

Interdiction de dépasser la ligne jaune. Au sol, autour de la table de travail d’Hervé, ingénieur électronicien, une bande jaune estampillée "ESD (pour "electrostatic discharge") protection" prévient le visiteur. La zone est en effet protégée par un dispositif qui évite les décharges électrostatiques. Il faut dire qu’Hervé travaille entouré de matériel sensible. On s’occupe ici de la conception et du design de dispositifs électroniques. Sur sa table et dans la salle, on trouve des écrans et machines comme des spectromètres, des multimètres, des oscilloscopes Le résultat de son travail ne dépassera pas quelques centimètres carrés. Et pour cause.

Car cette toute petite "boîte" de métal qu’il tient entre deux doigts, sera implantée au sein même d’un corps humain. La société Neurotech, installée au CEI, dans le parc scientifique de Louvain-la-Neuve, a commencé à fabriquer et commercialisera au dernier trimestre 2009 cet implant médical, destiné à traiter les patients atteints d’épilepsie, en provoquant la stimulation du nerf vague (VNS), surnommé l’autoroute vers le cerveau. L’implant est placé au niveau de l’aisselle, et l’électrode au niveau du cou, autour du nerf vague. La stimulation doit permettre de réduire les crises d’épilepsie dans les cas graves, ceux qui ne sont par exemple pas traitables par les médicaments (c’est le cas d’un tiers des malades). Une personne a déjà été implantée et une deuxième le sera encore ce mois-ci. C’est le résultat de recherches qui ont débuté il y a une quinzaine d’années.

"La société a été créée pour développer une prothèse visuelle pour les personnes complètement aveugles, explique Michel Troosters, general manager de Neurotech. A l’époque, j’étais chef d’entreprise, et j’étais dans le domaine de l’implant cochléaire. J’avais des contacts avec l’UCL, et on s’est dit "pourquoi pas un système similaire pour la vision ?" La société, résultat d’une joint-venture entre des entrepreneurs privés et l’UCL, a donc développé, dans le cadre d’un projet de recherche européen, une prothèse visuelle qui a été implantée sur deux personnes en Belgique. "Les gens ont eu des sensations visuelles. L’appareil est implanté depuis dix ans sur une personne, mais les performances étaient insuffisantes pour le commercialiser. Les personnes peuvent reconnaître un objet simple sur la table. Sur une table noire, ils doivent choisir un objet en plastique blanc. Cent pour cent des sélections sont justes, mais la reconnaissance ne se fait qu’en 20 ou 30 secondes "

L’UCL continue cependant à travailler sur le projet (voir épinglé). Neurotech, elle, a "rebondi". "Ce n’est pas du tout du travail perdu. Nous en avons retiré un savoir-faire, les relations avec les scientifiques et les industriels Toute la technologie et le savoir-faire a été repris dans d’autres produits." A l’instar de l’implant destiné aux personnes souffrant d’épilepsie. "Par exemple, on a retiré la fabrication d’électronique, le dispositif de batterie rechargeable, la communication entre le dispositif et le monde extérieur", explique Peter Bergsma, directeur des ventes et du marketing. "Nous n’avons pas inventé de thérapie. Notre produit est en concurrence avec d’autres produits déjà existants, mais avec des innovations technologiques", continue Michel Troosters.

Ainsi le matériel rechargeable - la recharge est à réaliser tous les deux mois, à domicile - est une innovation de l’entreprise. Un autre dispositif devra être remplacé tous les quatre ans, mais l’appareil de Neurotech durera environ dix ans, selon ses responsables. La société souligne aussi les moyens de communication à distance. Le médecin peut communiquer, à partir d’un PC, avec l’implant sans devoir être en contact direct avec la personne, même si elle doit être dans la même pièce. L’appareil utilise d’ailleurs une sorte de wi-fi "médical", crypté. "Ce type de communication est réservé aux implants. Il existe une bande de fréquence réservée aux implants biomédicaux. Ce wi-fi, nous sommes les premiers à l’utiliser. Il existe et nous l’avons implémenté", précise Michel Troosters.

Si la société entend diminuer la fréquence et l’intensité des crises d’épilepsie chez certains patients, elle mène aussi des recherches sur l’anticipation. "Plus tôt on envoie des impulsions, plus de chances on a de couper la crise. Et puis, on pourrait aussi avertir le malade, car l’épilepsie, c’est très soudain. Il n’y a aucun signe et il tombe. Si on peut arriver à prévenir la crise, il pourra par exemple s’asseoir avant, augmenter l’intensité des stimulations " Neurotech travaille aussi à d’autres évolutions, sur base du même dispositif, car les possibilités de déclinaisons sont larges.

"Dans tout ce qui est neurostimulation, il y a beaucoup de thérapies. Quand on a accès au système nerveux, on a accès à énormément de choses, expliquent les deux responsables . L’obésité, par exemple, se stimule sur le même nerf que la dépression. Il y a aussi la douleur, le Parkinson . Aujourd’hui, ce qui est opérationnel, c’est le traitement du Parkinson et de l’épilepsie. Mais tout le reste va apparaître Et nous travaillons sur le sujet "

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