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Rixensart

"J’ai appris à vivre avec le handicap"

Yannick Natelhoff

Mis en ligne le 27/01/2010

Atteint de déficience visuelle depuis trois ans, Rory Leahy traversera le Jura en raquettes à neige. Objectifs: sensibiliser et soutenir l’ASBL Cyclocœur.

J’ai aussi pensé que ça n’arrivait qu’aux autres. Aujourd’hui, je suis un autre." Il y a trois, Rory Leahy, un Irlandais pure souche vivant en Belgique depuis son adolescence, a subitement perdu une grande partie de sa vue. Non pas à la suite d’un accident mais à cause d’une maladie génétique incurable: la neuropathie optique de Leber. Celle-ci s’est déclarée alors qu’il avait 41 ans et, du jour au lendemain, Rory a perdu toute son acuité visuelle. Aujourd’hui, il ne parvient plus qu’à distinguer les contrastes et les couleurs.

"Au moment où la maladie s’est déclarée, ça a été très difficile", explique cet ancien chauffeur de limousine. "J’ai dû arrêter de travailler, apprendre à vivre avec le handicap. Et j’ai surtout vu mes amis de l’époque s’éloigner peu à peu. Sans doute avaient-ils peur de l’inconnu, peur de devoir s’occuper de moi. Pourtant, le handicap n’est pas contagieux. Cela ne veut pas dire que j’ai accepté la maladie. Non, j’ai simplement appris à vivre avec."

Le Rixensartois ne veut toutefois pas s’apitoyer sur son sort. Dans une semaine, accompagné d’un guide de haute montagne, il s’élancera à l’assaut des versants suisses du Jura, avec trois autres malvoyants. Au programme: une centaine de kilomètres de marche en raquettes à travers des dénivelés de 300 à 750 mètres, et des franchissements de six cols, culminants à plus de 1 400 mètres d’altitude.

Une sacrée épopée qui n’effraie pas Rory. " Ce n’est pas mon genre de baisser les bras devant les difficultés. Quand on me demande de relever un défi, je fonce. C’est l’occasion de se prouver à soi-même, ainsi qu’aux autres, que le handicap est loin d’être une fatalité. Si un jour, on me demandait de grimper l’Everest, j’accepterais sans hésiter une seconde. Je suis prêt à tout faire à condition que cela soit possible. J’ai même fait une randonnée en quad en conduisant moi-même. C’est une sensation de liberté exceptionnelle."

L’objectif de Rory est double. D’une part, sensibiliser les gens au problème du handicap. "On n’en parle jamais assez", explique-t-il. "Quand vous marchez dans la rue avec une canne blanche, on vous regarde de travers. On a l’impression de gêner." D’autre part, les fonds récoltés grâce à ce périple jurassien permettront de soutenir Cyclocoeur, une ASBL basée à Erpent (province de Namur) qui permet aux déficients visuels de pouvoir pratiquer le vélo, en tandem.

"J’en fais partie depuis quelque temps", explique Rory. "Chaque mois, on effectue une randonnée à vélo. Mais les tandems s’usent et il faut les entretenir ou les remplacer pour que les malvoyants aient aussi le droit de faire du sport."

Infos : www.cyclocoeur.be.

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