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Louvain-la-Neuve | Recherches

Vacances sur la planète Mars

Sophie Devillers

Mis en ligne le 24/03/2010

Six étudiants de LLN passeront leurs congés de Pâques sur Mars. Ou plutôt dans une base permettant de simuler une mission martienne.

Il ne leur reste plus que quelques jours avant de décoller vers la planète Mars. Marc, Victor, Jonathan, Delphine, Guerric et Alban, tous étudiants à Louvain-la-Neuve, s’apprêtent à passer deux semaines sur la planète rouge. Au programme : vie dans un édifice en "cylindre" de deux étages et de quelque 50 mètres carrés, et expéditions quotidiennes au dehors, en combinaison, pour fouler la poussière rouge martienne. Enfin, plus exactement celle du désert de l’Utah. Le groupe de six étudiants de l’UCL a été accepté par la Mars Society pour passer les vacances de Pâques aux Etats-Unis dans la station de simulation de cette organisation internationale à but non lucratif. La Mars Society cherche à promouvoir l’exploration et les vols habités vers Mars. Un moyen : les simulations, lors desquelles des équipes d’ingénieurs et de scientifiques se relayent sur des prototypes des futures bases martiennes et y simulent des missions. Chaque équipe teste à son tour tous les aspects de ce que les astronautes auront à vivre.

"L’équipage 94", formé de six étudiants bachelier, masters et doctorant en polytechnique, physique et mathématique séjournera du 4 au 18 avril dans la station de recherche désertique. "Notre but, c’est de développer un programme de recherches, explique Guerric de Crombrugghe, en master ingénieur civil à l’UCL, et qui sera le commandant de cette mission. Il y aura six axes, parmi lesquels l’utilisation d’un radiotéléscope, d'un détecteur de particules... Il y aura aussi un projet biologique. Là-bas, dans une serre, on va cultiver des pommes de terre, développées par un groupe de recherche de l’Agence spatiale européenne ( NdlR : et par une équipe de l’UCL qui met actuellement au point une technique de culture de pommes de terre en milieu fermé destinée à être un jour reproduite en navette spatiale) . On a aussi reçu des outils de forage de la Nasa. A la fin de la mission, on rendra le matériel à la Nasa, et on devra faire une présentation de deux heures. C’est nous qui sommes allés vers eux, mais ils étaient enchantés de travailler avec nous, d’avoir des mains en plus ! Sur chacun des programmes de recherches, on collabore aussi avec un labo de l’UCL. C’est donc un donnant-donnant, puisque l’UCL finance le projet en très grande partie." Budget total pour le voyage : 12 000 euros environ. L’équipage a reçu par ailleurs une bourse de la Nasa, et la location des lieux reviendra à 5 000 dollars. "Si on fait cela, ce n’est pas pour avoir quelque chose en plus à écrire sur notre CV. Ce n’est pas dans le cadre académique, mais plus pour notre développement personnel à chacun. Ça nous intéresse, ça nous motive... On est tous des passionnés. Mais c’est un complément à nos études, même si ce n’est pas dans notre cursus. Personnellement, j’adore la dimension "recherches sur le terrain". Si l’exploration scientifique sur Mars ne me semble pas forcément une nécessité, cela n’empêche pas que l’on fasse des recherches sur le sujet."

Un autre participant, Alban Jago, concède que "a priori ce n’est pas très sexy d’aller passer 15 jours tous compressés dans une grosse canette, avec plein de poussière. Mais il y a tout ce que cela évoque derrière ! Moi, je suis un grand amateur d’espace. Et Mars, c’est un peu le symbole, au niveau des planètes. C’est un peu le moyen, à notre niveau de participer à la conquête de l’espace et des planètes ! Et puis il y a les différents projets auxquels on va participer, et c’est très motivant ! Je participerai à celui sur le détecteur de particules. Je suis physicien, en 4e année, et les particules, c’est mon domaine! Il y a moyen d’animer nos études avec ce type de projet. C’est aussi une expérience de vie ! Et puis, c’est un projet qu’on a mené nous-mêmes de A à Z , et c’est hyperboostant". De son côté, Marc Reydams, qui vient de terminer ses études d’ingénieur civil, amateur de sports extrêmes et d’escalade, y va davantage pour le défi "extrême".

Mais il pourra aussi utiliser ses connaissances de chimiste pour une recherche sur les bactéries et l’ADN et jouera aussi le rôle du journaliste. Il s’attend à des conditions de vie peu faciles : "Tout d’abord, l’espace ne sera pas très grand ! Et puis chaque fois que l’on sortira, il faudra passer une combinaison. La mettre prend au début une demi-heure ! Et il faut aussi rester dans un sas pendant 10 minutes. Nous n’aurons droit qu’à une douche tous les trois jours, avec un litre d’eau ! Quant à la nourriture, elle sera lyophilisée (NdlR : là aussi ce sera étudié dans le cadre d’une recherche) ! Le programme de la journée sera aussi très précis, avec un protocole précis pour l’utilisation des machines, car sur Mars, chaque seconde coûte cher, et il faut rentabiliser au maximum le temps des spationautes ! Cela dit, à partir de 20 heures, on sera obligé d’arrêter de travailler, afin d’avoir un équilibre." Même s’il pense qu’il supportera bien l’expérience, il admet que ce qu’il craint le plus sont les interactions entre les spationautes. "Mais il y a une bonne ambiance générale. Et apparemment, ça se ressent fort. A l’agence spatiale européenne (NdlR : qui est partenaire de leur projet ), on nous a dit que le groupe était bien organisé et bien soudé."

L’aspect psychologique fait lui-même partie de l’expérience et sera soigneusement étudié : le professeur Bernard Rimé, de l’UCL, étudiera le partage d’émotions dans un environnement clos. Chaque jour de la mission, les participants devront répondre à un questionnaire sur internet, qui sera ensuite analysé.

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