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Rixensart | Culture
"Sources", histoire(s) de famille(s)
Sophie Devillers
Mis en ligne le 05/03/2010
Raconter vingt ans de vie, de Haïti à Rixensart, sur scène, en mouvement et en musique. C'est ce qu’a voulu réaliser Nono Battesti, 21 ans, avec son spectacle autobiographique "Sources". Le jeune chorégraphe et danseur, fan de hip-hop et créateur de la désormais incontournable "Battle" de Rixensart, présente sa première création à Beauvechain, au théâtre Marni à Bruxelles et au centre culturel de Rixensart, durant ce mois de mars. Le spectacle mêle danse jazz, hip-hop et contemporaine, et même accordéon (avec Didier Laloy) dans un spectacle qui se veut accessible à tous.
"Lors du spectacle, je raconte mon histoire à moi, celle de mon adoption, entre Haïti et la Belgique. Je parle surtout des relations affectives, du fait d’être déraciné, d’une part, pour s’enraciner autre part. De mes relations avec ma petite sœur, qui a aussi été adoptée, raconte Nono. J’avais 4 ans quand j’ai été adopté. Je n’ai pas réellement de souvenirs de ces moments, mais j’ai pu retourner en Haïti quand j’avais 13 ans... C’était mon initiative. J’ai demandé à retourner. Et j’ai fait des liens là-bas. J’ai rencontré et j’ai reparlé avec mes parents biologiques. Je suis à présent en contact régulier. J’ai aussi découvert Haïti, j’ai retrouvé mes racines..."
La question de l’adoption, poursuit le chorégraphe, n’a jamais été occultée dans la famille Battesti. "Il n’y a jamais eu de tabou de l’adoption dans la famille. J’ai toujours posé mes questions librement, si je voulais. Je fais partie de ce faible pourcentage d’enfants haïtiens heureux ! J’ai toujours été fier, et content d’avoir été adopté. Ce n’était pas quelque chose de douloureux, mais il y avait cette nécessité d’avoir des choses à dire... Sur le fait de quitter mes parents petit. De retisser des liens et de la confiance avec mes nouveaux parents... C’est beaucoup de chamboulements affectifs pour un garçon de 4 ans..." Son envie de créer ce spectacle a été soutenue par sa famille belge. Du côté de sa famille haïtienne, Nono, qui dit "rester Haïtien" et qui s’est d’ailleurs mobilisé suite au séisme, compte bien montrer les images de "Sources" à sa famille biologique lorsqu’il retournera à Haïti dans quelques mois.
Dans sa famille belge, tout le monde s’est mobilisé pour le spectacle. Tout d’abord la petite sœur, Géraldine, qui est aussi chanteuse et danseuse. Comme "c’est aussi son histoire à elle", il était normal qu’elle soit dans "Sources", estime Nono. Il était d’abord question qu’elle soit également sur scène, mais elle a eu l’opportunité de participer à d’autres spectacles. Et Géraldine a donc été intégrée dans la représentation via un écran. La jeune artiste reconnait que faire partie du spectacle sans être sur scène, "c’est très étrange. Mais franchement, je trouve le spectacle très bien comme ça. C’est émouvant de voir ce spectacle et je l’adore". Géraldine explique aussi ressentir fortement le lien qui l’unit à son frère : "C’est profond, c’est toute notre histoire." Elle n’est pas la seule membre de la famille Battesti à s’être investie dans "Sources", qui apparait comme une véritable histoire de famille (s). Ainsi, Benjamin Struelens, le frère, photographe, s’est chargé des lumières et des photos du spectacle, tandis que Céline, la sœur, également artiste, s’occupe de la diffusion de "Sources". Quant au père de Nono, Olivier Battesti, il s’est, lui, occupé de la mise en scène et de la scénographie. Mais sous la direction de son fils, précise celui qui est connu comme membre de Mamemo, formé avec Martine Peters, la maman de Nono.
"Ce qui était important pour moi, c’était que Nono et Géraldine puissent développer leur personnalité. Et c’est l’idée depuis le départ ! J’ai fait des propositions de scénographies, Nono a choisi. Je ne voulais pas l’influencer. De toute façon, il n’y a pas moyen de l’influencer, il sait extrêmement bien ce qu’il veut !" Son père l’a aidé lors de la "phase de création", mais aussi pour la "mise en orbite" et la stratégie de programmation. "Sources" a été la première création soutenue par la pépinière d’artiste fondée par Martine et Olivier (voir épinglé). "Je ne voulais pas du tout interférer dans la relation père-fils, ou entre artistes, mais ça s’est bien combiné... Et puis travailler avec lui, ça permet de partager quelque chose d’autre, de recréer des relations différentes." Et lorsqu’il voit ses enfants se consacrer à leur art dans "Sources", "il fond comme une motte de beurre. C’est terriblement émouvant. Dans ce spectacle, l’émotion remonte comme d’un puits. C’est authentique, et le public le sent". Olivier assiste aussi à l’histoire de sa propre famille, présentée sur scène : "C’est 20 ans de bonheur. Quand vous adoptez des enfants qui sont extraordinaires, pétillants... Bien sûr, comme avec tous les enfants, il y a eu des difficultés. Il a fallu gérer... Mais il n’y a pas eu de déchirures chez ces enfants. Nous sommes en contact avec la famille d’origine, et il s’agit aussi d’une histoire de transmission. Etre père et mère, c’est être responsable, pas propriétaire. Quand les parents nous ont confié les enfants, il y a eu un rapport de confiance. Nous entrions tout autant dans cette famille, que les enfants rentraient dans la nôtre. Les rapports étaient clairs. Vers 5-6 ans, Nono nous a dit : un jour, je voudrais retourner... Toutes ces années, bien sûr, il y a eu des exigences, des désaccords... Mais vous voyez cela transcendé... Et quand vous voyez ces enfants évoluer et avoir une reconnaissance, vous vous dites "mission accomplie".
Infos et dates : www.nono-b.com
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