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Enquête

L'anglais mieux connu que le néerlandais

Raphaël Meulders

Mis en ligne le 07/01/2008

35 pc des Bruxellois estiment bien maîtriser la langue de Shakespaere contre 28 pc pour celle de Vondel. Le français demeure la "lingua franca" de la capitale. Des résultats qu'il faut toutefois nuancer, selon les auteurs de cette étude.

En cette période de tensions communautaires, le Taalbarometer 2 ("Baromètre linguistique 2") publié ce lundi sur le site internet de la revue scientifique Brussels studies (www.brusselsstudies.be) était fort attendu...

Menée sous la baguette du professeur Rudi Janssens, l'étude de la VUB (Vrijie universiteit Brussel) a comme ambitieux objectif d'esquisser "l'image linguistique générale de la Région de Bruxelles-Capitale". Et cela en interrogeant un échantillon représentatif de 2 500 Bruxellois (de 18 à 70 ans) sur "leur connaissance, leur usage et leur comportement linguistique". Par rapport au premier baromètre (Taalbarometer 1, publié en 2001), plusieurs changements notoires sont à épingler. Au niveau de la connaissance, l'anglais (35,4 pc contre 33,25 pc en 2001) supplante désormais le néerlandais (qui passe de 33,29 pc à 28,23 pc) comme seconde langue "bien à parfaitement parlée" par les Bruxellois. Avec un chiffre de 95,55 pc (contre 95,52 pc il y a sept ans), le français confirme son statut de "lingua franca" de notre capitale. Ce statut est renforcé par le fait que de plus en plus d'allochtones se tournent vers cette langue. L'arabe (6,36 pc contre 9,99 pc en 2001), et le turc (1,47 pc contre 3,33 pc) sont ainsi en perte de vitesse, alors que l'espagnol (7,39 pc contre 6,9 pc) progresse sensiblement.

"Mais les résultats sont à nuancer, car il s'agit d'une auto-évaluation, explique-t-on à Brussels Studies . Par exemple, lors de nos précédentes enquêtes, il avait été démontré que bien souvent les Bruxellois surestimaient leur niveau d'anglais." L'étude explique aussi que l'anglais, surtout populaire chez les jeunes, demeure une langue scolaire dont la fonction est avant tout utilitaire. La langue de Shakespaere est ainsi très peu parlée "à la maison". Au niveau de son emploi, elle demeure à la troisième place, derrière le français et le néerlandais. Paradoxalement, si la proportion de Bruxellois originaire de famille unilingue néerlandophone diminue légèrement, ces personnes parlent de plus en plus leur langue d'origine avec les autorités publiques...

On s'informe en français

Bref, les donnés sont complexes. "Le caractère multilingue de la population, le nombre de familles multilingues et le fait que de plus en plus de Bruxellois emploient des services des deux communautés linguistiques rend l'établissement d'un lien entre la personne et les communautés linguistiques de plus en plus difficile à Bruxelles", explique Rudi Janssens. Autre fait intéressant : si dans les couples bilingues (francophone-néerlandophone), la tendance était auparavant à ce que le français s'impose comme langue parlée à la maison, ce ne serait plus spécialement le cas actuellement, le néerlandais reprenant du poil de la bête. Les médias francophones demeurent la source d'information de la grande majorité des Bruxellois... Même les néerlandophones se tourneraient vers ceux-ci pour l'actualité locale. "Cette situation explique entre autre pourquoi les allophones ont une image extrêmement négative des Flamands." "Néerlandais" et "flamand" sont d'ailleurs de moins en moins perçus par les Bruxellois comme des synonymes. "Si l'importance du néerlandais en tant que langue est incontestée par la plupart des habitants de la Région, le terme "flamand" semble, lui, éloigner de plus en plus les communautés l'une de l'autre", selon l'étude. Les Bruxellois non néerlandophones associent souvent "flamand" à l'extrémisme flamand et l'intolérance. "A tel point qu'une partie non négligeable des Bruxellois néerlandophones prennent de la distance avec l'adjectif flamand." Il existe d'ailleurs une "déconnexion croissante" entre ceux-ci et la Flandre. Les francophones s'identifient, eux, d'abord comme Bruxellois, puis Belges et/ou Européens avant d'être francophone.

En conclusion, l'étude rélève que si le Bruxellois estime que cet environnement multilingue est une plus-value importante, il déplore la mauvaise qualité de l'enseignement des langues au niveau scolaire. Sa grande crainte ? La polarisation politique qui pourrait en découler...

Rens. :webwww.brusselsstudies.be

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