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Série (2/4) - Les marchés de Bruxelles
La petite famille de Boondael
Mis en ligne le 16/07/2008
Ala croisée d'une ruelle et de la chaussée de Boondael, se dressent çà et là quelques tentes et aubettes. Certes, il ne paie pas de mine au premier coup d'oeil le petit marché maigrichon de Boondael. Mais il suffit d'y poser l'orteil et de tendre l'oreille pour savourer à la fois les spécialités culinaires et l'humeur "bon enfant" des marchands.
Un marché de proximité "J'ai déjà faim rien que de regarder", s'exclame une habituée des spécialités italiennes d'Enzo et Marina. A Boondael, on ne vient pas que pour remplir son cabas. Les habitants du quartier viennent s'y promener, partager des bribes d'existence, et échanger des boutades avec des marchands à l'écoute : "Ca va me retaper, j'suis malade", "Je vais m'arrêter sinon je vais faire une indigestion" .
Ce qui plaît le plus à Marina, c'est la spontanéité de ses clients . Le couple italien n'est pourtant installé à Boondael que depuis un an et demi - ce sont les clients qui leur ont demandé de rejoindre le marché. Ils se sont bien vite intégrés au quartier, parmi d'autres négociants présents tous les jeudis depuis plus de vingt ans. "C'est le marché le plus populaire. Les gens viennent depuis toujours. Ils connaissent les marchands, et les marchands sont à l'écoute ", indique Didier, le placier du marché. "Mets-moi du limoncello aussi". "Ah, attention. C'est bon, ça descend. Mais c'est traître, hein. Et faut savoir se lever le lendemain", confie Enzo à l'un de ses habitués, séduit par le lard de colonnata - atypique et très gras.
Les habitants du coin pullulent. Ils habitent tous "à deux rues". Rachel a 80 ans. Tout le monde la connaît. Boondael, c'est son quartier. Et le jeudi, c'est son jour de marché. "Oh, elle n'achète plus grand-chose, confie Didier, elle préfère boire un verre. Mais à son âge, elle ne manquera jamais de donner un coup de main. Et elle ne demandera pas un franc."
"Aux délices du poulet", personne. "Y a quelqu'un qui veut un poulet", entend-on crier depuis une autre échoppe. C'est Zézette qui fait goûter ses délicieuses quiches artisanales aux asperges, aux lardons,... Sa recette ? Secret de famille. Son compagnon de bavardages, c'est "Michel Champignons". Infatigable même après 14h de marché. "Depuis le matin, il n'arrête pas". "De parler ? !" (rires). Sa passion pour les champignons, il l'affectionne depuis plus de cinquante ans : "Quand j'étais gosse, j'allais me promener avec un grand connaisseur en champignons, un ami de la famille. Il me donnait tous les noms, en latin ! J'suis une personne de la nature, moi."
Le spécialiste des produits du terroir... français, c'est Olivier de "Douce France". Tous ses fournisseurs sont français. "C'est notre force et notre faiblesse", avoue Olivier. Du vrai saucisson corse à l'andouillette de Troie, sans oublier le Noir de Bigorre (concurrent du Patanegra espagnol), il ne laisse aucune place aux imitations. Seuls les articles strictement locaux allécheront les clients. "Chez eux, c'est bon. Chez moi c'est très bon", plaisante-il avec une pointe d'orgueil. Mais les amateurs de haut de gamme devront y mettre le prix. Il n'y a pas de secret.
Et d'échoppes en échoppes, les boutades continuent de se répondre. Philippe Bonbons, le légumier Desager, la "New Triperie", René Bananes et d'autres coutumiers des traditionnels marchés bruxellois sont toujours ravis de proposer leurs spécialités aux amateurs de sourires et de produits frais.
"Le marché est peu connu"
Mais le marché de Boondael reste très peu fréquenté. "Les marchands mériteraient d'être connus davantage", insiste avec coeur le placier Didier. "Il faut arrêter de penser que ce sont des saltimbanques. C'est un choix de vie et des heures de travail".
En fin de journée, on ressent un peu de nostalgie dans la bouche des marchands : "Où sont les braves gens qui faisaient leurs courses comme dans le temps et finissaient leur marché en prenant un verre ?"
St. G. (st.)
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