Des pinceaux pour vivre ensemble

Le "bip" de la fermeture des portes retentit et le métro poursuit sa route vers le terminus Roi Baudouin. Alors que les voyageurs se dispersent vers les sorties du quai, entre Simonis et Pannenhuis, la station de métro Belgica fait peau neuve. En haut des escalators, sur la droite, un couloir lumineux se détache du décor.

Des pinceaux pour vivre ensemble
©LLB

Le "bip" de la fermeture des portes retentit et le métro poursuit sa route vers le terminus Roi Baudouin. Alors que les voyageurs se dispersent vers les sorties du quai, entre Simonis et Pannenhuis, la station de métro Belgica fait peau neuve. En haut des escalators, sur la droite, un couloir lumineux se détache du décor. Des enfants s'agitent dans tous les coins, vêtus de sacs poubelles pour éviter les tâches de peinture. Le sol, également protégé, est entièrement recouvert de papier brun en carton, attaché à l'aide d'un gros scotch orange. Blaise Patrix, artiste et coordinateur du projet, court partout avec pinceau et chiffon en main. A son front, des traces de peinture verte et bleue. " C'est une tension assez forte ! A chaque instant, quelqu'un peut aller dessiner sur le dessin d'un autre ", explique-t-il empressé.

A travers le couloir, des spots de chantier éclairent la fresque colorée qui s'étend sur 60 mètres de long. Des ours bruns côtoient un superman et un pingouin fait le gué sur un volcan en irruption. Si le thème de l'œuvre collective est la lutte contre le réchauffement climatique, certains petits artistes se sentent, en effet, pousser des ailes, pinceau en poche. A quelques endroits, par contre, des signatures surprennent les contemplateurs. " Il y a un besoin de reconnaissance très fort ici ", confie l'artiste. " Mais l'œuvre est à tout le monde. Mon rôle est donc d'intégrer les graffitis dans le dessin général. "

Pour Blaise Patrix, avec un tel projet, les participants découvrent d'autres relations. Il n'est plus question de vivre sous la "loi du plus fort" mais bien de tenter "un partage responsable" . Dès lors, afin d'éviter toute altercation entre jeunes du quartier, un long travail de médiation et de concertation a été mis sur pied. " Avant, des jeunes du coin s'étaient approprié le couloir et les gens n'osaient plus y passer. Il faisait très sombre ", raconte Gérardo Cornejo, un des coordinateurs du projet. " Blaise a donc été leur parler pour les intégrer à la fresque. " Ensemble, tous les habitants du quartier ont donc apporté leur pierre à l'édifice. C'est d'ailleurs plus de 300 participants qui ont répondu présent.

Se réapproprier l'espace

Si au milieu des seaux de peintures, le couloir semble en perpétuelle agitation, les artistes d'un jour ne sont pas tous venus d'eux-mêmes. " J'ai dû aller chercher les gens qui passaient dans la station ", explique Gérardo. " D'habitude, dès que les voyageurs sortent du métro, ils filent tout droit vers la sortie. J'ai donc été vers eux pour les convier à participer. Et une fois sur dix, ils me suivaient ! " Autour des pots de couleurs jaunes, vertes, roses, rouges et bleues, tous les âges se sont retrouvés pour poser leur traces sur le mur. " Plus tard, ils passeront par ce couloir de la station Belgica pour regarder le souvenir qu'ils y ont laissé ", poursuit Gérardo.

Si la Stib (Société des transports intercommunaux bruxellois) a tout de même prévu de recouvrir la fresque d'un produit antitag, Baudouin Detroz, coordinateur du projet Interquatier, garde confiance en "ses jeunes" . D'ailleurs, ils seront nombreux à assister à l'inauguration du tout nouveau couloir, prévue le 23 mars. Pour l'heure, la réalisation de la fresque, lancée par la Stib, se clôture. Cependant, vu le succès de l'opération, la superficie de l'œuvre pourrait être agrandie. Cela laisserait une seconde chance aux amateurs de pinceaux de donner vie à d'autres ours, pingouins et superman... Et ce, pour le bonheur des voyageurs !

C.H. (st.)

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