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Bruxelles-Ville | Patrimoine
Le cinéma "Pathé Palace" en sursis
Mis en ligne le 22/09/2009
Mercredi dernier, la Communauté française a présenté son projet de rénovation du cinéma "Pathé Palace" - dont elle est propriétaire depuis 2001 - devant la Commission de concertation de la Ville de Bruxelles. Il s’agit de la seconde phase de rénovation de l’ancien théâtre cinématographique dans le cadre de sa transformation en centre de diffusion de cinéma d’arts et d’essais (NdlR : projet de réaffectation proposé par l’ASBL "Le Palace" et dont le contrat-programme a été approuvé en 2006).
Construit en 1913 par Paul Hamesse, maître de l’Art Nouveau, le "Pathé Palace" - considéré comme le fleuron de la Compagnie Charles Pathé - est le plus ancien théâtre cinématographique de Belgique.
Le projet de rénovation actuel - qui porte autant sur des parties classées que non classées - suscite donc de vivres réactions de la part de l’ASBL Pétitions-Patrimoine. Antoine Boucher, administrateur-délégué de l’association, reproche notamment à la Communauté française "l’installation d’une passerelle au sein du foyer de Paul Hamesse qui nécessite la destruction d’un mur de ce même foyer, la dissimulation de la coupole classée surplombant la grande salle sous un fond-plafond ainsi que la destruction des nombreux éléments techniques du music-hall des années folles tels que les cintres et les poulies qui servaient à la scénographie". Des vestiges scéniques d’une valeur "inestimable".
Tout comme la Commission royale des monuments et sites (CRMS), la Commission de concertation de la Ville de Bruxelles a rendu un avis conforme favorable sous plusieurs réserves, requérant ainsi la mise en valeur de la coupole et de l’ancien dispositif scénique de music-hall. La Commission de concertation ne s’oppose toutefois pas à la destruction d’un des murs du foyer d’Hamesse au grand regret d’Antoine Boucher, selon lequel, la Communauté française "foule aux pieds sa raison d’être". Un avis partagé par la CRMS qui considère que "promouvoir le cinéma en dénaturant les éléments originels les plus remarquables n’est pas un parti défendable pour une instance à vocation culturelle".
Une accusation pour le moins douteuse selon Pascal Sac, porte-parole de la ministre de la Culture Fadila Laanan (PS) : "Nous sommes évidemment très sensibles au patrimoine belge. Mais l’état actuel des finances ne permet pas de telles dépenses". En effet, au regard de l’état actuel de la coupole, l’estimation du coût de rénovation s’élèverait aux alentours des 2,5 millions d’euros, une somme équivalente au financement annuel d’une centaine de centres culturels en Communauté française ! "Or, le montant total de notre projet s’élève déjà à 5,35 millions d’euros", ajoute le porte-parole avant de poursuivre : "Quant à la passerelle et l’ancien dispositif scénique, nous avons des contraintes de sécurité. Il faut que tous les visiteurs - y compris les personnes à mobilité réduite - puissent entrer et sortir du bâtiment en toute sécurité. Or, nous n’avons pas trouvé d’autres moyens pour évacuer les visiteurs que de faire passer la passerelle à cet endroit et l’état de délabrement de l’ancienne scène est telle que les pompiers eux-mêmes s’opposent à sa sauvegarde. Ce sont des contraintes imposées par les règles urbanistiques en vigueur".
Quoi qu’il en soit, la Communauté française est tenue - par l’avis rendu par la Commission de concertation de la Ville - d’amender son projet en tenant compte des réserves émises. La Communauté française estimera donc très prochainement la faisabilité financière des rénovations requises par la Commission de concertation. "Un nouveau scénario qui risque toutefois d’hypothéquer le projet en cours", estime Pascal Sac.
Au.M. (st.)
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