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Anderlecht | Alphabétisation

Délier les langues en images

Raphaël Meulders

Mis en ligne le 06/02/2010

Le quartier de Cureghem organise des cours d’alphabétisation assez particuliers. Entre dessins et récits, les participantes ne laissent pas leur langue en poche.

Sous le coup des projecteurs médiatiques depuis plusieurs jours (voir ci-dessous), le quartier de Cureghem à Anderlecht vit tant bien que mal ses secousses à répétition. Mais pas de quoi émouvoir Marianna, Radja et Hadja, venues, comme chaque jeudi matin, à leurs cours d’alphabétisation organisés par la Maison de quartier locale, "la Rosée".

Depuis six mois, la trentaine d’apprenantes jonglent avec la langue de Voltaire, et ce à l’aide d’images qu’elles sont amenées à commenter. Jusque-là rien de vraiment exceptionnel, si ce n’est que ces dessins ont été créés par les participantes elles-mêmes et seront distribués, après la formation, dans différentes écoles de la commune. Et réutilisés dans d’autres formations d’alphabétisation. La boucle est bouclée.

Quant aux thèmes des dessins, on peut dire que l’inspiration est venue de partout. Marianna s’est par exemple replongée dans son enfance en Guinée, tandis que d’autres ont préféré recopier des illustrations de divers ouvrages. "Cette belle expérience collective a créé des liens forts entre les participantes", explique Anne Seghers, formatrice du projet "Raconte-moi une image".

Mais place au second acte. Le tableau blanc se remplit de couleurs et des différentes illustrations choisies au hasard par une animatrice. Le récit prend forme, Anna, nom choisi par l’ensemble des participantes, en est l’héroïne. Au fil des images, les langues, timides au départ, se délient. "Son mari doit devenir boulanger car ils auront beaucoup d’enfants et il faut les nourrir !", lance, hilare, Marianna.

La jeune femme est l’une des plus bavardes de l’assemblée. "Grâce à ces cours d’alphabétisation, j’ai trouvé un travail d’aide ménagère", explique-t-elle. Radja, qui a fui l’Irak pour la Belgique il y a un an, rêve, elle, de devenir professeur. "Mais je dois encore beaucoup travailler", sourit-elle. Quant à Hadja, elle en avait marre de se retrouver "isolée" par son manque de connaissance du français. "Avant je n’avais pas le courage de parler avec les autres, mais ce cours m’a donné confiance. C’est essentiel de pouvoir communiquer en français. Ne fût-ce que pour se faire comprendre à l’hôpital."

La formation est réservée aux femmes. "C’est mieux ainsi, on a moins peur de s’exprimer", lance Radja. Sur la trentaine de participantes de cette formation (9h par semaine et organisée conjointement par la Ligue des Familles), tous les horizons se croisent. "Nous avons des primo-arrivantes, mais aussi des mères de famille qui sont depuis 20, voire 30 ans en Belgique, explique l’échevine anderlechtoise de la Prévention, Fatiha El Ikdimi (CDH) Ce cours, c’est une véritable bouffée d’air pour elles."

Une bouffée d’air dont a aussi profité Anna - l’héroïne du récit de ces dames - qui s’est finalement fait la belle avec son mari boulanger. Mais, ça, c’est une autre histoire

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