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Quinzaine des femmes

Près de 9 bébés sur 10 allaités

Stéphanie Bocart

Mis en ligne le 12/03/2010

Le taux d’allaitement à Bruxelles atteint 89,5 % pour l’année 2007. Mais il peut être difficile de concilier allaitement et retour à la vie professionnelle.

La Quinzaine des femmes, initiée vendredi dernier par les femmes parlementaires (LLB 6/3), se poursuit ce vendredi dans les différentes assemblées bruxelloises. Cette fois, ce seront notamment les ministres en charge de la Santé au sein de la Commission communautaire commune (Cocom) Benoît Cerexhe (CDH) et Jean-Luc Vanraes (Open VLD) qui seront mis sur le grill. Avec, entre autres, une interpellation de la députée Danielle Caron (CDH) sur l’allaitement maternel, ce qui devrait animer les débats, les avis sur la question étant souvent partagés.

"Lors de ma grossesse, je n’étais pas trop sûre de vouloir allaiter", confie Donatienne, jeune maman. "Mais quand Margot est arrivée, je n’ai plus hésité une seule seconde. Dès l’accouchement et par après, j’ai été bien suivie et conseillée. Au retour à la maison, l’allaitement s’est également bien passé". Selon les constats posés par l’Office de la naissance et de l’enfance (ONE) pour l’année 2007, l’allaitement maternel exclusif à la sortie de la maternité est de 91,4 % (sur 15 692 avis de naissance complétés). "Ce pourcentage est supérieur à ce qui est observé pour l’ensemble de la Communauté française (80,4 % en 2007)", relève Benoît Cerexhe. "Il s’agit-là en neuf ans d’une progression de quelque 7 %". Autres données statiques, à la section bruxelloise de Kind & Gezin, l’allaitement maternel exclusif au 6e jour de vie était de 77,4 % en 2007 (sur 2 382 enregistrements au 6e jour de vie), contre 63,7 % en Flandre et 65 % à Anvers. "En effectuant une moyenne des taux ONE et Kind & Gezin, pondéré en fonction de leur couverture respective des naissances, on peut affirmer que le taux d’allaitement en région bruxelloise pour l’année 2007 est de 89,5 %. Pour rappel, les taux observés en Communauté française et en Flandre sont respectivement de 80,4 % et de 63,7 %", indique le ministre de la Santé.

On notera encore que le taux d’allaitement maternel est le plus élevé pour les mamans âgées de 20 à 40 ans. De même, en 2007, à l’ONE, la durée moyenne de l’allaitement maternel exclusif en région bruxelloise était de 15 semaines. Parmi les femmes ayant donné le sein, environ un tiers ont allaité moins de trois mois, un tiers entre trois et six mois, et le dernier tiers six mois et plus.

Pourquoi l’allaitement maternel a-t-il plus de succès à Bruxelles que dans les deux autres régions ? Pour Benoît Cerexhe, les raisons résident dans "trois phénomènes cumulatifs". Primo, la population bruxelloise se caractérise par une forte mixité culturelle; or, selon une étude de l’ONE, la population non belge (en particulier marocaine et turque) a un taux d’allaitement supérieur à celui des Belges. Secundo, on sensibilise davantage à l’allaitement côté francophone. Tertio, on semble passer plus facilement à l’allaitement dans les centres urbains que dans les milieux ruraux.

Enfin, "l’augmentation du taux d’allaitement en région bruxelloise s’explique par une meilleure conscientisation des mères et des équipes hospitalières. Ainsi , "l’Initiative Hôpital Ami des Bébés" (IHAB), programme international conjoint de l’OMS et de l’Unicef, a pour objectif de promouvoir et soutenir l’allaitement maternel lors de la naissance et pendant le séjour à la maternité", complète le ministre. Sur 14 hôpitaux ayant reçu le label, six se situent en effet à Bruxelles : le CHU Brugmann, l’hôpital Erasme, la clinique St-Jean, le CHU St-Pierre, les hôpitaux Iris-Sud Etterbeek-Ixelles, et la clinique Edith Cavell. "Il s’agit d’un label de qualité de soins. On met vraiment l’accent sur l’accueil des parents et du bébé en périnatal ainsi que le soutien à l’allaitement", décrit le Dr Nathalie Dehennin, pédiatre et coordinatrice du projet "Amis des bébés" au CHU St-Pierre. Par ailleurs, "tout le personnel a été formé de la même façon afin d’encadrer la maman avec le même discours".

Bien entendu, allaiter reste le choix de chaque femme. "Si une maman ne souhaite pas donner le sein à son bébé, nous respectons et soutenons son choix. Il y a aussi tout un protocole qui est mis en place dans l’hôpital pour ces mamans. Il ne s’agit en aucun cas de culpabiliser les mères comme le dénonce Elisabeth Badinter pour la France. L’Hôpital Amis des Bébés veille à respecter le choix de chaque maman et à informer de la même façon celles qui allaitent et celles qui n’allaitent pas", précise le Dr Dehennin. C’est le choix qu’a fait Cécile, maman d’une petite fille de trois ans. "Je n’ai jamais eu envie d’allaiter", raconte-t-elle. "Je n’aimais pas l’idée de partager mon corps entre mon mari et ma fille. On m’a demandé le soir où j’ai accouché si j’étais sûre de ma décision puis j’ai reçu des médicaments pour éviter la montée de lait. L’hôpital a respecté mon choix. Et ma fille n’a pas été plus malade qu’un autre bébé..."

C’est que les défenseurs de l’allaitement insistent sur les bienfaits du lait maternel pour le bébé (diminution des infections ORL et digestives; réduction des allergies dans la petite enfance; établissement plus rapide d’un lien mère-enfant; etc.) et la maman (moins de risque d’anémie en post-partum immédiat, moins de risque du cancer du sein, à condition d’allaiter au moins trois mois de façon exclusive...).

"Les recommandations de l’OMS sont de six mois d’allaitement exclusif et puis d’un allaitement aussi longtemps que la maman et le bébé le souhaitent avec une alimentation diversifiée", rapporte la pédiatre. Mais quand une maman renoue avec la vie professionnelle, il lui est souvent difficile de maintenir l’allaitement. "J’allaite Emma, quatre mois, mais je sais que dès que je reprendrai le travail, début avril, je devrai la mettre au biberon car j’ai des horaires décalés. Cela ne sera pas évident. Mais allaiter et travailler est vraiment épuisant", témoigne Stéphanie. En cause ? "La durée du congé de maternité (trois mois) est beaucoup trop courte en Belgique", dénonce le Dr Dehennin. "Il est clair que reprendre le travail après huit semaines avec un allaitement complet jusqu’à six est compliqué. C’est vraiment un frein. Rallonger un peu le congé de maternité, ce serait pas mal. "

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