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Bruxelles-Ville | Logement
Une fraternité d’associations
Stéphanie Bocart
Mis en ligne le 21/04/2010
Echelles, échafaudages, sacs de plâtre et autres outils jonchent le sol poussiéreux du rez-de-chaussée du 32-34 de la chaussée d’Anvers. Au milieu de ce tohu-bohu, des ouvriers en salopette blanche s’attellent aux derniers travaux d’aménagements de la nouvelle Maison-Relais "La Fraternité".
Longuement mûri et réfléchi, ce projet novateur et trans-associatif vient d’éclore au sein du quartier Nord de la capitale. Depuis début avril, "La Fraternité" accueille en effet une quinzaine d’habitants fragilisés : quatre sans-abri, une famille (une femme et ses trois filles), et deux femmes seules avec enfants.
Et dès le 1er mai, deux associations - "Soup&information for asylumseekers" et "Petits boulots du quartier Nord" - prendront leurs quartiers au rez-de-chaussée.
Tout démarre en 2005 lorsque l’ASBL "Les Ecoles catholiques de Bruxelles" fait apport du bâtiment qu’elle occupe chaussée d’Anvers à la Fondation privée "Habitat et Humanisme" (H&H). "Nous avons alors monté un projet offrant une mixité avec des logements à vocation sociale et moyens ainsi que deux commerces au rez-de-chaussée, en partenariat avec l’agence immobilière sociale (AIS) "Logement pour tous", raconte Julie Rondier d’ "Habitat et Humanisme".
En 2008, H&H rencontre la Fondation d’utilité publique "Henri Servais", qui deviendra le propriétaire solidaire du bâtiment. "Avec "Henri Servais", nous avons réfléchi à la façon dont ce bâtiment pourrait servir au mieux à aider des personnes fragilisées à regagner leur autonomie au moyen du logement et d’un accompagnement", se rappelle Julie Rondier. Ariane Servais, administrateur de la Fondation "Henri Servais", insiste sur la philosophie du projet : "Pour nous, le logement n’est pas un aboutissement, mais un départ pour pouvoir se reconstruire." De ce partenariat naît l’idée de fonder une "maison-relais", destinée aux personnes précarisées mais également à l’habitat de groupe. Se joignent alors au projet l’ASBL "Fami-Home" et ses partenaires, qui se centrent sur l’accompagnement de l’habitat solidaire ainsi que l’ASBL "La Maison Rue Verte", maison d’accueil pour des femmes seules avec enfants.
D’une superficie de 513 m2, la Maison-Relais "La Fraternité" se décline sur quatre niveaux : le rez-de-chaussée abritera bientôt deux associations ; le premier étage comprend deux logements de transit pour des femmes seules avec enfants, accompagnées par l’ASBL "La Maison Rue Verte" ; quatre sans-abri, accompagnés par "Fami-Home", cohabitent au deuxième étage tandis qu’une famille candidat locataire chez "Logement pour tous" occupe un duplex au troisième étage. "Pour le moment, les quatre cohabitants sont en logement de transit, mais après dix-huit mois, ils ont la possibilité d’avoir un bail classique et de rester dans un logement s’ils le souhaitent", indique Géraldine Thomas de "Logement pour tous". "Nous leur donnons également la possibilité de faire des allers-retours car ce n’est pas évident de se fixer quand on vient de la rue", ajoute Julie Rondier. Outre le logement, tous les occupants de la maison-relai bénéficient d’un accompagnement spécifique et professionnel (assistants sociaux, psychologue ), en fonction de leur situation personnelle et de leurs besoins.
Alors que 35 000 ménages sont en attente d’un logement social à Bruxelles, "les associations se doivent d’être créatives, tout en utilisant les outils qui existent, afin de créer une grande chaîne d’acteurs et de monter des projets cohérents", affirme Julie Rondier. "Certes, ce n’est pas avec quatre logements que l’on va résorber la crise du logement à Bruxelles, mais si on se fédère tous, on peut quand même faire quelque chose", poursuit-elle. "Dans le privé, on se dit aussi que ce type de projet peut faire boule-de-neige", espère Ariane Servais. Pour Julie Rondier, "face à la situation critique du logement à Bruxelles, l’habitat groupé apparaît de plus en plus comme une alternative au logement individuel, que certaines personnes ne peuvent plus se permettre aujourd’hui ; de même, on sent que les gens ont soif de rencontres, de solidarité. Il suffit de pas grand-chose pour monter des projets car il y a plein de forces vives qui sont prêtes à s’y mettre".
Bien que le secteur associatif tente de ne pas céder au pessimisme, au vu de la paupérisation croissante de la population bruxelloise, il tire toutefois la sonnette d’alarme. "Les loyers à Bruxelles deviennent inabordables, surtout pour des hommes et des femmes seul(e) s avec ou sans enfants", déplore Julie Hubinont, éducatrice à l’ASBL "La Maison Rue Verte". "Certaines femmes quittent la capitale pour avoir un logement, mais elles sont très peu nombreuses car cela signifie qu’elles doivent aussi quitter leur réseau social, ce qui est très compliqué pour elles. Conséquence ? Les séjours en maisons d’accueil se prolongent. Ainsi, pour les grandes familles, en un peu plus d’un an, la durée moyenne d’hébergement à La Maison Rue Verte a presque doublé, passant de 5,5 mois à 8-9 mois. C’est vraiment très difficile."
Renseignements : Fondation Habitat et Humanisme au 02.427.26.87.
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