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Commission communautaire commune | Social

Précarité: "Soyons proactifs"

Stéphanie Bocart

Mis en ligne le 05/02/2010

Alain Hutchinson (PS) plaide pour la mise en place du Service d’urgence sociale. “Le CPAS de Bruxelles paie une addition qu’il ne devrait pas régler”, explique-t-il.

C e qui continue de me choquer c’est que quand on parle de "sans-abrisme", c’est dès qu’il fait froid", s’indigne le député bruxellois Alain Hutchinson (PS). Or, "il y a du sans-abrisme permanent. Cela ne s’arrête pas le 31 mars pour reprendre le 30 novembre. Les SDF sont dans la rue toute l’année et vivent durement toute l’année", insiste celui qui fut l’un des fondateurs du Samu social. "Soyons plus proactifs!", incite-t-il. Il interpelle d’ailleurs ce vendredi les ministres en charge de la Politique de l’aide aux personnes, Brigitte Grouwels (CD&V) et Evelyne Huytebroeck (Ecolo) au sein de la Commission communautaire commune (CCC).

Trop souvent, les sans-abris portent l’étiquette de marginaux. "Mais on oublie que ces personnes ont un jour été comme nous, avec une famille, un boulot, des enfants et qui, par un évènement dramatique de la vie, se retrouvent plongés à un moment donné dans la grande exclusion. Et cela va très vite", rappelle le parlementaire. D’autant plus que la crise sociale, consécutive à la crise économique, amène tous les jours son lot de licenciements et de pertes d’emplois, ce qui aggrave "tragiquement" les risques de verser dans la précarité.

Dans son interpellation, l’ancien secrétaire d’Etat s’intéresse néanmoins plus particulièrement au dispositif hivernal. "Si ce dispositif permet de bénéficier de moyens supplémentaires pour l’hébergement de sans-abri, il voit aussi arriver, dans les dispositifs habituels (Samu social, Pierre d’angle, Ariane), des "clients" qui ne sont pas des "clients" habituels et qui ne relèvent normalement pas de ces services: ce sont les demandeurs d’asile, les demandeurs d’asile refusés en attente d’expulsion et des clandestins", explique-t-il. En cause? "L’incapacité du fédéral à gérer sérieusement les choses et son habitude de se démettre de ses responsabilités sur la Région bruxelloise", fustige Alain Hutchinson. Pourquoi? "Parce que ces gens, n’étant officiellement domiciliés nulle part, sont domiciliés au commissariat général aux réfugiés à Bruxelles-Ville. Inévitablement, lorsqu’ils ont besoin d’une aide sociale, ils se tournent vers le CPAS de Bruxelles", poursuit-il. Conséquence? "Le CPAS de Bruxelles encaisse une surcharge et paie une addition qu’il ne devrait pas régler".

Si la Région bruxelloise a octroyé, dans le cadre du Plan hiver 2009-2010, une aide de 450 000 euros au Samu social pour accroitre de 150 places (au centre Masui) les 110 à 120 places annuelles du Samu social, "on se retrouve toutefois bien au-delà de 300 places puisqu’on est allé jusqu’à 482 personnes dans ces dispositifs, un record cet hiver, pour une moyenne de 400 à 450 personnes chaque soir", détaille le socialiste. "On est donc en dépassement de 150 à 200 personnes du dispositif hivernal tel qu’il avait été envisagé. Qui va donc assumer ces dépenses car actuellement quasiment tout est à charge du CPAS de Bruxelles?", s’interroge-t-il.

Certes, le secrétaire d’Etat Philippe Courard (PS) s’est engagé à financer à hauteur de 50 % 200 places supplémentaires, "mais c’est insuffisant!", juge Alain Hutchinson. "Avec quatre vice-Premiers ministres bruxellois au fédéral, il faudrait quand même s’agiter un peu plus sur le refinancement de la Région bruxelloise (lire ci-dessous). La problématique de Fedasil qui ne peut remplir ses missions d’accueil est l’une des facettes du sous-financement de Bruxelles et on ne peut pas dire que ce soit dû à une mauvaise gestion bruxelloise. Il n’y a donc pas de raison que Bruxelles paie 1 centime par rapport à cela".

En outre, alors que l’année 2010 est décrétée "année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale", Alain Hutchinson alerte: "Nous assistons aujourd’hui à Bruxelles à un développement assez spectaculaire de la grande pauvreté. C’est un problème de sécurité générale. On ne peut pas se retrouver d’ici quelques années avec une proportion tout à fait inacceptable de personnes précarisées car cela pourrait avoir de graves conséquences".

Il plaide donc pour la mise sur pied du Service public d’urgence sociale, soit un dispositif d’accueil permanent "regroupant l’ensemble des acteurs concernés par la réhabilitation des SDF", tel que prévu par le programme gouvernemental. "Ici, ce n’est pas un problème financier. C’est un problème politique, d’organisation. Il est grand temps que la Région se mobilise sur la problématique de la grande exclusion, et pas uniquement quand il tombe deux flocons".

A ce titre, à l’initiative du groupe PS au Parlement bruxellois, sera organisée en mars prochain une table ronde avec tous les acteurs de ce secteur afin "de déboucher sur des initiatives concrètes", espère Alain Hutchinson.

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