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Le 61e Festival de Cannes
Clint Eastwoodissime
Fernand Denis
Mis en ligne le 21/05/2008
- Les photos de mardi soir
- Ecoutez Fernand Denis, envoyé spécial à Cannes, sur Ciel
Parti les mains vides en 2003 après avoir présenté "Mystic River"; on s'attendait à ne plus jamais voir la grande silhouette de Clint Eastwood à Cannes. En terme de récompenses, son bilan cannois est léger avec, pour cinq participations, un seul prix d'interprétation décerné à Forest Withaker (Bird).
Mais jaquette blanche et chemise tabac, il était bien présent sur la Croisette avec son nouveau film "L'échange". Et dire qu'il vient à peine de finir son dyptique sur Iwo-Jima.
A la conférence de presse (son unique contact avec les journalistes), Clint tout sourire, hypnotise les regards, malgré la présence d'Angelina Jolie à ses côtés. Agé de 78 ans, c'est peut-être la dernière fois qu'on le voit. Quoique, le festival de Cannes fêtait, lundi en sa présence, les 100 ans du réalisateur portugais Manoel de Oliveira, en projetant son tout premier film, un muet, daté de 1931.
Soit un film tourné trois ans après l'authentique fait divers que raconte Clint Eastwood dans "L'échange" dans un style d'un classicisme hollywoodien. C'est comme s'il nous installait dans une confortable Cadillac, et moteur.
Los Angeles 1928
En revenant de son travail, une femme s'aperçoit que son petit garçon de neuf ans a disparu. La police de L.A. attend 24 h avant de se mettre en action; et 15 jours plus tard, il n'est toujours pas retrouvé. Patiemment, elle remue ciel et terre pendant des mois et un jour; le chef de la police est tout heureux de lui annoncer la bonne nouvelle : on a retrouvé son petit Walter, sain et sauf. Mais lorsque le gamin sort du train, elle ne le reconnaît pas. Ce n'est pas son fils. "C'est rien, c'est le choc", explique la police. La mère apporte des preuves aussi crédibles qu'un dossier dentaire, mais la police s'entête à nier l'évidence. Et de se débarrasser du problème, en internant la malheureuse.
Avec une puissance dramatique pudique, Clint Eastwood tresse habilement le drame poignant d'une mère confrontée à la perte de son enfant, avec le drame collectif d'une population en butte à une police corrompue, avec sa propre compassion pour les victimes et son obsession de la vérité (déjà au coeur de "Mémoires de nos pères" et de "Lettres d'Imo Jiwa").
Non seulement Clint Eastwood remplit son contrat en racontant une histoire qui tient en haleine pendant 2 h 20, mais ce récit historique possède une actualité universelle. En Belgique, par exemple, comment ne pas penser à l'affaire Brichet, de la technique de chasse du pédophile à la Fourniret au combat citoyen contre une administration au service d'elle-même.
Toutefois, au cours de la conférence de presse, Clint Eastwood n'a pas souhaité embrayer sur le terrain politique contemporain étatsuniens. "Aujourd'hui, une voix peut toujours s'élever, mais elle doit avoir du charisme et elle doit être claire, sans agenda caché, alors elle peut enclencher la réaction en chaîne."
Cette sixième participation sera-t-elle la bonne pour Clint Eastwood ? "L'important n'est pas de gagner ou de ne pas gagner quelque chose, l'important c'est la réaction que suscite le film. J'ai été président du jury (en 1994), ce sont dix personnes qui ont chacune leur idée sur un film. Celui qui a gagné (Pulp Fiction) n'était pas mon choix, mais c'était démocratiquement le premier choix du jury. Venir ici, hors compétition, c'est venir en sécurité, sans prendre de risque, je n'aime pas cela. On verra bien . "
Jusqu'à présent, Clint n'a rien vu du tout, mais c'est peut-être pour cela qu'il revient, si on en croit sa réponse à un journaliste, aspirant scénariste, qui lui demandait un conseil. "Il faut aller de l'avant. Chaque fois qu'une porte se ferme, qu'on refuse votre scénario, cela doit vous rendre plus fort. Il faut croire dans ce qu'on fait, et un jour, quelqu'un croira en vous."
Savoir Plus
D'autres pellicules américaines
Si Clint Eastwood est la tête de pont américaine, James Gray a séduit avec "Two Lovers", ni une comédie romantique ni un drame passionnel. Le réalisateur de "We own the night" raconte une banale histoire d'amour transcendée par son univers. Il est pourtant à chaque fois le même : New York, une communauté ethnique, une famille et Joaquin Phoenix qui doit faire un choix. Mais James Gray a changé de quartier, la communauté est juive cette fois et la famille réduite à trois personnes dont Joachim, un bien grand fils pour vivre encore chez ses parents, et dont le coeur balance de la belle Gwyneth Paltrow à la tendre Vinessa Shaw. Sobre et à fleur de peau, Joaquin Phoenix élargit sa formidable palette d'acteur, se montrant tour à tour, touchant et fébrile. Il est dans le peloton de tête pour le prix d'interprétation.
Quand on parle Amérique, cela ne se limite pas aux USA. L'Amérique latine est plus que présente et particulièrement le Brésil. Fernando Meirelles a lancé le festival avec "Blindness" et Walter Salles a présenté "Linha de Passe". Le réalisateur de "Carnets de voyage" met en scène quatre demi-frères élevés par une mère célibataire. Chacun cherche à s'en sortir, l'un par le foot, l'autre par la religion, le troisième comme coursier, alors que le petit dernier est obsédé par l'idée de retrouver son père. A la limite du documentaire et de la fiction, Walter Salles livre une image rude du Brésil mais pas ultra-violente comme le cinéma local se plaît (commercialement) à le faire. Il s'agit d'un instantané de son pays mais très composé. Un instantané qui pourrait aussi représenter notre futur à l'heure de la globalisation, le récit se déroule dans la banlieue de Sao Paulo, ville de 22 millions d'habitants.
On retrouve Walter Salles au générique de "Leonora", film argentin dont il est producteur. C'est l'histoire d'une jeune femme qui accouche en prison et y élève son bébé dans un espace très confiné. Pablo Trapero trouve le ton, les scènes, pour raconter une double naissance, celle d'un enfant et celle d'une mère. Il a trouvé en Martina Gusman une interprète épatante, dont le seul défaut est de ressembler un peu trop à Angelina Jolie.
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